Finalement, David Cameron n’aura pas attendu octobre pour se faire remplacer au 10 Downing Street. C’est donc le ministre de l’IntĂ©rieur, Theresa May qui, le 13 juillet, a Ă©tĂ© nommĂ©e par la Reine, Premier ministre du Royaume-Uni. Le siĂšge devait lui revenir quasi naturellement, aprĂšs que Boris Johnson, le tonitruant chef de file du « Brexit » a dĂ©clarĂ© forfait au lendemain du rĂ©fĂ©rendum, Ă  l’instar de Andrea Leadsom, obscure secrĂ©taire d’État Ă  l’énergie (tout aussi favorable Ă  la sortie du Royaume-Uni de l’Union europĂ©enne et ayant dĂ©sormais la charge de l’Environnement dans le nouveau Cabinet), sans parler de Michael Gove, l’ancien ministre de la Justice qui ne l’a guĂšre emportĂ© au sein du Parti Tories.

Les mĂ©dias « mainstream », ne voyant guĂšre plus loin que le bout de leur lorgnette myope, se sont empressĂ©s de la comparer Ă  Margaret Thatcher, en l’affublant, faute de mieux pour l’instant, du qualificatif de « Dame de fer » attribuĂ©, en son temps, Ă  cette derniĂšre.

On ne s’appesantira pas sur la biographie de Madame May, sauf Ă  signaler que sa carriĂšre politique chez les Conservateurs dĂ©bute au mitan des annĂ©es 1980, ce qui en fait un personnage central blanchi sous le harnais de la vie politique britannique.

Ses positions peu politiquement correctes sur l’immigration ou la sĂ©curitĂ© intĂ©rieure en font la cible privilĂ©giĂ©e des associations de dĂ©fense des droits de l’homme qui brocardent, Ă  l’envi, son manque d’humanitĂ© et d’empathie. Ainsi, En mai 2015, en pleine crise migratoire en Europe, rejette-t-elle la proposition de quotas obligatoires de rĂ©fugiĂ©s, considĂ©rant que l’aide humanitaire doit ĂȘtre exclusivement tournĂ©e vers les civils vivant dans les zones de guerre et les camps de rĂ©fugiĂ©s et refusĂ©e, sans Ă©tat d’ñme Ă  « ceux qui sont assez forts et riches pour venir en Europe »  mĂȘme si sa politique de rĂ©duction de l’immigration Ă  100 000 personnes par an est plus que mitigĂ©e avec prĂšs de 300 000 immigrants ayant affluĂ© vers le Royaume-Uni dans les 12 mois prĂ©cĂ©dant septembre 2014.

Mais cette intransigeance proverbiale ne s’étend pas aux questions sociĂ©tales, l’intĂ©ressĂ©e se rĂ©clamant d’un fĂ©minisme tel qu’on le connaĂźt outre-Manche (comme outre-Atlantique), c’est-Ă -dire mĂątinĂ© d’hygiĂ©nisme et de puritanisme. En 2013, elle votera la lĂ©galisation du « mariage » homosexuel.

Quoi qu’il en soit, celle qui s’est engagĂ©e Ă  « construire un pays qui s’occupe de tous ses citoyens, pas d’une poignĂ©e de privilĂ©giĂ©s », notamment par la mise en place d’un « programme radical de rĂ©formes sociales » devra conduire la sortie effective de son pays des institutions bruxelloises, tout en mĂ©nageant l’Écosse qui a massivement rejetĂ© le Brexit lors du rĂ©fĂ©rendum du 24 juin dernier.

Bien qu’ayant soutenu le « Remain » du bout des lĂšvres, moins par fidĂ©litĂ© Ă  l’ancien Premier ministre que par discipline gouvernementale, Theresa May apparaĂźt, sans doute, comme la femme de la situation, son euroscepticisme Ă©tant peut-ĂȘtre beaucoup moins anxiogĂšne que celui de Boris Johnson. Mais le fait que celui-ci ait hĂ©ritĂ© du portefeuille, rĂ©galien entre tous, des Affaires Ă©trangĂšres, n’est pas de nature, non plus, Ă  tranquilliser les chancelleries europĂ©ennes. Cette nomination est vraisemblablement la meilleure des dĂ©cisions tactiques de Theresa May qui, ce faisant, conforte autant ses positions auprĂšs de l’électorat britannique (notamment celui qui s’est prononcĂ© en faveur du « Brexit ») que sa stature de femme d’État, de ce cĂŽtĂ©-ci du Channel. Affaire Ă  suivre.

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