Dixième des onze enfants du couple impérial formé de Marie-Thérèse, fille unique de l’Empereur Charles VI, et de François de Lorraine, Marie-Antoinette de Habsbourg-Lorraine, reine de France (1755-1793) a été éduquée en sauvageonne, ignare, rebelle à tout effort intellectuel, mais charmeuse au plus haut point. Lorsqu’en 1768, l’on pense à elle comme éventuelle épouse du Dauphin, elle ne sait que danser… et mal ! On expédie à Vienne l’abbé Mathieu de Vermond qui s’efforce de lui inculquer à grand-peine, car elle n’est pas intelligente, un vernis de culture.

En 1770, elle conquiert la Cour et la ville de Paris par son charme et sa prestance. Les traits de son visage sont plutôt lourds (Louise Vigée-Lebrun remédie à la nature en enjolivant ses portraits), mais elle a une démarche et un port de tête altiers. Elle attendra d’être reine, en mai 1774, pour devenir (très) capricieuse.

Le mariage est célébré le 16 mai 1770 et, aussitôt, l’on prédit des catastrophes : un violent orage ravage les jardins de Versailles le soir même, et, le lendemain, l’inauguration de l’opéra de Versailles est un four : l’œuvre est vieillotte et lamentable – Persée de Lulli – et les artistes n’ont pas assez répété leur rôle. Ceci n’est rien en comparaison de la soirée du 30 mai, à Paris, où un feu d’artifice mal organisé est suivi d’une bousculade au cours de laquelle 132 personnes meurent étouffées ou piétinées. « L’Autrichienne », comme l’appelle Madame Adélaïde, tante du roi et vieille fille autoritaire autant qu’acariâtre, « a le mauvais œil ». Les malheurs lors des fêtes de son mariage, et les rumeurs d’adultère seront identiques pour la dernière tsarine, également de souche germanique, Alix (Alexandra) de Hesse-Darmstadt, l’épouse de Nicolas II.

Si son royal époux, initialement très athlétique, devient obèse dès l’âge de 20 ans, elle est elle-même plantureuse : les jolis portraits de Louise Vigée-Lebrun n’ont aucun intérêt documentaire, étant des œuvres de pure convention. Plutôt négligée dans son hygiène et frigide, elle n’apprécie pas du tout son royal benêt d’époux : leur mariage ne sera consommé qu’au bout de sept années.

Élevée sans souci d’étiquette, la nouvelle reine ne fait pas correctement son travail, et ce dès le mois de mai 1774, méprisant les vieux courtisans, continuant à s’étourdir en bals, représentations théâtrales, jeux de cartes. De 1776 à 1780, elle transforme les châteaux de Versailles et de Fontainebleau en tripots, accumulant de folles dettes de jeu : on triche énormément au jeu de la reine, qui est trop sotte pour s’en apercevoir.

Au Trianon, c’est pire : elle s’isole avec un ou deux courtisans et on lui prête de multiples aventures galantes, avec les ducs de Coigny et de Lauzun, avec Fersen (ils seront peut-être amants en 1792), voire avec son beau-frère le comte d’Artois. Les calomnies vont crescendo, de 1775 à 1789, allant jusqu’à lui prêter des relations lesbiennes avec la duchesse Jules de Polignac ou la princesse de Lamballe. Les fabricants de libelles se laissent aller à la pire incontinence verbale, en France, aux Pays-Bas et surtout en Grande-Bretagne, à partir de l’engagement de Louis XVI du côté des Insurgents des 13 colonies d’Amérique du Nord jusqu’à la fin du règne. Les enfants du couple royal sont présentés comme des bâtards par les auteurs de libelles.

Joseph II et Marie-Thérèse tempêtent en vain. De son côté, Louis XVI bougonne, mais n’ose réprimander une femme qui l’intimide, et paie ses énormes dettes (487 000 livres de 1774 à 1776). De 1775 à 1788, elle dépense chaque année entre 120 000 et 260 000 livres Tournois pour des toilettes, qu’elle ne porte généralement qu’une seule fois (on peut considérer qu’une livre tournois a un pouvoir d’achat d’environ 3,2 euros).

Comme l’écrit l’abbé Desnoyers : « Une reine qui n’est couronnée que pour se divertir est une funeste acquisition pour un peuple chargé d’en payer les frais ». En 1787, on l’appelle, dans les gazettes et au Palais-royal : « Madame déficit »… en outre, c’est une dinde, aux réflexions stupides ou désagréables.

Dès 1776, elle a totalement dilapidé le capital de sympathie dont, dauphine, elle disposait depuis 1770. Elle aliène à son époux les Condé, le duc d’Orléans (qui est une canaille, on en convient volontiers), le clan d’Aiguillon, les clans des Rohan, des Noailles, des Montmorency et la famille de Broglie.

Très mal éduquées, ses sœurs, qui sont aussi des dindes, font de même à Parme et à Naples. Marie-Thérèse, elle-même femme d’exception, aura été une plaie pour ses gendres et pour leurs peuples.

Marie-Antoinette ne joue aucun rôle politique jusqu’à la mort de Vergennes (1787), se contentant de pousser ses amis et leurs relations : son règne est celui du favoritisme et du népotisme les plus effrénés. Certes, elle s’oppose à Turgot, Malesherbes et Vergennes, mais jusqu’en 1787, le roi n’écoute guère son Antoinette, d’autant qu’il est évident qu’elle ne s’occupe que des seuls intérêts de son frère, l’Empereur Joseph II.

En 1787, à la mort de Vergennes, elle conseille à son très faible époux de prendre pour ministre un homme que Louis méprise, l’archevêque de Toulouse Étienne Loménie de Brienne, au lieu de conserver Charles de Calonne, impopulaire comme tous ceux qui parlent d’augmenter les impôts (très faibles à cette époque, en comparaison de la richesse nationale).

Si elle méprise son époux, elle s’efforce d’être une bonne mère, mais ses enfants connaissent un sort pitoyable. Marie-Thérèse (Madame Royale), née en 1778, connaîtra la captivité de 1792 à 1796 ; le premier Dauphin, Louis-Joseph-Xavier, né en 1781, meurt de tuberculose le 4 juin 1789, au début de l’agitation des élus aux États Généraux ; le second Dauphin, Louis-Charles, duc de Normandie, né en 1785, aura une vie effroyable : il sera célèbre, bien après sa mort, sous l’appellation de Louis XVII ; la dernière-née, Sophie-Béatrice, meurt en 1787, âgée d’un an. Le chagrin profond, issu de cette mort, pousse le roi à prêter davantage l’oreille aux conseils politiques de son épouse… ce qui n’est absolument pas une bonne idée.

Durant les événements de la Révolution, elle joue toujours son rôle à contretemps : elle reçoit très mal les Dames de la Halle, le 25 août 1789 – jour de la Saint-Louis, qui est une des grandes Fêtes annuelles de la monarchie capétienne ; elle méprise ouvertement La Fayette, qui ne demande qu’à servir le couple royal ; elle ne tient aucun compte des conseils de prudence de Mirabeau, d’Antoine Barnave, d’Antoine d’André… qui sont des aigles, comparés à cette buse !

En contrepartie, il faut reconnaître que son supplice a duré quatre années. Dans la nuit du 21 au 22 juin 1791, à Varennes, ses cheveux blonds commencent à blanchir à vitesse accélérée… il faut toutefois signaler qu’une canitie ne s’installe pas en une seule nuit, n’en déplaise aux conteurs d’anecdotes édifiantes.

Il est évident que le comportement de la reine déchue, au Temple, puis lors de son procès, où l’accusateur s’est ridiculisé en utilisant un absurde et immonde dossier d’accusations incestueuses, a forcé l’admiration des observateurs, Maximilien Robespierre inclus. Elle fut guillotinée le 16 octobre 1793.

Elle était dotée de davantage de caractère que son époux, hélas sans l’ombre d’intelligence, soit l’inverse de ce que l’on observait chez son mari.