21 août 2016

L’échec du référendum : une résistible ascension (03)

Par Franck Buleux

 

L’irrésistible progression politico-culturelle du SNP a vu la mise en œuvre, par le gouvernement britannique, d’un référendum, le 18 septembre 2014, concernant la question de l’indépendance de l’Écosse.

La question soumise à référendum fut : « Souhaitez-vous l’indépendance absolue de l’Écosse ? »

La victoire du « non » sera donc synonyme d’un refus de l’indépendance… absolue, ce qui pourra permettre le maintien, voire la continuation de transfert de pouvoirs de Westminster à Edinbourg.

À la demande du Parti écossais, le scrutin fut ouvert aux résidents en Écosse à partir de l’âge de 16 ans, ce qui permit au SNP, qui bénéficie d’une image et d’un ancrage électoral considérés comme étant plus à gauche, y compris que le Labour (travailliste), de compter sur un électorat populaire, déçu par les partis traditionnels.

Le fait que le SNP siège, au sein du Parlement européen, avec les élus Suédois du Parti Pirate, lui a peut-être permis de développer sa présence sur les réseaux sociaux, et sur le web en général, lui permettant ainsi de mobiliser un électorat jeune. Cette ouverture du vote aux mineurs de 16 à 18 ans ne modifie pas les règles traditionnelles du Royaume-Uni en la matière, soit l’âge de 18 ans pour exercer le droit de vote.

Outre cette modification de l’assiette électorale, le SNP comptait sur les similitudes territoriales et démographiques avec les pays scandinaves. La population écossaise dépasse les 5 200 000 personnes, ce qui correspond aux pays proches souverains que sont la Norvège, le Danemark et la Finlande.

De plus, le SNP dirige le Parlement écossais depuis 2007 et sa gestion des affaires a été jugée positive si l’on en croit les résultats des élections de 2011.

La question de la viabilité de l’Écosse au sein de l’Union, et au-delà de la globalisation mondiale, est portée par les ressources naturelles de la Mer du Nord (gaz et pétrole) et le développement rapide des énergies renouvelables.

Quel aurait été l’avenir du Royaume-Uni sans l’Écosse et de l’Écosse seule si le « oui » à l’indépendance l’avait emporté ?

  • Le Royaume-Uni aurait été l’État amputé d’une partie de son territoire, mais maintenu en qualité d’État souverain membre de l’Union (jusqu’à l’application du Brexit, a priori prévu fin 2019), et, en cette qualité, il n’est pas, pour lui, nécessaire de réaffirmer sa présence au sein de l’Union ;
  • l’Écosse aurait fait figure, en cas de victoire du « oui » à l’indépendance, d’État souverain. On peut penser que les conditions de sortie du Royaume se seraient matérialisées, comme lors de son entrée dans l’Union en 1707, par un traité entre les deux États, l’ancien maintenu et le nouvellement créé, via leurs représentants respectifs ; l’Écosse n’aurait, donc, en sa qualité d’État souverain, plus fait partie de l’Union ; elle aurait dû, donc, soit se situer en dehors de l’Union, soit faire une demande d’adhésion et se retrouver ainsi sur la liste des États en attente d’adhésion (comme la Turquie ou l’Albanie). Pour elle, comme pour les autres, le processus d’intégration aurait été le même, c’est-à-dire l’accord explicite des autres États membres, dont le Royaume-Uni ; d’où la nécessité, si l’Écosse souhaite demeurer dans l’Union, de conserver des rapports cordiaux, d’État à État, avec le Royaume-Uni « modifié » ;
  • La remise en cause de l’Écosse comme partie du Commonwealth n’aurait pas été à l’ordre du jour : Sa Majesté la Reine Elisabeth II sera toujours la souveraine du Royaume d’Écosse ; cette organisation intergouvernementale qui regroupe 54 États n’empêchant au demeurant en aucune façon une monarchie de devenir république… L’organisation très souple de cette organisation sans traité fondateur, ni obligation de sécurité collective à l’égard d’un État agressé ne peut pas être un élément défavorable au devenir écossais, séparé ou pas du reste du Royaume, mais la question mérite tout de même d’être soulevée ;
  • Ensuite, accessoirement, il aurait été fort probable que le lien physique territorial du Royaume-Uni avec d’autres régions comme le Pays de Galles, mais surtout l’Irlande du nord, sera affaibli. La question irlandaise aurait pu ainsi renaître, mais il s’agit d’une autre problématique qui, du point de vue de l’Union européenne, pourrait ne pas modifier son intégrité territoriale en cas de réunification irlandaise, puisque l’Irlande est partie intégrante de l’Union, comme nous l’avons évoqué précédemment.

Dès l’annonce de la mise en œuvre du référendum écossais, le Premier ministre du Pays de Galles, Carwyn Jones, et le Premier ministre d’Irlande du Nord, Peter Robinson, exprimèrent tous deux leur souhait que l’Écosse demeure membre du Royaume-Uni, tout en reconnaissant que cette décision appartenait aux Écossais. Le représentant gallois Carwyn Jones ajouta que si le Royaume-Uni était amputé de l’une de ses quatre nations constitutives, les trois restantes auraient à repenser la nature de leur relation : « On ne peut pas simplement retirer l’Écosse et s’attendre à ce que le Royaume-Uni continue comme avant. On aurait eu, par exemple, un Parlement à Londres avec environ 550 députés, dont 510 viendraient d’Angleterre. Il aurait alors probablement été nécessaire de repenser de manière fondamentale la nature de la relation entre les trois nations restantes du Royaume-Uni pour nous assurer que ce Royaume-Uni constitue un corps stable où chacun se sent représenté de manière équitable » ;

  • Enfin, l’accession à l’indépendance de l’Écosse, loin d’être chimérique puisque potentiellement possible, aurait pu être à l’origine de l’ouverture d’une véritable boîte de Pandore des indépendantistes régionaux au sein de l’Union européenne et pas seulement au sein des nations constitutives du Royaume-Uni.

Contre l’indépendance écossaise, le Royaume-Uni maintenu a pu compter sur l’opposition des grands partis institutionnels britanniques, Tories comme Labour, et notamment ce dernier dont on a constaté une certaine proximité idéologique, sociale-démocrate, et électorale avec le SNP. En effet, avant la poussée électorale du SNP, le Labour était le premier parti d’Écosse (aujourd’hui, il a quasiment disparu). Le Royaume-Uni, sans l’Écosse, serait une perte, ne serait-ce qu’électoralement parlant, pour les travaillistes, premières victimes de la nette percée du mouvement séparatiste.

Toutefois, in fine, s’agissant d’une modification de nature constitutionnelle (même si la Constitution britannique est coutumière, c’est-à-dire de création orale), la réponse ultime restait (comme pour le Brexit) entre les mains du Parlement britannique : l’Écosse ne peut pas, de droit, unilatéralement, déclarer son indépendance vis-à-vis du Royaume-Uni. Le référendum proposé était donc un « référendum consultatif sur l’extension des pouvoirs du Parlement écossais », dont le résultat n’aurait eu, même en cas de résultat positif, aucun effet juridique automatique et immédiat sur le Royaume-Uni.

Braveheart

Quoi qu’il en soit, le choix de l’indépendance écossaise semble avoir déjà été celui du milieu cinématographique. En effet, d’une part, l’acteur britannique connu internationalement, né en Écosse et anobli par la Reine d’Angleterre en 2000, Sean Connery, a toujours apporté son soutien à la cause indépendantiste. D’autre part, le film américain Braveheart, succès international, produit, réalisé et interprété par Mel Gibson en 1995, a beaucoup fait pour populariser l’histoire de l’Écosse. Il raconte la vie de William Wallace, héros et symbole de l’indépendance écossaise, qui, à la fin du XIIIe siècle, affronta, à la tête des clans écossais unis, les troupes du roi Édouard Ier d’Angleterre qui tentait d’envahir l’Écosse. Le film a remporté cinq Oscars à la 68e cérémonie le 25 mars 1996, dont ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur.

La victoire du « non » à l’indépendance

Le lendemain du référendum, le 19 septembre, à la suite de la victoire du non qui rassemble une majorité de 55,4 % des suffrages contre 44,6 % pour le oui, Alex Salmond déclare assumer la responsabilité de l’échec du oui et annonce sa démission de ses fonctions de chef du Parti national écossais et de Premier ministre. Nicola Sturgeon, sa vice-Première ministre, lui succède à la tête du SNP le 14 novembre suivant, avant d’être élue Premier ministre par le Parlement écossais le 19 novembre. Elle a beaucoup participé à la campagne contre le Brexit et a été largement suivie par une forte majorité des Écossais (62 % des Écossais se sont déclarés europhiles).

Le Brexit ne manquera pas de relancer la voie de l’indépendance écossaise ; déjà, le SNP, seulement deux ans après son échec référendaire, réclame un nouveau scrutin.

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