27 septembre 2016

La vérité si je mens

Par Jean-Pierre Brun

 

Si la vérité, dans notre monde relativiste, a trouvé des raisons supplémentaires de rester bien à l’abri au fond de son puits, il se trouve que, depuis quelques mois, son frère adultérin le mensonge lui a redonné curieusement quelques raisons d’espérer. Confrontée à ce qu’on appelle désormais « l’islamisme radical » l’opinion publique, au détour de quelque table ronde médiatique, vient de découvrir la sournoise « takya » qui, pour ses adeptes, est l’art de dissimuler sa véritable pensée pour arriver à la victoire.

Cette takya que les islamologues côtoient de longue date, a connu d’autres avatars dans notre société dite occidentale. Evgueni Préobrajenski, l’honorable bolchevique, n’avait-il pas affirmé que « ce qui sert à la lutte des classes, même le mensonge, la trahison, l’impureté, absolument tout devient à l’instant saint et sublime ». Dans ces conditions mensonge ou vérité ? Pfft !

Et pourtant ! Si dans la réflexion de l’homme il est un domaine qui a conduit à la déforestation de la planète, c’est bien celui de la Vérité. Que de tonnes de pâte à papier consacrées à des ouvrages publiés pour traiter de cette question. Et ce n’est pas fini car elle va encore susciter un nombre incalculable de luxations du cerveau chez des intellectuels torturés.

Déjà les philosophes grecs avaient traité de la question. Aristote n’avait-il pas confessé : « J’aime Platon, mais j’aime encore mieux la Vérité. »

Des siècles plus tard, un haut fonctionnaire romain que l’on ne saurait qualifier de philosophe, n’avait-il pas, devant un certain Jésus, confessé sa perplexité sinon son impuissance, avant de se laver les mains : « Qu’est-ce que la vérité ? »

Deux millénaires plus tard, les élites européennes, qui plus que jamais prétendent être les maîtres à penser de l’univers, tentent de cuisiner la malheureuse au fond de son puits légendaire afin de la rendre, le moment jugé opportun, plus présentable au goût de consommateurs toujours plus attirés par le « fast-food » médiatique.

Adolphe Thiers pour qui la ligne droite n’était certainement pas le plus court chemin d’un point à un autre, avait fait un constat pour le moins curieux : « On doit toujours dans les affaires dire la vérité… On ne vous croit pas et cela sert. »

Mongénéral (De Gaulle) pour qui la ruse et le mensonge avaient, de son propre aveu, leur place dans sa boîte à outils, ne faisait-il pas ce constat amusé : « Comme un homme politique ne croit jamais ce qu’il dit, il est tout étonné quand il est cru sur parole. »

Yvan Audouard, cet observateur souriant des travers de la société, aurait mérité cent fois d’être conseiller auprès d’un quelconque locataire de l’Élysée, lui qui soutenait qu’« il faut dire la vérité le plus souvent possible pour que vos mensonges passent inaperçus ». Pour mieux préciser sa pensée il ajoutait : « Le vraisemblable est un piège que le mensonge tend à la vérité. »

Qui dit vérité dit donc mensonge. Et ce dernier peut trouver grâce aux yeux de certains. Michel Audiard qui ne prenait pas les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages, soulignait que « la vérité n’est jamais amusante, sinon tout le monde la dirait. »

Plus poétique dans l’expression, Albert Camus n’en pensait pas moins : « La vérité, comme la lumière, aveugle. Le mensonge, au contraire, est un beau crépuscule qui met chaque objet en valeur. »

En remontant dans le temps, on constate que Rivarol avait déjà plaisamment traité de ce curieux attelage : « Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire, tous les mensonges sont bons à entendre. »

Comment dès lors en vouloir à nos chers politiciens devenus experts en ce domaine (« par la force des choses », ajouteraient-ils pour se justifier). « On ne ment jamais autant qu’avant les élections, pendant la guerre et après la chasse », constate Georges Clemenceau. Stanley Baldwin, ministre de sa gracieuse majesté, lui emboîte gaillardement le pas : « Si j’avais dit la vérité, j’aurais été battu aux élections. »

On aurait pourtant tort de prendre le mensonge pour un péché véniel lorsqu’on connaît le rôle qu’il tient dans le déroulement de l’histoire de l’humanité.

« Toute vérité qui ne vient pas de nous est un mensonge », proférait un Jaurès particulièrement véhément. Ce qui confirmait l’intuition de Nietzsche dans ce domaine : « Le plus grand ennemi de la vérité, ce n’est pas le mensonge, ce sont les convictions. »

Sacha Guitry, beaucoup plus profond qu’on ne le présente trop souvent, soulignait la fragilité de l’homme de conviction : « Croire qu’on dit la vérité parce qu’on est sincère ! Bévue ! »

De cette dualité « Vérité-Mensonge » est né ce mal qui ronge notre société : le relativisme. Camus « le philosophe des cours de récréation », « le moraliste des préaux d’école » s’en rendait malade : « Rien n’étant vrai ni faux, bon ou mauvais, la règle sera de se montrer le plus efficace, c’est-à-dire le plus fort. Le monde, alors, ne sera plus partagé en justes et en injustes, mais en maîtres et en esclaves. »

Pour clore momentanément cet inépuisable débat, laissons la parole à Georges Braque : « La vérité existe. On n’invente que le mensonge. »

Braque, le barbouilleur ? Mais de quoi se mêle-t-il ?

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