À un extraterrestre qui se dĂ©sespĂ©rait de l’aboulie de la classe politique, un parlementaire europĂ©en rĂ©pondit qu’il ne voyait pas en quoi le cumul des mandats pouvait ĂȘtre associĂ© Ă  un appĂ©tit du pouvoir dĂšs lors que, dans leur immense majoritĂ©, les citoyens refusaient de briguer le moindre mandat Ă©lectoral, fĂ»t-il seulement associatif ou syndical. RĂ©ponse hors sujet, sauf que


De l’aboulie Ă  la boulimie, il y avait lĂ  plus que la coquille d’un typographe de naguĂšre. Coquille que certains de nos Ă©lus ou journalistes ne sauraient d’ailleurs relever (l’un de ces derniers n’a-t-il pas attribuĂ© Ă  notre actuelle ministre « le marocain » de l’Éducation nationale ?). Mais nous traiterons de l’inculture de la classe mĂ©diatico-politique un autre jour


En psychopathologie, l’aboulie est un trouble mental caractĂ©risĂ© par la diminution ou la privation de volontĂ©, c’est-Ă -dire par l’incapacitĂ© d’orienter et de coordonner la pensĂ©e dans un projet d‘action ou une conduite efficiente. Qui oserait poser aujourd’hui un tel diagnostic pour mettre en doute l’excellence de la santĂ© de la plupart de nos eurocrates ?
 Ils n’arrĂȘtent pas de rĂ©glementer, de normaliser trois chiffres aprĂšs la virgule, de coordonner, de planifier. La preuve ? Il paraĂźt que plus de 80 % des textes de loi votĂ©s par notre Parlement ne sont que la transcription de textes europĂ©ens en droit français.

Certes, des pĂ©dants grincheux pourraient invoquer Georges Clemenceau qui, en 1899, soulignait « l’effroyable crise d’aboulie que traversait le pays » et Charles Maurras qui en 1914, dans son Kiel et Tanger dĂ©nonçait « la rĂ©gression militaire et maritime de la France qui stigmatisait un Ă©tat d’anĂ©mie et d’aboulie sociales profondes »  Oui, mais c’était avant ! Et ces deux vieux croĂ»tons n’étaient dĂ©jĂ  que les survivants gĂąteux d’un passĂ© hexagonal rĂ©volu. D’ailleurs, sondez donc un panel d’élĂšves de terminale
 Au mieux, Clemenceau est une rue, une avenue ou un square
 Ne parlons pas du mot « race », auquel est curieusement accolĂ© le prĂ©nom Charles
 Les instances acadĂ©miques l’interdisent.

Aujourd’hui, grĂące Ă  Dieu, nous vivons dans une Union EuropĂ©enne libĂ©rĂ©e. Le terme « aboulie » est tout naturellement tombĂ© en dĂ©suĂ©tude du jour oĂč le mal qu’il dĂ©signait a lui-mĂȘme disparu. Qui, aujourd’hui, sous nos climats, hormis quelque rat de bibliothĂšque, se souvient du « mal des Ardents » ou du « vomito nĂ©gro » ? L’aboulie, c’est pareil.

C’est pourquoi mon sens civique aigu me pousse Ă  souligner le danger qui consiste Ă  interprĂ©ter trop lĂ©gĂšrement, sinon malicieusement, des faits dont on ne peut, en parfaite connaissance de cause, apprĂ©cier la portĂ©e. Les Eurosceptiques ne manqueraient pas d’en faire leurs choux gras.

Non, nos Ă©lites europĂ©ennes ne manquent pas de volontĂ©. Elles font au contraire preuve de cette grande sagesse qui incite Ă  la prudence en recourant aux principes de prĂ©caution. Celui dit de « conservation des Ă©lites » qui les concerne, ne vise rien d’autre que leur maintien en parfaite forme et la prolongation de leur espĂ©rance de vie. Rivarol qui ne parlait pas pour ne rien dire, notait d’ailleurs que « rien n’est plus fatigant que la paresse ». Alors ! Si comme le prĂ©tendait Krassos de Corinthe « La paresse est la mĂšre de l’ingĂ©niosité », nos Ă©diles bruxellois ne sauraient ĂȘtre traitĂ©s de fainĂ©ants.

Un PrĂ©sident du Conseil de la IVe, qu’une louable modestie poussait Ă  garder l’anonymat, avait dĂ©livrĂ© cet autre principe de saine politique : « Il n’y a pas de problĂšme qu’une absence de dĂ©cision ne parvienne Ă  rĂ©soudre. »

RĂ©cemment, un conseiller Ă©lysĂ©en ne disait rien d’autre en soulignant que « c’est dans les heures graves qu’il faut que chacun se dĂ©pĂȘche d’attendre. »

Mieux, Rivarol, dĂ©jĂ  citĂ©, avait dĂ©jĂ  pu constater que c’était « un terrible avantage de n’avoir rien fait ». Il limitait cependant son propos en prĂ©cisant : «  mais il ne faut pas en abuser. »

Décider hùtivement en matiÚre de politique peut devenir trÚs vite regrettable, que ce soit au plus haut niveau ou dans les strates administratives plus subalternes. Mais il y aura toujours des plumitifs séditieux pour moquer cette prudence. Déjà en 1829, Le Globe taquinait Polignac : « Il est trÚs résolu, mais il ne sait pas à quoi. »

Plus rĂ©cemment, un journaliste fielleux prĂ©tendait que « Le PrĂ©sident ne demandait qu’à dissoudre l’AssemblĂ©e. Mais il ne savait pas dans quoi ». Mais comme aimait Ă  le rĂ©pĂ©ter Ibn Kanoun, le chroniqueur du royaume de Tahert : « Les hyĂšnes ricanent mais les RostĂ©mides rĂšgnent. »

À tous les manipulateurs qui jouent avec le spectre d’un mal heureusement vaincu, il faut opposer cette vĂ©ritĂ© de XĂ©nocrate d’AthĂšnes : « Les vapeurs enivrantes de l’activisme sont aux mĂąles effluves de l’action ce que le dĂ©odorant de la prostitution est aux huiles essentielles de l’amour. »

Il est donc plus que jamais urgent d’attendre.

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