L’irrĂ©sistible progression politico-culturelle du SNP a vu la mise en Ɠuvre, par le gouvernement britannique, d’un rĂ©fĂ©rendum, le 18 septembre 2014, concernant la question de l’indĂ©pendance de l’Écosse.

La question soumise Ă  rĂ©fĂ©rendum fut : « Souhaitez-vous l’indĂ©pendance absolue de l’Écosse ? »

La victoire du « non » sera donc synonyme d’un refus de l’indĂ©pendance
 absolue, ce qui pourra permettre le maintien, voire la continuation de transfert de pouvoirs de Westminster Ă  Edinbourg.

À la demande du Parti Ă©cossais, le scrutin fut ouvert aux rĂ©sidents en Écosse Ă  partir de l’ñge de 16 ans, ce qui permit au SNP, qui bĂ©nĂ©ficie d’une image et d’un ancrage Ă©lectoral considĂ©rĂ©s comme Ă©tant plus Ă  gauche, y compris que le Labour (travailliste), de compter sur un Ă©lectorat populaire, déçu par les partis traditionnels.

Le fait que le SNP siĂšge, au sein du Parlement europĂ©en, avec les Ă©lus SuĂ©dois du Parti Pirate, lui a peut-ĂȘtre permis de dĂ©velopper sa prĂ©sence sur les rĂ©seaux sociaux, et sur le web en gĂ©nĂ©ral, lui permettant ainsi de mobiliser un Ă©lectorat jeune. Cette ouverture du vote aux mineurs de 16 Ă  18 ans ne modifie pas les rĂšgles traditionnelles du Royaume-Uni en la matiĂšre, soit l’ñge de 18 ans pour exercer le droit de vote.

Outre cette modification de l’assiette Ă©lectorale, le SNP comptait sur les similitudes territoriales et dĂ©mographiques avec les pays scandinaves. La population Ă©cossaise dĂ©passe les 5 200 000 personnes, ce qui correspond aux pays proches souverains que sont la NorvĂšge, le Danemark et la Finlande.

De plus, le SNP dirige le Parlement Ă©cossais depuis 2007 et sa gestion des affaires a Ă©tĂ© jugĂ©e positive si l’on en croit les rĂ©sultats des Ă©lections de 2011.

La question de la viabilitĂ© de l’Écosse au sein de l’Union, et au-delĂ  de la globalisation mondiale, est portĂ©e par les ressources naturelles de la Mer du Nord (gaz et pĂ©trole) et le dĂ©veloppement rapide des Ă©nergies renouvelables.

Quel aurait Ă©tĂ© l’avenir du Royaume-Uni sans l’Écosse et de l’Écosse seule si le « oui » Ă  l’indĂ©pendance l’avait emporté ?

  • Le Royaume-Uni aurait Ă©tĂ© l’État amputĂ© d’une partie de son territoire, mais maintenu en qualitĂ© d’État souverain membre de l’Union (jusqu’à l’application du Brexit, a priori prĂ©vu fin 2019), et, en cette qualitĂ©, il n’est pas, pour lui, nĂ©cessaire de rĂ©affirmer sa prĂ©sence au sein de l’Union ;
  • l’Écosse aurait fait figure, en cas de victoire du « oui » Ă  l’indĂ©pendance, d’État souverain. On peut penser que les conditions de sortie du Royaume se seraient matĂ©rialisĂ©es, comme lors de son entrĂ©e dans l’Union en 1707, par un traitĂ© entre les deux États, l’ancien maintenu et le nouvellement crĂ©Ă©, via leurs reprĂ©sentants respectifs ; l’Écosse n’aurait, donc, en sa qualitĂ© d’État souverain, plus fait partie de l’Union ; elle aurait dĂ», donc, soit se situer en dehors de l’Union, soit faire une demande d’adhĂ©sion et se retrouver ainsi sur la liste des États en attente d’adhĂ©sion (comme la Turquie ou l’Albanie). Pour elle, comme pour les autres, le processus d’intĂ©gration aurait Ă©tĂ© le mĂȘme, c’est-Ă -dire l’accord explicite des autres États membres, dont le Royaume-Uni ; d’oĂč la nĂ©cessitĂ©, si l’Écosse souhaite demeurer dans l’Union, de conserver des rapports cordiaux, d’État Ă  État, avec le Royaume-Uni « modifié » ;
  • La remise en cause de l’Écosse comme partie du Commonwealth n’aurait pas Ă©tĂ© Ă  l’ordre du jour : Sa MajestĂ© la Reine Elisabeth II sera toujours la souveraine du Royaume d’Écosse ; cette organisation intergouvernementale qui regroupe 54 États n’empĂȘchant au demeurant en aucune façon une monarchie de devenir rĂ©publique
 L’organisation trĂšs souple de cette organisation sans traitĂ© fondateur, ni obligation de sĂ©curitĂ© collective Ă  l’égard d’un État agressĂ© ne peut pas ĂȘtre un Ă©lĂ©ment dĂ©favorable au devenir Ă©cossais, sĂ©parĂ© ou pas du reste du Royaume, mais la question mĂ©rite tout de mĂȘme d’ĂȘtre soulevĂ©e ;
  • Ensuite, accessoirement, il aurait Ă©tĂ© fort probable que le lien physique territorial du Royaume-Uni avec d’autres rĂ©gions comme le Pays de Galles, mais surtout l’Irlande du nord, sera affaibli. La question irlandaise aurait pu ainsi renaĂźtre, mais il s’agit d’une autre problĂ©matique qui, du point de vue de l’Union europĂ©enne, pourrait ne pas modifier son intĂ©gritĂ© territoriale en cas de rĂ©unification irlandaise, puisque l’Irlande est partie intĂ©grante de l’Union, comme nous l’avons Ă©voquĂ© prĂ©cĂ©demment.

DĂšs l’annonce de la mise en Ɠuvre du rĂ©fĂ©rendum Ă©cossais, le Premier ministre du Pays de Galles, Carwyn Jones, et le Premier ministre d’Irlande du Nord, Peter Robinson, exprimĂšrent tous deux leur souhait que l’Écosse demeure membre du Royaume-Uni, tout en reconnaissant que cette dĂ©cision appartenait aux Écossais. Le reprĂ©sentant gallois Carwyn Jones ajouta que si le Royaume-Uni Ă©tait amputĂ© de l’une de ses quatre nations constitutives, les trois restantes auraient Ă  repenser la nature de leur relation : « On ne peut pas simplement retirer l’Écosse et s’attendre Ă  ce que le Royaume-Uni continue comme avant. On aurait eu, par exemple, un Parlement Ă  Londres avec environ 550 dĂ©putĂ©s, dont 510 viendraient d’Angleterre. Il aurait alors probablement Ă©tĂ© nĂ©cessaire de repenser de maniĂšre fondamentale la nature de la relation entre les trois nations restantes du Royaume-Uni pour nous assurer que ce Royaume-Uni constitue un corps stable oĂč chacun se sent reprĂ©sentĂ© de maniĂšre Ă©quitable » ;

  • Enfin, l’accession Ă  l’indĂ©pendance de l’Écosse, loin d’ĂȘtre chimĂ©rique puisque potentiellement possible, aurait pu ĂȘtre Ă  l’origine de l’ouverture d’une vĂ©ritable boĂźte de Pandore des indĂ©pendantistes rĂ©gionaux au sein de l’Union europĂ©enne et pas seulement au sein des nations constitutives du Royaume-Uni.

Contre l’indĂ©pendance Ă©cossaise, le Royaume-Uni maintenu a pu compter sur l’opposition des grands partis institutionnels britanniques, Tories comme Labour, et notamment ce dernier dont on a constatĂ© une certaine proximitĂ© idĂ©ologique, sociale-dĂ©mocrate, et Ă©lectorale avec le SNP. En effet, avant la poussĂ©e Ă©lectorale du SNP, le Labour Ă©tait le premier parti d’Écosse (aujourd’hui, il a quasiment disparu). Le Royaume-Uni, sans l’Écosse, serait une perte, ne serait-ce qu’électoralement parlant, pour les travaillistes, premiĂšres victimes de la nette percĂ©e du mouvement sĂ©paratiste.

Toutefois, in fine, s’agissant d’une modification de nature constitutionnelle (mĂȘme si la Constitution britannique est coutumiĂšre, c’est-Ă -dire de crĂ©ation orale), la rĂ©ponse ultime restait (comme pour le Brexit) entre les mains du Parlement britannique : l’Écosse ne peut pas, de droit, unilatĂ©ralement, dĂ©clarer son indĂ©pendance vis-Ă -vis du Royaume-Uni. Le rĂ©fĂ©rendum proposĂ© Ă©tait donc un « rĂ©fĂ©rendum consultatif sur l’extension des pouvoirs du Parlement Ă©cossais », dont le rĂ©sultat n’aurait eu, mĂȘme en cas de rĂ©sultat positif, aucun effet juridique automatique et immĂ©diat sur le Royaume-Uni.

Braveheart

Quoi qu’il en soit, le choix de l’indĂ©pendance Ă©cossaise semble avoir dĂ©jĂ  Ă©tĂ© celui du milieu cinĂ©matographique. En effet, d’une part, l’acteur britannique connu internationalement, nĂ© en Écosse et anobli par la Reine d’Angleterre en 2000, Sean Connery, a toujours apportĂ© son soutien Ă  la cause indĂ©pendantiste. D’autre part, le film amĂ©ricain Braveheart, succĂšs international, produit, rĂ©alisĂ© et interprĂ©tĂ© par Mel Gibson en 1995, a beaucoup fait pour populariser l’histoire de l’Écosse. Il raconte la vie de William Wallace, hĂ©ros et symbole de l’indĂ©pendance Ă©cossaise, qui, Ă  la fin du XIIIe siĂšcle, affronta, Ă  la tĂȘte des clans Ă©cossais unis, les troupes du roi Édouard Ier d’Angleterre qui tentait d’envahir l’Écosse. Le film a remportĂ© cinq Oscars Ă  la 68e cĂ©rĂ©monie le 25 mars 1996, dont ceux du meilleur film et du meilleur rĂ©alisateur.

La victoire du « non » Ă  l’indĂ©pendance

Le lendemain du rĂ©fĂ©rendum, le 19 septembre, Ă  la suite de la victoire du non qui rassemble une majoritĂ© de 55,4 % des suffrages contre 44,6 % pour le oui, Alex Salmond dĂ©clare assumer la responsabilitĂ© de l’échec du oui et annonce sa dĂ©mission de ses fonctions de chef du Parti national Ă©cossais et de Premier ministre. Nicola Sturgeon, sa vice-PremiĂšre ministre, lui succĂšde Ă  la tĂȘte du SNP le 14 novembre suivant, avant d’ĂȘtre Ă©lue Premier ministre par le Parlement Ă©cossais le 19 novembre. Elle a beaucoup participĂ© Ă  la campagne contre le Brexit et a Ă©tĂ© largement suivie par une forte majoritĂ© des Écossais (62 % des Écossais se sont dĂ©clarĂ©s europhiles).

Le Brexit ne manquera pas de relancer la voie de l’indĂ©pendance Ă©cossaise ; dĂ©jĂ , le SNP, seulement deux ans aprĂšs son Ă©chec rĂ©fĂ©rendaire, rĂ©clame un nouveau scrutin.

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