Si la vĂ©ritĂ©, dans notre monde relativiste, a trouvĂ© des raisons supplĂ©mentaires de rester bien Ă  l’abri au fond de son puits, il se trouve que, depuis quelques mois, son frĂšre adultĂ©rin le mensonge lui a redonnĂ© curieusement quelques raisons d’espĂ©rer. ConfrontĂ©e Ă  ce qu’on appelle dĂ©sormais « l’islamisme radical » l’opinion publique, au dĂ©tour de quelque table ronde mĂ©diatique, vient de dĂ©couvrir la sournoise « takya » qui, pour ses adeptes, est l’art de dissimuler sa vĂ©ritable pensĂ©e pour arriver Ă  la victoire.

Cette takya que les islamologues cĂŽtoient de longue date, a connu d’autres avatars dans notre sociĂ©tĂ© dite occidentale. Evgueni PrĂ©obrajenski, l’honorable bolchevique, n’avait-il pas affirmĂ© que « ce qui sert Ă  la lutte des classes, mĂȘme le mensonge, la trahison, l’impuretĂ©, absolument tout devient Ă  l’instant saint et sublime ». Dans ces conditions mensonge ou vĂ©rité ? Pfft !

Et pourtant ! Si dans la rĂ©flexion de l’homme il est un domaine qui a conduit Ă  la dĂ©forestation de la planĂšte, c’est bien celui de la VĂ©ritĂ©. Que de tonnes de pĂąte Ă  papier consacrĂ©es Ă  des ouvrages publiĂ©s pour traiter de cette question. Et ce n’est pas fini car elle va encore susciter un nombre incalculable de luxations du cerveau chez des intellectuels torturĂ©s.

DĂ©jĂ  les philosophes grecs avaient traitĂ© de la question. Aristote n’avait-il pas confessé : « J’aime Platon, mais j’aime encore mieux la VĂ©ritĂ©. »

Des siĂšcles plus tard, un haut fonctionnaire romain que l’on ne saurait qualifier de philosophe, n’avait-il pas, devant un certain JĂ©sus, confessĂ© sa perplexitĂ© sinon son impuissance, avant de se laver les mains : « Qu’est-ce que la vĂ©rité ? »

Deux millĂ©naires plus tard, les Ă©lites europĂ©ennes, qui plus que jamais prĂ©tendent ĂȘtre les maĂźtres Ă  penser de l’univers, tentent de cuisiner la malheureuse au fond de son puits lĂ©gendaire afin de la rendre, le moment jugĂ© opportun, plus prĂ©sentable au goĂ»t de consommateurs toujours plus attirĂ©s par le « fast-food » mĂ©diatique.

Adolphe Thiers pour qui la ligne droite n’était certainement pas le plus court chemin d’un point Ă  un autre, avait fait un constat pour le moins curieux : « On doit toujours dans les affaires dire la vĂ©rité  On ne vous croit pas et cela sert. »

MongĂ©nĂ©ral (De Gaulle) pour qui la ruse et le mensonge avaient, de son propre aveu, leur place dans sa boĂźte Ă  outils, ne faisait-il pas ce constat amusé : « Comme un homme politique ne croit jamais ce qu’il dit, il est tout Ă©tonnĂ© quand il est cru sur parole. »

Yvan Audouard, cet observateur souriant des travers de la sociĂ©tĂ©, aurait mĂ©ritĂ© cent fois d’ĂȘtre conseiller auprĂšs d’un quelconque locataire de l’ÉlysĂ©e, lui qui soutenait qu’« il faut dire la vĂ©ritĂ© le plus souvent possible pour que vos mensonges passent inaperçus ». Pour mieux prĂ©ciser sa pensĂ©e il ajoutait : « Le vraisemblable est un piĂšge que le mensonge tend Ă  la vĂ©ritĂ©. »

Qui dit vĂ©ritĂ© dit donc mensonge. Et ce dernier peut trouver grĂące aux yeux de certains. Michel Audiard qui ne prenait pas les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages, soulignait que « la vĂ©ritĂ© n’est jamais amusante, sinon tout le monde la dirait. »

Plus poĂ©tique dans l’expression, Albert Camus n’en pensait pas moins : « La vĂ©ritĂ©, comme la lumiĂšre, aveugle. Le mensonge, au contraire, est un beau crĂ©puscule qui met chaque objet en valeur. »

En remontant dans le temps, on constate que Rivarol avait déjà plaisamment traité de ce curieux attelage : « Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire, tous les mensonges sont bons à entendre. »

Comment dĂšs lors en vouloir Ă  nos chers politiciens devenus experts en ce domaine (« par la force des choses », ajouteraient-ils pour se justifier). « On ne ment jamais autant qu’avant les Ă©lections, pendant la guerre et aprĂšs la chasse », constate Georges Clemenceau. Stanley Baldwin, ministre de sa gracieuse majestĂ©, lui emboĂźte gaillardement le pas : « Si j’avais dit la vĂ©ritĂ©, j’aurais Ă©tĂ© battu aux Ă©lections. »

On aurait pourtant tort de prendre le mensonge pour un pĂ©chĂ© vĂ©niel lorsqu’on connaĂźt le rĂŽle qu’il tient dans le dĂ©roulement de l’histoire de l’humanitĂ©.

« Toute vĂ©ritĂ© qui ne vient pas de nous est un mensonge », profĂ©rait un JaurĂšs particuliĂšrement vĂ©hĂ©ment. Ce qui confirmait l’intuition de Nietzsche dans ce domaine : « Le plus grand ennemi de la vĂ©ritĂ©, ce n’est pas le mensonge, ce sont les convictions. »

Sacha Guitry, beaucoup plus profond qu’on ne le prĂ©sente trop souvent, soulignait la fragilitĂ© de l’homme de conviction : « Croire qu’on dit la vĂ©ritĂ© parce qu’on est sincĂšre ! BĂ©vue ! »

De cette dualitĂ© « VĂ©ritĂ©-Mensonge » est nĂ© ce mal qui ronge notre sociĂ©té : le relativisme. Camus « le philosophe des cours de rĂ©crĂ©ation », « le moraliste des prĂ©aux d’école » s’en rendait malade : « Rien n’étant vrai ni faux, bon ou mauvais, la rĂšgle sera de se montrer le plus efficace, c’est-Ă -dire le plus fort. Le monde, alors, ne sera plus partagĂ© en justes et en injustes, mais en maĂźtres et en esclaves. »

Pour clore momentanĂ©ment cet inĂ©puisable dĂ©bat, laissons la parole Ă  Georges Braque : « La vĂ©ritĂ© existe. On n’invente que le mensonge. »

Braque, le barbouilleur ? Mais de quoi se mĂȘle-t-il ?

Vous avez aimé cet article ?

EuroLibertĂ©s n’est pas qu’un simple blog qui pourra se contenter ad vitam aeternam de bonnes volontĂ©s aussi dĂ©vouĂ©es soient elles
 Sa promotion, son dĂ©veloppement, sa gestion, les contacts avec les auteurs nĂ©cessitent une Ă©quipe de collaborateurs compĂ©tents et disponibles et donc des ressources financiĂšres, mĂȘme si EuroLibertĂ©s n’a pas de vocation commerciale
 C’est pourquoi, je lance un appel Ă  nos lecteurs : NOUS AVONS BESOIN DE VOUS DÈS MAINTENANT car je doute que George Soros, David Rockefeller, la Carnegie Corporation, la Fondation Ford et autres Goldman-Sachs ne soient prĂȘts Ă  nous aider ; il faut dire qu’ils sont trĂšs sollicitĂ©s par les medias institutionnels
 et, comment dire, j’ai comme l’impression qu’EuroLibertĂ©s et eux, c’est assez incompatible !
 En revanche, avec vous, chers lecteurs, je prends le pari contraire ! Trois solutions pour nous soutenir : cliquez ici.

Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertĂ©s.