ÉlevĂ©e dans le culte de son pĂšre, Jacques Necker, Germaine, Anne, Louise, de StaĂ«l-Holstein (1766-1817) est un « singe savant » prĂ©coce. DĂšs son adolescence, elle est la rivale de sa mĂšre, dans son salon littĂ©raire et dans l’affection de son pĂšre. TrĂšs convoitĂ©e par les coureurs de dot, elle Ă©pouse en 1785 l’ambassadeur de SuĂšde Ă  Paris, bel homme, intellectuellement nul, mais apparentĂ© aux familles royales danoise et russe : le baron Éric-Magnus de StaĂ«l-Holstein
 Elle aurait prĂ©fĂ©rĂ© Ă©pouser William Pitt junior, mais il est peu portĂ© sur les femmes et ne s’est jamais souciĂ© d’elle.

En 1788, elle publie son premier opus : un mĂ©diocre panĂ©gyrique de Jean-Jacques Rousseau, oĂč elle fait surtout l’éloge de son propre pĂšre, et s’entiche de son premier amant : le comte de Narbonne-Lara. Elle fera beaucoup mieux ensuite.

En 1789-90, elle est l’égĂ©rie des « Monarchiens » et, en 1791, celle des « Feuillants », deux groupes de modĂ©rĂ©s, sĂ©parĂ©s par des querelles de personnes. C’est grĂące Ă  son influence que Narbonne devient ministre de la Guerre, le 7 dĂ©cembre 1791, ce qui met son Ă©poux en fĂącheuse posture face Ă  son roi Gustave III, trĂšs hostile aux rĂ©volutionnaires.

Elle adopte une position trĂšs courageuse en aoĂ»t 1792, au moment oĂč les rĂ©volutionnaires n’hĂ©sitent pas Ă  massacrer les Suisses de la garde royale, et sauve d’une mort probable un certain nombre d’aristocrates de ses amis. Elle retourne Ă  Coppet (en Pays de Vaud) en septembre, d’oĂč elle organise, Ă  grands frais, un rĂ©seau d’émigration, grĂące Ă  de faux passeports suĂ©dois. La multiplication de ses aventures amoureuses lui vaut de frĂ©quents accrochages avec sa mĂšre, prude calviniste.

En septembre 1794, elle parvient Ă  sĂ©duire Benjamin Constant, l’enlevant Ă  sa grande rivale, l’aristocrate nĂ©erlandaise et femme de lettres fixĂ©e en Suisse, Isabelle de CharriĂšre, nĂ©e van Tuyll et surnommĂ©e La belle chĂątelaine de Zuylen. Leur liaison, orageuse et intermittente, durera jusqu’en 1810. C’est avec Benjamin qu’elle rentre Ă  Paris en mai 1795 et ouvre un salon littĂ©raire et politique, frĂ©quentĂ© par Marie-Joseph ChĂ©nier et Charles-Maurice Talleyrand. Elle se fait expulser dĂšs le mois d’octobre, en raison de ses propos maladroits et de sa propension Ă  se mĂȘler de tout.

En dĂ©cembre 1796, son ami Barras l’autorise Ă  revenir en France ; elle obtient de lui la nomination de son ami Talleyrand au ministĂšre des Relations ExtĂ©rieures, oĂč il se rĂ©vĂšle trĂšs corrompu et assez peu habile : il fera mieux ensuite et dans les deux registres. Elle sauve de nouveau quelques amis lors de l’épuration de septembre 1797 (en fructidor V), mais, en cet automne, elle se fait Ă©conduire assez grossiĂšrement par Bonaparte qu’elle a tentĂ© de sĂ©duire : le gĂ©nĂ©ral n’aime pas les femmes grasses ! Elle est de nouveau expulsĂ©e en janvier 1798. Dans ses Ă©crits passablement ridicules de ces deux annĂ©es 1797-98, elle vante les mĂ©rites d’une RĂ©publique aristocratique et protestante, dirigĂ©e par des Ă©crivains.

EnthousiasmĂ©e par la nomination de son Benjamin au Tribunat, elle fait l’éloge de la Constitution de l’An VIII, mais elle est emportĂ©e par la disgrĂące de son amant, opposant systĂ©matique Ă  la politique du Premier Consul. Elle publie coup sur coup De la littĂ©rature et Delphine (en 1802), tout en animant un salon d’idĂ©ologues. Elle est exilĂ©e « à 40 lieues de Paris » en 1803, et voyage en Allemagne et en Italie. Elle est trĂšs affectĂ©e par la mort de son pĂšre en 1804 et usera vainement une partie de ses derniĂšres annĂ©es Ă  en rĂ©habiliter la mĂ©moire.

En 1807, elle publie Corinne, « un fatras de phrases » (selon NapolĂ©on Ier), puis De l’Allemagne (1810), qui est aussi mal reçu par l’empereur. En 1813, en SuĂšde, elle conseille Ă  Bernadotte, devenu hĂ©ritier de la couronne de SuĂšde-NorvĂšge, de se joindre Ă  la coalition antinapolĂ©onienne
 Il n’a guĂšre besoin de ses conseils pour s’attaquer Ă  un rival qu’il a toujours jalousĂ©.

En mai 1814, elle rouvre son salon parisien. Elle se rĂ©fugie Ă  Coppet durant les Cent Jours. Elle ne revient Ă  Paris qu’en octobre 1816 et meurt en juillet 1817, aprĂšs avoir mariĂ© sa fille richissime au 3e duc de Broglie : la fortune familiale est alimentĂ©e par des rentes sur divers États et des revenus fonciers suisses, britanniques et nord-amĂ©ricains. En 1818, paraissent ses ConsidĂ©rations sur la RĂ©volution française.

La dame Ă©tait laide, grasse, gaffeuse et indiscrĂšte, nĂ©gligĂ©e, voire malodorante, aussi prĂ©tentieuse que son pĂšre, en outre dominatrice et sexuellement insatiable. Ses Ă©normes dĂ©fauts n’îtent rien Ă  la qualitĂ© de son Ɠuvre littĂ©raire (et en expliquent mĂȘme une partie). Si le nombre de ses amants fut grand, celui des personnes qu’elle a sauvĂ©es en 1792 et 1797 fut plus grand encore.

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