De nombreux rĂ©fĂ©rendums d’initiative locale et Ă  vocation partisane, sans aucune valeur juridique lĂ©gale, mais se revendiquant de la volontĂ© populaire, indiquent la volontĂ© indĂ©pendantiste des Catalans ; ainsi en septembre 2009, la commune d’Arenys de Munt, composĂ©e de 8 500 habitants, avait optĂ© pour la sĂ©paration de Madrid Ă  96 % ! Depuis, les « consultas » se multiplient avec des rĂ©sultats similaires et, il faut tout de mĂȘme le noter, un fort taux d’abstention.

Le passage de consultations informelles Ă  un rĂ©fĂ©rendum d’autodĂ©termination « à l’écossaise » doit passer, constitutionnellement, par l’autorisation du Parlement espagnol, comme lors de la modification renforçant l’autonomie en 2006. Un sondage sur la question donnait, selon le trĂšs officiel « Centre d’études d’opinion », 52 % des Catalans favorables Ă  l’indĂ©pendance.

L’« État en propre » selon un des slogans prĂ©fĂ©rĂ©s d’Artur Mas, doit passer, dĂ©sormais, par l’organisation d’un rĂ©fĂ©rendum sur l’autodĂ©termination concernant l’avenir de la population catalane, cela en accord avec le gouvernement madrilĂšne.

Comme en Belgique, l’ex-roi, Juan Carlos Ier d’Espagne, qui a accĂ©dĂ© au TrĂŽne le 22 novembre 1975, et dont l’autoritĂ© semble en perte d’influence, avait qualifiĂ© de « chimĂšres » l’option indĂ©pendantiste catalane.

Plus surprenant, car d’habitude plus mesurĂ©, le prĂ©sident de la Commission europĂ©enne depuis novembre 2004, le portugais issu du centre droit social-dĂ©mocrate JosĂ© Manuel Barroso, avait laissĂ© entendre, peu avant les Ă©lections rĂ©gionales de novembre 2012, que l’Union europĂ©enne ne reconnaĂźtrait pas un nouvel État nĂ© d’une sĂ©cession, ce qui semble ĂȘtre a minima une pression Ă©lectorale. Ce qui n’était pas l’avis de la Commissaire europĂ©enne Ă  la justice, comme nous l’avons indiquĂ©. Ces dissensions augurent, outre de considĂ©rations Ă©lectorales, d’un dĂ©bat de droit international concernant la rĂ©intĂ©gration au sein de l’Union, d’un territoire sĂ©parĂ© d’un État, partie initiale de l’UE.

De nature consensuelle, le prĂ©sident du Parlement rĂ©gional de l’époque, Artur Mas, laissait ainsi une porte ouverte, celle du « pacte fiscal » dont il souhaite une rĂ©forme favorable Ă  la Catalogne, en indiquant au sortir des rĂ©sultats Ă©lectoraux favorables aux indĂ©pendantistes, du centre droit comme de gauche, voire d’extrĂȘme gauche : « Si le pacte fiscal ne voit pas le jour, nous devrons prendre le chemin de l’indĂ©pendance ».

À ce niveau, deux Ă©lĂ©ments doivent retenir notre attention :

  • la fĂ©dĂ©ration CiU Ă©tait un groupe de mouvements libĂ©raux et dĂ©mocrates-chrĂ©tiens situĂ©s au centre droit (voire clairement Ă  droite pour l’UDC) et les revendications fiscales sont, le plus souvent, portĂ©es par ce type de partis Ă  travers toute l’Union europĂ©enne et on pourrait penser que cet ultimatum est synonyme de l’abandon des revendications sĂ©paratistes, au profit de nouvelles avancĂ©es autonomistes en matiĂšre fiscale ; le choix, ici, est outre l’option clairement identifiĂ©e comme « rĂ©aliste » de la CiU (qui ne souhaitait probablement pas s’opposer, Ă  la fois, au Monarque espagnol et au prĂ©sident de la Commission europĂ©enne), mais aussi la synthĂšse populaire en faveur d’une forme de « nationalisme Ă©conomique », que l’indĂ©pendance serait alors relĂ©guĂ©e aux calendes grecques ;
  • en effet, il faut rappeler que la fĂ©dĂ©ration CiU n’était pas sortie totalement victorieuse des urnes en 2012, contrairement au miroir dĂ©formant que donnent des rĂ©sultats le parti effectivement arrivĂ© en tĂȘte ; la CiU avait certes maintenu ses positions, mais n’avait su conserver, certes en l’amplifiant, qu’une majoritĂ© relative ; Ă  leur gauche, les nationalistes de gauche et de gauche radicale ainsi que les Verts, ont rĂ©alisĂ©, par contre, une notable poussĂ©e et Artur Mas ne pouvait pas ne pas prendre en compte cet Ă©lectorat favorable Ă  l’indĂ©pendance, mais dont les revendications sociales semblent plus proches de celles des « Indignados » que des Ă©lus notabilisĂ©s de la CiU.

Cette derniĂšre observation a donnĂ© lieu, au Parlement rĂ©gional, Ă  une union entre le centre droit et les nationalistes de gauche reprĂ©sentĂ©s par l’ERC. Ce dernier a ainsi rĂ©ussi Ă  imposer le rĂ©fĂ©rendum comme prioritaire, et non purement optionnel. Au-delĂ  de cette alliance, le dĂ©part de l’UDC, en 2015, a confirmĂ© la « socialisation » de la coalition.

Ainsi, Josep Rull, secrĂ©taire de Convergence dĂ©mocratique de Catalogne (CDC), a Ă©voquĂ© le second semestre 2014 comme pĂ©riode propice Ă  l’organisation d’un rĂ©fĂ©rendum sur l’indĂ©pendance aprĂšs les Ă©lections europĂ©ennes. Le gouvernement espagnol conservateur Ă©tait opposĂ© Ă  la tenue d’une telle consultation, et l’est toujours.

Aussi, pour faire plier Madrid, et surtout le Premier ministre Mariano Rajoy, sur la question du rĂ©fĂ©rendum, des indĂ©pendantistes catalans ont lancĂ© une vaste pĂ©tition « Si no hay Cataluña 2014, no puede haber Madrid 2020 » (en traduction littĂ©rale, s’il n’y a pas de rĂ©fĂ©rendum en Catalogne en 2014, il ne peut pas y avoir de Jeux olympiques Ă  Madrid en 2020).

Santiago Espot, prĂ©sident de « Catalunya Acció », mouvement indĂ©pendantiste catalan, et initiateur de cette campagne militante, souhaite interpeller le ComitĂ© international olympique (CIO) sur le fait qu’un État « niant les droits dĂ©mocratiques et nationaux » ne peut organiser les Jeux Olympiques de 2020 ; or, Madrid Ă©tait candidate Ă  cette organisation sportive internationale prestigieuse. Depuis, on sait que Tokyo, au Japon, organise les Jeux. Une occasion de faire plier Madrid de perdue


Mais l’union entre le centre droit et la gauche radicale catalane au Parlement catalan a relancĂ© la volontĂ© d’indĂ©pendance. Ainsi, le Parlement catalan a augmentĂ© la pression sur Madrid jeudi 6 octobre 2016 en votant pour l’organisation d’un rĂ©fĂ©rendum sur l’indĂ©pendance de la province au plus tard en septembre 2017. La chambre, dominĂ©e par les indĂ©pendantistes, a adoptĂ© par 72 voix – sur un total de 135 – la proposition du prĂ©sident de la GĂ©nĂ©ralitĂ© de Catalogne, Carles Puigdemont, de tenir cette consultation populaire avec ou sans l’autorisation du gouvernement espagnol.

La question du rĂ©fĂ©rendum sur l’autodĂ©termination catalane reste donc posĂ©e, malgrĂ©, ou Ă  cause, d’un processus rĂ©gionaliste dĂ©jĂ  trĂšs poussĂ©. Sans doute que la difficultĂ© pour l’Espagne de disposer d’un gouvernement stable est un Ă©lĂ©ment indirect qui permet aux indĂ©pendantistes de peser plus nettement sur la vie politique au-delĂ  des PyrĂ©nĂ©es.

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