Les journalistes Michel Marmin et Éric Branca ont publiĂ© aux Éditions Chronique un livre consacrĂ© au clivage gauche-droite et intitulé : « Gauche + droite. Le tour de la question. » Lionel Baland les a interrogĂ©s.

Éric Branca et Michel Marmin lors d’une confĂ©rence donnĂ©e au Cercle Pol Vandromme Ă  Bruxelles.

Éric Branca et Michel Marmin lors d’une confĂ©rence donnĂ©e au Cercle Pol Vandromme Ă  Bruxelles.

Quels éléments caractérisent la gauche et la droite. Quelle est la différence entre les deux ?

Branca : Nous avons voulu justement mettre en avant dans cet ouvrage le fait qu’il n’existe pas une dĂ©finition statique de ces concepts, mais une dĂ©finition changeante suivant les Ă©poques. Nous avons tentĂ© de montrer au sein de ce livre que, bien qu’il y ait des constantes, il faut ĂȘtre trĂšs prudent avec les catĂ©gories. Nous avons trouvĂ© beaucoup de paradoxes qui nous ont semblé intĂ©ressants. Être Ă  droite au XIXe siĂšcle n’est pas ĂȘtre Ă  droite au XXe siĂšcle, etc., etc.

Marmin : Oui, les exemples abondent et sont trĂšs spectaculaires. Rappelons qu’à l’origine, l’anticapitalisme Ă©tait de droite et le capitalisme de gauche, car c’était une idĂ©ologie progressiste conçue et vĂ©cue comme telle par les premiers capitalistes qui pensaient faire le bonheur de l’humanitĂ©. Les anticapitalistes et les dĂ©fenseurs des gens victimes du capitalisme, c’était la droite royaliste, lĂ©gitimiste, catholique de l’époque de la Restauration.

Branca : Au nom des solidaritĂ©s naturelles que cassait le capitalisme en envoyant tout le monde Ă  l’usine.

Marmin : Et on trouve des points communs, dans les textes, tout Ă  fait saisissants entre Karl Marx et Louis de Bonald, par exemple. C’est tout Ă  fait curieux et certains textes de Marx pourraient ĂȘtre signĂ©s par quelques grands penseurs de droite de l’époque.

 

Donc, finalement, la seule droite rĂ©elle, c’est la droite lĂ©gitimiste ? Toutes les autres droites viennent de la gauche ?

Branca : À l’origine, oui.

Marmin : C’est un peu vrai, oui. Mais, ça c’est un peu agglomĂ©rĂ© aprĂšs, un peu mĂ©langĂ©. Si on veut ĂȘtre radical historiquement, oui.

Branca : C’est tout de mĂȘme le primat de la tradition sur le changement vĂ©cu comme un dĂ©racinement. On peut rĂ©sumer comme cela. Donc, cela ne veut pas dire que les idĂ©es de Louis de Bonald et Joseph de Maistre sont toujours vivaces aujourd’hui, mais il y a une gĂ©nĂ©alogie de la pensĂ©e de droite qui part quand mĂȘme de lĂ .

 

Le nationalisme était au départ à gauche ?

Branca : Oui, bien sĂ»r, avec la dĂ©fense des frontiĂšres, la patrie en danger, etc. TrĂšs liĂ© au jacobinisme, qui est aussi un Ă©radicateur de diffĂ©rences. Les Girondins, qui Ă©taient beaucoup plus fidĂšles aux solidaritĂ©s naturelles, Ă©taient Ă  l’époque plus Ă  droite.

 

Les nationalistes de cette Ă©poque ne sont-ils pas le correspondant des mondialistes actuels car les nationalistes dĂ©siraient crĂ©er une grande France dĂ©truisant les particularitĂ©s locales comme les mondialistes tentent actuellement d’éradiquer les spĂ©cificitĂ©s nationales ?

Branca : Et ils voulaient exporter la révolution partout.

Marmin : Oui, mais pas tous car Maximilien de Robespierre Ă©tait contre l’exportation de la RĂ©volution. Il disait que les gens n’aiment pas les prophĂštes armĂ©s. Donc, il Ă©tait contre la diffusion Ă  l’étranger de la RĂ©volution, a fortiori par la force des baĂŻonnettes
 C’est compliquĂ©.

Branca : Nous avons voulu montrer que rien n’était simple.

Marmin : Et les Girondins, qui Ă©taient plus de droite, plus libĂ©raux,
 que les Jacobins, Ă©taient les plus acharnĂ©s Ă  vouloir exporter la RĂ©volution dans toute l’Europe.

 

Par exemple, Florian Philippot du Front National est-il de gauche ou de droite ?

Marmin : Je pense qu’il est de droite avec de bonnes idĂ©es de gauche. Comme il y a des gens vraiment de gauche avec quelques bonnes idĂ©es de droite.

Branca : L’« unitĂ© nationale » est une valeur de droite et le « ni droite ni gauche » est une valeur de droite. C’est barrĂ©sien. La gauche ne reconnaĂźt jamais de qualitĂ©s Ă  la droite. La droite peut, cela lui arrive, reconnaĂźtre des qualitĂ©s Ă  la gauche et en cela elle est de droite. Ce que je dis est un peu hardi, mais je crois vraiment qu’ĂȘtre plus tolĂ©rant envers les idĂ©es opposĂ©es est de droite, alors qu’à gauche, c’est trĂšs rare. Cela vient de Maurice BarrĂšs, de la mystique de l’unitĂ© nationale : le dĂ©passement des clivages. Florian Philippot est barrĂ©sien. Le gĂ©nĂ©ral De Gaulle Ă©tait barrĂ©sien aussi et François Mitterrand un tout petit peu en 1988. Son amour de la terre et des morts Ă©tait trĂšs barrĂ©sien.

 

Situez-vous Marine Le Pen à gauche ou à droite ?

Marmin : Quand mĂȘme Ă  droite.

Branca : Bien sĂ»r. Justement, aussi parce qu’elle refuse quelque part le clivage droite-gauche. Je ne dis pas que c’est toute la droite, mais cela fait partie des traditions de droite.

Marmin : Ce qu’il faut voir, c’est que dans la droite conventionnelle, celle de gouvernement, ce qui n’est pas encore son cas, il ne reste pas grand-chose de ce qui a Ă©tĂ© la droite originelle, de la droite contre-rĂ©volutionnaire en quelque sorte.

Branca : Du temps de Jean-Marie Le Pen, il y avait au Front National une tendance Romain Marie qui pouvait ĂȘtre l’hĂ©ritiĂšre de la droite lĂ©gitimiste, mais cette composante a pratiquement quasiment disparu Ă  l’heure actuelle.

 

Comment expliquez-vous le fait que la gauche ne s’oppose pas Ă  l’immigration, car l’intĂ©rĂȘt des travailleurs est de ne pas ĂȘtre confrontĂ© Ă  une immigration de masse ?

Branca : C’est le grand paradoxe et vous lirez dans ce livre le discours de Georges Marchais en 1980 dĂ©fendant le maire de Vitry qui fait dĂ©molir un foyer d’immigrĂ©s au bulldozer, expliquant que l’intĂ©rĂȘt des travailleurs, c’est le refus de l’immigration. Le texte de Marchais pourrait ĂȘtre signĂ© Marine Le Pen aujourd’hui.

Marmin : Elle n’oserait peut-ĂȘtre mĂȘme pas le signer.

Branca : Or, Ă  cette Ă©poque, nous sommes Ă  un tournant trĂšs important pour la gauche parce que Mitterrand se rend compte qu’il a de moins en moins de soutien populaire. Le Parti Socialiste commence, mĂȘme s’il gagne les Ă©lections, Ă  perdre des bastions ouvriers extrĂȘmement importants et il va se trouver un prolĂ©tariat de substitution avec l’immigration et la montĂ©e de SOS racisme, des mouvements antiracistes, etc. C’est vraiment un prolĂ©tariat de substitution et le Parti Communiste rĂ©siste Ă  ça et puis, finalement, cela va emporter le Parti Communiste, mais celui-ci Ă©tait relativement national jusqu’à cette Ă©poque-lĂ .

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