16 avril 2017

Onze candidats à la présidentielle, et un seul européen…

Par Nicolas Gauthier

 

Chez Robert Aldrich, il y avait Douze salopards. Dans la France de François Hollande, on ne trouve que onze candidats à la magistrature suprême. Qui se sont même réunis en un débat télévisé, il y a de cela un peu moins de deux semaines. L’affaire a fait couler pas mal d’encre, sans que cette question, tout hormis subsidiaire, n’ait été posée : combien de partisans de l’Europe, qu’elle soit européenne ou européiste dans l’assistance ?

Le compte est bon, vite fait et bien fait : un seul, Emmanuel Macron, puisque fils adultérin du Président sortant, lui-même enfant spirituel du Président jamais entré, Jacques Delors. Il paraît qu’autrefois, au siècle dernier, l’Europe faisait rêver, à droite comme à gauche et même parfois dans certains cercles de cette droite donnée pour être extrême. Là, pis qu’un poisson d’avril, le rêve européen aurait plutôt tendance à tourner au cauchemar.

La preuve en est que Les Échos, quotidien de référence en la matière, donne l’inquiétude rétrospective : « Rappelons-nous le si tristement célèbre discours de Cochin de Jacques Chirac en 1978 dans lequel le leader du RPR avait parlé du « parti de l’étranger » à propos de l’UDF, alors créée par Valéry Giscard d’Estaing. »

Il est vrai qu’à l’époque, Jacques Chirac était gaulliste, ce qui ne rajeunira personne. Et le même journal de pratiquer la méthode Coué en s’exclamant : « Aujourd’hui, il n’en est rien, heureusement ! »

À croire que personne n’a tout à fait regardé la même émission, le même débat, ou que la France d’en haut ne vive pas tout à fait dans la même France que celle d’en bas…

En effet, et inutile de tous les énumérer, sur onze candidats, dix sont pour le moins eurosceptiques, même François Fillon, homme de l’entre-deux, souverainiste quand ça l’arrange – il a voté « non » lors du référendum de Maastricht, en 1992 –, pour ensuite le regretter, puis, fédéraliste lorsque cela ne le dérange pas plus que ça. Et Les Échos de continuer de nous jouer la nuit de la grande trouille en ces termes : « Les deux, à l’opposé de l’échiquier politique [Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, on imagine, NDLR], parlent d’une renégociation des traités européens ou de « refondation de l’Europe », ce terme est en lui-même un mensonge. »

Ah bon ? Peut-on savoir exactement pourquoi, les traités ayant, par nature, vocation à être renégociés ; autrement, l’Europe vivrait toujours sur celui de Westphalie… Histoire de poursuivre dans le même registre du « Hou ! Hou ! Fais-moi peur », le même folliculaire persiste et signe : « Si les décisions annoncées étaient mises à exécution, la construction européenne s’arrêterait d’un seul coup, sans plan B pour prendre la suite. Les intérêts d’une génération de nos concitoyens seraient sacrifiés sur l’autel d’une idée a priori séduisante, mais trompeuse et dangereuse ». Tandis que le Soleil s’arrêterait de briller dans le ciel, et la Lune d’éclairer la nuit ?

On rappellera à ces adeptes du « repli frileux » qu’en son temps, lorsque le général De Gaulle, mécontent de la tournure que prenait la construction européenne, jugea opportun de pratiquer la politique dite de « la chaise vide » – ce qui lui évita au moins de se retrouver le cul entre… deux chaises –, l’Europe ne s’en arrêta pas pour autant, prenant tout simplement une autre voie plus conforme à la volonté des peuples européens.

Et dire que ce sont les mêmes qui stigmatisent une Marine Le Pen « jouant sur les peurs », alors qu’ils sont les premiers à se contorsionner en une peur panique de l’inconnu. Nonobstant, et ne leur déplaise, « leur » Europe est aujourd’hui loin de faire l’unanimité auprès du peuple de France et des autres peuples d’Europe. Le peuple… cette variable d’ajustement devenue si embarrassante que sans elle, la démocratie éclairée et la bonne gouvernance iraient de soi. Pas de chance, les gars. Les temps changent, tel que le chantait jadis un récent Prix Nobel, Bob Dylan, pour ne pas le nommer.

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