19 juillet 2026

Visages de Lecornu, l’homme pressé

Par Franck Buleux

(article écrit sans recours à l’Intelligence artificielle)

Sébastien Lecornu, né en 1986, Premier ministre, est souvent présenté comme un homme pressé et très proche du président Macron. Tellement proche qu’il a quitté la campagne de François Fillon le plus tardivement possible, le 2 mars 2017, à l’annonce de la convocation par le Justice en vue d’une mise en examen du candidat des Républicains. Evidemment, passant de Fillon à Macron du jour au lendemain, il fut récompensé en étant nommé secrétaire d’Etat, adhérant lui-même à La République en marche (LREM). Une campagne de deux mois à peine en faveur de Macron l’a emmené à Matignon. Une campagne éclair pour un homme pressé. En deux mois, il a donc su convaincre Macron qu’il serait indispensable pour la suite.

Normand d’île-de-France

Présenté comme Normand puisque candidat dans l’Eure depuis les législatives de 2012 (5e circonscription, candidat suppléant du député sortant Franck Gilard, UMP), il est en réalité né dans le Val-d’Oise, à Eaubonne.

Un « parrain » politique ancré à droite

Présenté comme militant de l’UMP dans l’Eure depuis sa rencontre avec Bruno Le Maire (député de la 1ere circonscription de l’Eure), dont il intégre le cabinet au Secrétariat d’Etat aux Affaires éuropéennes comme conseiller chargé des affaires institutionnelles en 2008 (L’homme pressé a seulement 22 ans), il n’en est rien.

En effet, dès 2005, il fut le plus jeune assistant parlementaire de France (19 ans seulement) étant recruté par le très droitier Franck Gilard, député de la 5e circonscription de l’Eure entre 2002 et 2017 (il fut même candidat suppléant en 2012). Franck Gilard, membre de La Droite populaire, proche de l’ancien ministre gaulliste (de droite) René Tomasini, député-maire des Andelys, à qui il succéda, fut formé au Club de l’Horloge, cercle de reflexion métapolitique très à droite fondé en 1974 notamment par Yvan Blot (ancien élu RPR puis FN, aujourd’hui décédé), Jean-Yves Le Gallou (passé de l’UDF-PR au FN, dirigeant de Polemia) et Henry de Lesquen, ancien dirigeant de Radio-Courtoisie. D’après la thèse de Philippe Lamy, soutenue en 2016 à Paris 8, « Franck Gilard, député de l’Eure depuis 2002, membre de la Droite populaire au sein de l’UMP, a fait toute sa formation au Club de l’Horloge, selon Jean-Yves Le Gallou, confirmé par Yvan Blot ». Notre Premier ministre a donc été formé politiquement non par le très centriste Le Maire mais par le très droitier Gilard.

En outre, Franck Gilard est proche également des milieux normands (on l’a dit proche de Jean Mabire, puisqu’amateur d’aventure maritime), ayant préfacé un livre « Château-Gaillard » paru aux éditions d’Heligoland écrit par Serge Sochon, membre éminent du Mouvement normand (MN), aujourd’hui disparu, dont les thèses régionalistes se retrouvaient dans les revues et les thèses de la Nouvelle droite.

&Le « parrain » politique de Lecornu était franchement à droite.

L’ouverture politique à droite toute

Notre Premier ministre a eu beaucoup de mandats mais les a peu exercés. Faute de temps. Trop pressé. Prenons l’exemple de la campagne municipale de 2014 à Vernon, deuxième ville du département de l’Eure. Lecornu est mandaté par l’UMP pour mener une liste dont le but est double : reprendre la mairie à la gauche (qui a gagné la ville en 2008) et battre l’ancien maire UMP, devenu sénateur et divers droite, ce qu’il fait en obtenant, au premier tour, avec 32 % contre 26 % à l’ancien maire Jean-Luc Miraux et 17 % au maire socialiste sortant (le second tour lui offrit 45 % en mobilant les 17 % des suffrages des deux listes d’extrème droite, contre 28 % à l’ancien maire et seulement 17 % au socialiste étrillé, qui ne bénéficia même pas du report des quelques voix communistes. Lecornu ne fut jamais réélu maire puisqu’il abandonna son mandat à son (très) proche François Ouzilleau, alors premier adjoint, né en 1984, dès 2015 (puisqu’il devient président du conseil départemental de l’Eure, élu conseiller départemental du canton de Vernon avec 71 % au second tour face au FN, pas encore RN) et qui sera réélu en 2020 avec 66 % dès le 1er tour.

Pour gagner en 2014, Sébastien Lecornu n’hésita pas à prendre, en 4e de liste (et qui deviendra donc maire-adjointe de Vernon), la responsable du Mouvement pour la France (MPF) de Philippe de Villiers, qui deviendra par la suite soutien d’Eric Zemmour. Catherine Gibert, puisqu’il s’agit d’elle, n’était pas en fin de liste, mais à la 4e place. Le (très) proche Ouzilleau n’était qu’à la 5e place. A la 16e place, Agnès Brenier avait déjà siégè au conseil municipal sous la même tendance, à droite toute, candidate dès 1995 sur une liste proche de Villiers emmenée par Jean-Pierre Bouquet, lui-même à la 33e place sur la liste Lecornu. Pour battre le maire socialiste et l’ancien maire gaulliste (Jean-Luc Miraux), Lecornu était allé chercher à droite.

Symbolisme et ouverture

Notre Premier ministre est également le préfacier de deux livres parus respectivement aux éditions du Rocher et aux éditions de l’Histoire, tous deux rédigés par l’auteur, qui ne cache pas ses proximités avec la franc-maçonnerie symbolique, Jean-Paul Lefebvre-Filleau, essayste, officier militaire ainsi que prêtre orthodoxe (on l’appelle « le pope de Vernon »). Son livre « La franc-maçonnerie au coeur de la République » fait autorité en la matière.

Certes, la carrière politique de notre Premier ministre a été écourtée car dès 2017, Macron lui fit connaître les ors de la République.

Lecornu parviendra-t-il à convaincre la gauche avec une telle formation et un tel passé politique ?

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