Après la réconciliation nationale pour raison d’État, pourquoi pas une réconciliation historique pour raison de justice ?
(article écrit sans recours à l’Intelligence artificielle)
J’assistais il y a peu à un très sympathique dîner-débat organisée par l’association de la Chouannerie du Maine(1) et animé à cette occasion par l’ancien avocat et désormais historien à plein temps Tanneguy Lehideux. Le Thème : « Le général Turreau un général génocidaire ? »(2)

Le Procès du général Turreau : les pièces inédites d’un populicide, Tanneguy Lehideux préface Jacques Villemain, Pays et Terroirs, Cholet, 2022.
Conférence hautement réussie, le public, comme on dit dans ces cas-là sans flagornerie, était captivé. Horrifié également. Et pour cause ! Les souvenirs laissés par les colonnes infernales républicaines dans l’Ouest de notre pays pourraient inspirer nombre de réalisateurs de films d’horreurs. D’exécutions de masse en viols quotidiens sur fond de parfaite indifférence de la vie humaine « puisque vendéenne », les chiffres du populicide (terme que Me Lehideux préfère à celui de génocide) varient allégrement de dizaines en centaines de milliers selon les estimations que l’on peut tenter de faire, faute de documents d’époque sur lesquels s’appuyer.
En effet, nombre de dossiers ont « mystérieusement » (sic !) disparus dès l’époque, notamment celui du général Turreau ; finalement arrêté après la chute des « Thermidoriens », il comparut devant les tribunaux pour le bain de sang commis par les « colonnes infernales » qu’il avait créées afin d’exterminer tous les « brigands » accusés de participation à la révolte contre la République. Colonnes qui, plusieurs mois durant, ravagèrent systématiquement les départements concernés.
Mais le tribunal militaire l’acquittera au motif qu’il n’avait fait « qu’exécuter les ordres ». Car Tanneguy Lehideux l’a longuement expliqué, Turreau avait prudemment pris le plus grand soin d’obtenir de « Paris », c’est-à-dire du Comité de salut public qui détenait alors le Pouvoir, tous les ordres nécessaires à son action en Vendée.
Il continuera donc une carrière militaire, sera nommé ambassadeur aux États-Unis et fait baron avant de finir son existence avec la décoration de la croix de Saint-Louis : selon l’historien Alain Gérard, « par ce geste particulièrement spectaculaire, Louis XVIII aura sacrifié le souvenir de la Vendée sur l’autel de la réconciliation nationale. »
La raison d’État, en quelque sorte.
Seule consolation pour la mémoire de ses victimes, la tombe de Turreau disparaîtra, victime du temps et plus encore l’indifférence générale. Qui s’en désolera ? Et sa mémoire restera à jamais associée, avec tant d’autres, aux horreurs de l’Histoire.
Mais s’il ne fut, finalement, que l’exécuteur des basses-œuvres des Robespierre, Danton, Carnot et autres Révolutionnaires de l’époque, on ne peut que rester dubitatif, et quelque peu nauséeux, de songer que les noms de ces derniers personnalisent toujours de nombreuses plaques de rues dans les villes de notre pays.
Si lors de la Restauration, la réconciliation nationale pouvait exiger de ne pas être trop regardant sur les crimes commis, ne serait-il pas temps d’envisager une réconciliation historique en modérant quelque peu les hommages rendus aux donneurs d’ordre d’un populicide ?
Notes
(1) https://chouanneriemaine.e-monsite.com/pages/activites.html
(1) Le Procès du général Turreau : les pièces inédites d’un populicide, Tanneguy Lehideux préface Jacques Villemain, Pays et Terroirs, Cholet, 2022.
(Article paru dans numéro 73 de Synthèse nationale)
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