Le 4 aoĂ»t 2019, France Info allait Ă  la rencontre d’Yves Cochet installĂ© dans un coin reculĂ© oĂč il « vit retranchĂ© dans la campagne au nord de Rennes pour se prĂ©parer Ă  l’effondrement du monde qui “nous arrive en pleine tronche” ». L’ancien ministre Vert de l’AmĂ©nagement du territoire et de l’Environnement de juillet 2001 Ă  mai 2002 a l’habitude des polĂ©miques.

Le personnage a dĂ©jĂ  scandalisĂ© nationaux et nationalistes par ses dĂ©clarations dans L’Obs du 3 janvier dernier : « Je propose de renverser notre politique d’incitation Ă  la natalitĂ©, en inversant la logique des allocations familiales. Plus vous avez d’enfants, plus vos allocations diminuent jusqu’à disparaĂźtre Ă  partir de la troisiĂšme naissance. [
] Faire des enfants n’est plus simplement une question personnelle. C’est devenu un choix politique. [
] Je prĂ©cise donc que je ne vise pas les pays les plus pauvres, qui font plus d’enfants que les autres. Au contraire. Les pays riches sont les premiers Ă  devoir dĂ©croĂźtre dĂ©mographiquement. [
] Par ailleurs, limiter nos naissances nous permettrait de mieux accueillir les migrants qui frappent Ă  nos portes. »

Son raisonnement est cependant doublement fallacieux. Il souhaite limiter la natalitĂ© dĂ©jĂ  trĂšs faible des pays du Nord plutĂŽt que de la restreindre de maniĂšre draconienne dans le Sud. Inciter l’immigration implique par ailleurs d’accroĂźtre l’étalement urbain et la disparition des terrains cultivĂ©s. Ses propos dĂ©montrent l’incompatibilitĂ© complĂšte entre l’écologie vĂ©ritable et le cosmopolitisme vert.

Si Yves Cochet se trompe en matiĂšre dĂ©mographique, il a en revanche raison d’avoir achetĂ© avec sa fille sept hectares plus ou moins autosuffisants. L’ancien dĂ©putĂ© du Val-d’Oise, puis des quartiers de Plaisance et du Petit-Montrouge dans le XIVe arrondissement de la Capitale assure dĂ©tenir trois ans de stock de bois, trois mille litres d’eau disponibles Ă  partir d’une mare, d’un puits et des prĂ©cipitations rĂ©cupĂ©rĂ©es, des conserves et d’un potager. Cette prĂ©voyance a suscitĂ© le sarcasme de quelques esprits forts droitards. À leur grand tort ! Yves Cochet applique ce que Michel Drac et Piero San Giorgio dĂ©signent comme une base autonome durable. Pensant que l’« Effondrement » systĂ©mique se produira plus ou moins entre 2020 et 2040, l’ancien ministre invite les jeunes gĂ©nĂ©rations Ă  se rĂ©orienter professionnellement.

« Entre faire Science Po et la permaculture, estime-t-il, je choisirais la permaculture. »

Posséder un lopin de terre fertile deviendra un atout et une richesse. « Le temps de saccager tous les Franprix et tous les Carrefour Market, assure-t-il, vous ne pourrez plus vivre à Paris au bout de trois jours ». Chez lui, la durée de la survie sera plus longue. En outre, « dans vingt ans maximum, poursuit-il, terminés les voitures et les avions, on recommencera à se déplacer avec des tractions animales ». Il élÚve par conséquent des chevaux et a acheté deux calÚches dénichées en Pologne.

Yves Cochet tient donc un discours dĂ©croissant radical qui rappelle les thĂšses communalistes libertaires de Murray Bookchin. Une fois cet « Effondrement » survenu, « il n’y aura plus un État dans un monde capable de lever les impĂŽts, de contrĂŽler les armes et de faire respecter la loi, prĂ©vient encore Yves Cochet. L’Union europĂ©enne n’existera plus, la France non plus, il n’y aura plus d’énergie, plus d’Internet, plus de tĂ©lĂ©coms ».

Pas sĂ»r nĂ©anmoins que tous les États disparaissent. Ceux qui subissent maintenant des blocus ou des embargos pourront bien mieux s’en sortir et garder leur capacitĂ© de puissance. Dans le vaste monde du survivalisme, l’ancien collĂšgue de Lionel Jospin appartiendrait aux « preppers », Ă  ceux qui anticipent des Ă©vĂ©nements gravissimes.

Dans ces conditions dignes des meilleurs Mad Max et que le philosophe suisse en stratégie Bernard Wicht a déjà envisagé dans plusieurs de ses essais, la convivialité, la solidarité et la communauté prendront une valeur certaine. Yves Cochet le sait.

« Je sympathise avec mes voisins car, le jour venu, il n’y aura pas de gens de gauche, de droite, des petits, des grands. [
] Un des gars est prĂ©sident de l’association des chasseurs de la commune. Il est trĂšs, trĂšs Ă  droite. Et alors ? C’est sur lui qu’il faudra compter quand ça arrivera. Les groupes Facebook, tout ça, ce sera fini ! »

Cet Ă©loge indirect de la chasse indispose les caciques d’Europe Écologie – Les Verts dĂ©jĂ  agacĂ©s par les « élucubrations » du septuagĂ©naire. Ces spĂ©cimens parfaits de bobo urbains craignent qu’Yves Cochet, au contact du quotidien, soutienne Ă  son corps dĂ©fendant une certaine vision de la sociĂ©tĂ© fermĂ©e. Qui a dit que l’écologie authentique n’était pas identitaire ?

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