18 février 2017

Petit précis d’art de la politique pour les nuls

Par Jean-Pierre Brun

Les déconvenues que connaît actuellement la France peuvent inciter certains de nos concitoyens à éprouver les picotements révélateurs d’une vocation politique. Il est vivement conseillé à ces audacieux de tout connaître des déconvenues auxquelles ils s’exposent. Ils ne sauraient ignorer par exemple la mise en garde délivrée par Saint-Just, un grand connaisseur : « Tous les arts ont produit leurs merveilles. L’art de gouverner n’a produit que des monstres. »

Ils devront aussi s’attendre à l’ingratitude populaire exposée bizarrement par Jules Renard qui affirme : « Je n’ai pas d’ennemis, je n’ai rendu service à personne. »

Leur décision étant prise, Il leur appartient désormais de choisir leur camp. Pour ce faire, ils ne manqueront pas de recourir à la sagesse de leurs aînés. Mark Twain, homme de gauche, considérait que « les gens de gauche inventent des idées nouvelles. Quand elles sont usées, la droite les adopte. »

Pour Chesterton, classé à droite, « le monde est divisé entre Conservateurs et Progressistes. L’affaire des Progressistes est de continuer à commettre des erreurs. L’affaire des Conservateurs est d’éviter que les erreurs soient corrigées. »

S’ils ambitionnent les plus hautes fonctions étatiques, ils devront admettre humblement que depuis Anatole France rien n’a changé, et que « nous n’avons pas d’État, nous avons une administration. »

Le plantureux mille-feuilles qui la symbolise reste malheureusement à digérer.

En matière de politique dite « sociétale » (les néologismes m’émoustillent), il semblerait de bon ton de ne pas se laisser surprendre par une initiative progressiste de l’adversaire qui risquerait de vous faire passer pour ce que vous n’êtes pas.

Au nom d’un prétendu progrès, que ne ferait-on pas ?

Un exemple : la 1242e réforme de l’Éducation nationale. Hannah Arendt serait-elle une empêcheuse de progresser en rond lorsqu’elle prétend que « c’est pour préserver ce qui est neuf dans chaque enfant que l’éducation doit être conservatrice. »

Et pourtant… Péguy soulignait déjà les limites d’une telle conduite : « On ne saura jamais assez tout ce que la peur de ne pas paraître assez avancé aura fait connaître de lâchetés à nous Français. »

Ce que devait confirmer Kundera (malheureux tchèque sans provision, mais français de cœur) en affirmant que « Vouloir être dans le vent est une ambition de feuille morte. »

Pour mener leurs réformes, nos intrépides pourront toujours utiliser la boîte à pharmacie que, bonne fille, la Ve République, dotée pour sa part d’une constitution robuste, met à disposition des hommes d’État anémiés. En cas d’irritation de l’opinion publique, ils pourront utiliser les pommades dermagogiques sans pour autant en abuser car « la caresse est mère de tous les vices ». Ils devront aussi se méfier de l’absorption trop fréquente de molécules « 49-3 » ou d’un recours inapproprié à la pilule de référendum auquel, comme l’a souligné naguère Chirac le Sage, « on ne répond jamais à la question posée, mais à celui qui la pose. »

On rappellera une fois encore les limites que tout homme politique, comptable des deniers publics, doit se fixer en résistant aux sirènes de l’État providence qui selon Bastiat « est la grande fiction par laquelle chacun veut vivre aux dépens de tout le monde. »

On devra aussi méditer le postulat de Jules Michelet qui veut que « la politique est l’art de prendre de l’argent aux riches, des voix aux pauvres, en prétendant les protéger les uns des autres. »

La mondialisation, cosmique croupière, s’emploie à redistribuer les cartes du jeu d’enfer de la politique internationale. Le néophyte devra savoir que les règles de ce poker menteur sont néanmoins intangibles.

Ainsi, selon Paul Valéry « les seuls traités qui compteraient sont ceux qui se concluraient entre les arrière-pensées. »

S’en remettre aux traités internationaux pour la sauvegarde de la paix ne relèverait-il pas d’ailleurs d’une inconscience certaine si l’on en croit Edouard Herriot ?

« Avez-vous remarqué, qu’entre 1870 et 1918, avant que n’existassent la SDN, puis l’ONU, il y avait beaucoup moins de conflits dans le monde. »

Un dernier exemple concernant la fidélité de ses amis les plus chers : « Les Allemands sont un curieux peuple dont je ne voudrais pas être le voisin », c’est du moins Konrad Adenauer qui l’affirmait. La paix est un trésor à sauvegarder, mais à quel prix ? Ne jamais oublier les propos de Winston Churchill : « Ils ont choisi le déshonneur pour avoir la paix, ils auront le déshonneur et la guerre. »

Un phénomène migratoire original vient quelque peu bousculer l’échiquier européen. Original dans la mesure où il se caractérise par sa nature religieuse et civilisationnelle à laquelle celle des migrations polonaises, italiennes et autres portugaises ne saurait être comparée.

Déjà Jean-Jacques Rousseau alertait l’opinion : « Défiez-vous de ces cosmopolites qui vont chercher loin de leur pays des devoirs qu’ils dédaignent d’accomplir chez eux. Tel philosophe aime les Tartares pour être dispensé d’aimer ses voisins. »

Il ne faisait que s’inspirer de la sagesse populaire : « Quand le berger vante le loup, il n’aime pas ses moutons. »

En 1937, dans son Évangile du chef, Bessières va encore plus loin dans un constat prémonitoire : « Quand un peuple a perdu le sentiment de l’honneur parce que ses chefs l’ont perdu les premiers, il faut attendre l’invasion des barbares. »

En politique, comme ailleurs, rien n’est simple, tout se complique. Frappé du blues du « Poor lonesome cowboy » les soirs de doute, abandonné par ses proches dans un bivouac de fortune, il tentera de s’appliquer le théorème de Napoléon 1er : « Lorsqu’on s’est trompé, il faut persévérer, cela donne raison. »

Et si l’ombre du petit caporal lui semble démesurée il pourra toujours faire insérer une petite annonce dans L’Os à Moelle de notre vénéré Pierre Dac : « Monsieur presbyte cherche dame myope pour échange de vues. »

Nul ne doute qu’il en jaillira la lumière.

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