Au secours, Flamby revient ! On retrouve le calamiteux François Hollande dans les librairies avec un nouvel ouvrage, RĂ©pondre Ă  la crise dĂ©mocratique (Fayard – Terra Nova, 2019, 126 p., 14 €), une sĂ©rie d’entretiens sur le fonctionnement des pouvoirs publics en France.

Francois Hollande, "RĂ©pondre Ă  la crise dĂ©mocratique" (Fayard – Terra Nova).

Francois Hollande, « RĂ©pondre Ă  la crise dĂ©mocratique » (Fayard – Terra Nova).

De ses cinq annĂ©es passĂ©es Ă  l’ÉlysĂ©e, François Hollande en tire une rĂ©vision complĂšte de la Ve RĂ©publique sans pour autant rĂ©clamer l’avĂšnement d’une VIe. Suggestion avancĂ©e dĂšs 1995, bien avant Arnaud Montebourg et Jean-Luc MĂ©lenchon, par Jean-Marie Le Pen dans le cadre novateur d’une rĂ©publique rĂ©fĂ©rendaire.

À l’instar de Dominique Strauss-Kahn et de François Fillon, l’ancien prĂ©sident de la RĂ©publique de 2012 Ă  2017 propose que le prĂ©sident de la RĂ©publique devienne le seul et unique responsable de l’exĂ©cutif. Il nommerait directement le gouvernement et dirigerait les ministres, ce qui impliquerait la disparition du Premier ministre. Le gouvernement ne serait plus responsable devant l’AssemblĂ©e nationale, rendant caduc l’article 49 – 3, dĂ©jĂ  bien amoindri depuis la rĂ©vision constitutionnelle de 2008 voulue par Nicolas Sarkozy.

Si l’AssemblĂ©e nationale ne peut plus adopter une motion de censure contre le gouvernement, elle ne risque plus la dissolution. Pour voter une loi, approuver une nomination et adopter le budget, François Hollande table sur une collaboration Ă©troite entre l’exĂ©cutif et le lĂ©gislatif Ă  travers d’incessantes nĂ©gociations. Le mandat prĂ©sidentiel serait portĂ© Ă  six ans tandis que celui des dĂ©putĂ©s serait ramenĂ© Ă  quatre ans comme sous la IIIe RĂ©publique. Le chaud partisan du quinquennat au moment du dĂ©testable rĂ©fĂ©rendum de 2000 abolissant le septennat se renie.

François Hollande imagine que les institutions françaises correspondent au fonctionnement interne du Parti socialiste avec ses courants, ses sous-courants et sa commission de rĂ©colement ! Il veut importer le rĂ©gime prĂ©sidentiel dont l’exemple-type reste les États-Unis d’AmĂ©rique. Le prĂ©sident y dirige son administration et nomme des ministres qui ignorent toute solidaritĂ© gouvernementale, d’oĂč les tensions courantes entre le secrĂ©taire d’État, le Pentagone, le secrĂ©taire Ă  la SĂ©curitĂ© intĂ©rieure et le conseiller Ă  la sĂ©curitĂ© nationale. Face au CongrĂšs, il dispose d’un droit de veto dissuasif. Outre le caractĂšre fĂ©dĂ©raliste des États-Unis, François Hollande oublie que le prĂ©sident est Ă©lu pour quatre ans, les reprĂ©sentants pour deux ans et les sĂ©nateurs six ans. Entre enfin en ligne de compte la Cour suprĂȘme qui joue un rĂŽle politique majeur par ses dĂ©cisions et tranche en dernier recours les contentieux frĂ©quents entre le Capitole et la Maison Blanche.

La France a dĂ©jĂ  connu un rĂ©gime prĂ©sidentiel imparfait de 1848 Ă  1851 avec la IIe RĂ©publique. Cette expĂ©rience lamentable fut heureusement interrompue par le futur NapolĂ©on III un 2 dĂ©cembre 1851 pour ensuite donner au pays des institutions plus appropriĂ©es Ă  son gĂ©nie. En partie d’inspiration latine, de nombreux États d’AmĂ©rique centrale et mĂ©ridionale appliquent le systĂšme politique Ă©tatsunien, souvent pour leur malheur. Cependant, ils ont Ă©tĂ© contraints de l’adapter aux circonstances locales.

Il faut aussi savoir qu’aux États-Unis, depuis Franklin Delano Roosevelt, le prĂ©sident dispose d’un chef de cabinet de la Maison Blanche, soit l’équivalent français du secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’ÉlysĂ©e, du Premier ministre et du secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du gouvernement. Au BrĂ©sil, le prĂ©sident et son vice-prĂ©sident sont assistĂ©s d’un ministre de la Maison civile, coordonnateur de l’activitĂ© ministĂ©rielle et principal interlocuteur des parlementaires fĂ©dĂ©raux.

Depuis 1994, l’Argentine dispose d’un Chef de cabinet des ministres, vĂ©ritable bras droit du prĂ©sident, qui organise le travail gouvernemental et assure la liaison entre l’exĂ©cutif et le lĂ©gislatif fĂ©dĂ©ral. Ces trois cas dĂ©montrent que le bicĂ©phalisme exĂ©cutif (chef d’État diffĂ©rent du chef du gouvernement) relĂšve de la nĂ©cessitĂ© institutionnelle.

Le rĂ©gime prĂ©sidentiel ne convient pas Ă  la France d’autant qu’en vrai « M. Bricolage Ăšs-constitution », François Hollande rejette le scrutin proportionnel pour les dĂ©putĂ©s et s’oppose aux procĂ©dures rĂ©fĂ©rendaires. Quant aux collectivitĂ©s territoriales, il souhaiterait que leurs Ă©chĂ©ances Ă©lectorales concordent.

En clair, les Ă©lections municipales, intercommunales (ou mĂ©tropolitaines), dĂ©partementales (ou cantonales) et rĂ©gionales se dĂ©roulent le mĂȘme jour et probablement avec le mĂȘme mode de scrutin. Or, en 2012, Ă  peine installĂ© Ă  l’ÉlysĂ©e, le second prĂ©sident socialiste de la Ve RĂ©publique n’a-t-il pas abrogĂ© la rĂ©forme sarközyste du conseiller territorial ? Élu au scrutin majoritaire uninominal Ă  deux tours dans une circonscription Ă©largie, le conseiller territorial devait Ă  la fois siĂ©ger au conseil dĂ©partemental et au conseil rĂ©gional.

Doit-on en ĂȘtre surpris de la part d’un responsable politique incompĂ©tent en matiĂšre d’amĂ©nagement du territoire qui a redessinĂ© un soir entre la poire et le fromage les rĂ©gions françaises de l’Hexagone ? Par cet ouvrage qui ne marquera pas l’histoire des idĂ©es politiques, François Hollande prouve une nouvelle fois qu’il reprĂ©sente pleinement la « gauche amĂ©ricaine » en France.

Bonjour chez vous !