Une étude britannique fondée sur le peuple et la terre

Rappel des faits pour ceux qui n’ont pas lu mon prĂ©cĂ©dent article sur EuroLibertĂ©s : une Ă©quipe de chercheurs de l’UniversitĂ© de Leicester, en Angleterre, a menĂ© une Ă©tude pour dĂ©terminer la contribution rĂ©elle des hommes du Nord (Northmen ou Vikings) dans le patrimoine gĂ©nĂ©tique des habitants du Cotentin (rĂ©gion situĂ©e au nord de la Manche, Normandie occidentale). Le but de ces observations, peu politiquement correctes en France car fondĂ©es sur la rĂ©alitĂ© biologique (notions liĂ©es de terre et de sang
) Ă©tait de dĂ©terminer les origines de la colonisation et du peuplement de cette partie de la Normandie aux IXe et Xe siĂšcles. Pour ĂȘtre complet, cette Ă©tude Ă©tait issue d’un travail collaboratif entre l’UniversitĂ© de Leicester et le Centre de recherches archĂ©ologiques et historiques anciennes et mĂ©diĂ©vales (CRAHAM) de l’UniversitĂ© de Caen Normandie, ceci ayant permis son autorisation.

Les historiens britanniques avaient choisi le Cotentin (aprĂšs quelques hĂ©sitations avec le pays de Caux, situĂ© en Seine-Maritime, Normandie orientale) car l’hĂ©ritage scandinave y est encore trĂšs prĂ©sent de nos jours. De nombreux lieux (topographie) portent des noms d’origine scandinave et les nombreuses familles aux patronymes dĂ©rivĂ©s de cette mĂȘme langue (toponymie), attestent de l’empreinte laissĂ©e par les hommes du Nord lors de leur installation.

L’équipe de chercheurs va entrer en contact avec des personnes habitant dans le dĂ©partement de la Manche, et qui portent un patronyme scandinave. Ainsi des Manchois du nom d’Anquetil, Dutot, Equilbec, Gonfray, Ingouf, Ansgot, Lanfry, Osouf, Osmont, Quetel, Tougis, Tostain, Raoult
 se sont inscrits spontanĂ©ment (la dĂ©marche Ă©tait, bien Ă©videmment, strictement volontaire) pour participer Ă  cette Ă©tude. ParallĂšlement Ă  ces porteurs de patronymes Ă  la consonance scandinave, les scientifiques ont rencontrĂ© des personnes vivant aujourd’hui dans le nord du Cotentin, dont les quatre grands-parents sont nĂ©s et ont vĂ©cu (ou vivent encore) dans un rayon de 50 km de leur lieu de vie actuel. Une vraie double notion de « terre » et de « peuple » ; vous comprenez ainsi aisĂ©ment pourquoi nos mĂ©dias nationaux ont peu parlĂ© de cette dĂ©marche universitaire scientifique.

Cette permanence (liĂ©e Ă  la toponymie et Ă  la topographie, donc Ă  la population et Ă  la terre) dans la localisation gĂ©ographique est un moyen trĂšs efficace d’utiliser l’ADN pour remonter dans le temps, et ce mĂȘme sur de trĂšs longues pĂ©riodes, ont expliquĂ© les chercheurs pour justifier leur Ă©tude.

Cette Ă©tude biologique n’était pas la premiĂšre en la matiĂšre : en effet, des analyses sanguines avaient dĂ©jĂ  Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es dans des villages du nord-ouest de l’Angleterre. Elles ont permis d’isoler ledit « sang viking ». Le gĂ©nĂ©ticien David Goldstein a effectuĂ© cette analyse, qui a permis d’isoler, dans l’ADN certains marqueurs qui indiquent une origine viking. Pour confirmer ces premiers rĂ©sultats, plus de 2 000 Ă©chantillons de salive d’habitants de Scandinavie ont Ă©tĂ© comparĂ©s. Les Ă©chantillons provenaient de lieux considĂ©rĂ©s aujourd’hui encore comme peuplĂ©s par les Vikings.

Pour en revenir Ă  nos Normands du Cotentin, l’ADN a parlĂ©. Et le sang normand aussi. L’étude menĂ©e en juin 2015 autour de Valognes dans la Manche sur l’ADN de 89 volontaires pour Ă©tudier l’ampleur de la colonisation d’encadrement viking a permis de prĂ©ciser la « diversité » du peuplement donc effectivement la permanence des origines scandinaves, a rappelĂ© l’historien britannique Richard Jones. En effet, la trace scandinave la plus probante est prĂ©sente dans 59 % des Ă©chantillons. MĂȘme si chez ces Normands « millĂ©naires », on a aussi trouvĂ© des marqueurs ADN d’origines probablement germaniques, mais aussi balkaniques, d’Afrique du Nord, de GĂ©orgie et d’ArmĂ©nie !

Un peuple marqué par des gÚnes scandinaves et germaniques

Si l’on revient sur l’aspect strictement scientifique, les chercheurs avaient sĂ©lectionnĂ© 89 hommes. Ceux-ci avaient dĂ» remplir un questionnaire gĂ©nĂ©alogique et se soumettre Ă  un test salivaire. Les scientifiques ont ensuite cherchĂ© une « signature viking » sur le chromosome Y (uniquement prĂ©sent chez les individus de sexe masculin et transmis de pĂšre en fils) extrait des cellules contenues dans la salive. ConcrĂštement, ils se sont intĂ©ressĂ©s aux variations gĂ©nĂ©tiques prĂ©sentes sur ce chromosome.

« Ces variations peuvent ĂȘtre regroupĂ©es selon plusieurs critĂšres. Cela permet de classer un individu dans un « haplogroupe » particulier en fonction du type de variations dĂ©tectĂ©es dans leur ADN », explique l’historien britannique dĂ©jĂ  citĂ©.

Donc, sur les 89 hommes ayant participĂ© Ă  l’étude, la grande majoritĂ© (52) reprĂ©sentait l’haplogroupe R1b, soit le type de variations du chromosome Y le plus rĂ©pandu en Europe du Nord et de l’Ouest. Son origine, encore floue, serait Ă  chercher du cĂŽtĂ© de bergers des steppes au nord de la mer Noire ayant immigrĂ© vers l’ouest il y a 4 000 ans : selon les experts, cette variation gĂ©nĂ©tique pourrait signifier un lien indirect avec des Vikings.

En revanche, l’haplogroupe l1, retrouvĂ© chez 11 des Normands de l’étude, suggĂšre plus clairement une possible ascendance directe viking. Ces variations sont en effet trĂšs prĂ©sentes chez les Scandinaves (plus de 45 % de la population appartient Ă  ce groupe gĂ©nĂ©tique dans certaines rĂ©gions). Mais une origine germanique est Ă©galement possible. En fait, « lorsque nous examinons les « empreintes » sous-jacentes de l’haplogroupe l1, certains chromosomes Y normands montrent une affinitĂ© avec les Germaniques, tandis que d’autres rĂ©vĂšlent une affinitĂ© avec les Scandinaves », prĂ©cise Richard Jones. Reste que, « il est trĂšs tentant de considĂ©rer l1 comme une marque laissĂ©e par les Vikings en Normandie, car il s’y trouve prĂ©sent approximativement dans les mĂȘmes proportions que celles observĂ©es chez d’autres populations ayant un historique viking connu », ajoute le chercheur.

Enfin, 2 participants ont prĂ©sentĂ© un haplogroupe souvent considĂ©rĂ© comme typiquement nordique : R1a. Les autres haplogroupes retrouvĂ©s chez les Normands sont a priori sans lien avec les Vikings. Ils seraient tĂ©moins d’autres origines, notamment autour de la MĂ©diterranĂ©e (dont la Sicile, oĂč les Normands, appelĂ©s par le Pape, ont combattu les envahisseurs MahomĂ©tans, et le sud de l’Italie, des terres ayant appartenu Ă  l’empire normand) et s’étendant plus loin vers l’est du Moyen-Orient et l’Europe de l’Est (remontant peut-ĂȘtre Ă  l’époque des croisades).

Les chercheurs souhaiteraient, Ă  terme, aussi Ă©tudier un autre type de matĂ©riel gĂ©nĂ©tique : l’ADN mitochondrial (lĂ©guĂ© cette fois par la mĂšre Ă  ses enfants), plus complexe encore Ă  dĂ©crypter. Cette Ă©tude peut paraĂźtre moins probante car la colonisation scandinave fut plus probablement une colonisation d’encadrement de type masculin (l’exemple ne vient-il pas du fondateur de la Normandie qui prit pour « frilla » -conjointe Ă  la « façon danoise »- Poppa de Bayeux).

Enfin, les futures mĂ©thodes de prĂ©lĂšvement d’ADN ancien permettront peut-ĂȘtre de rĂ©colter de l’ADN sur des crĂąnes vikings : il suffira alors de comparer cet ADN authentique Ă  celui des Normands pour savoir s’ils sont apparentĂ©s, plutĂŽt que de tenter de remonter les arbres gĂ©nĂ©tiques en suivant les traces d’une possible signature viking. « La connaissance de l’histoire gĂ©nĂ©tique de la Normandie n’en est qu’à ses dĂ©buts ! », s’enthousiasme l’historien Richard Jones.

La loi bioéthique contre la connaissance génétique

Juridiquement, une frustration demeure pour les 89 personnes testĂ©es : en effet, cette Ă©tude aura eu un mĂ©rite, celui de montrer Ă  quel point la loi sur la bioĂ©thique qui interdit les tests ADN personnels est mal connue. Elle est mal comprise et mal interprĂ©tĂ©e par ceux-lĂ  mĂȘmes qui en sont les bĂ©nĂ©ficiaires : les scientifiques et les historiens. Les malheureux volontaires de cette Ă©tude ont Ă©tĂ© privĂ©s des rĂ©sultats personnels les concernant directement, et cela pour des raisons juridiques. Les analyses d’ADN Ă  but gĂ©nĂ©alogique sont interdites en France. Faire analyser son ADN par un prĂ©lĂšvement de salive et inscrire son profil dans une base de donnĂ©es gĂ©nĂ©alogique reste toujours interdit dans notre pays. Partout en Europe et ailleurs, le boom de la gĂ©nĂ©alogie gĂ©nĂ©tique ne se dĂ©ment pas. Partout sauf en France.

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Philippe Randa,
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