Les dĂ©convenues que connaĂźt actuellement la France peuvent inciter certains de nos concitoyens Ă  Ă©prouver les picotements rĂ©vĂ©lateurs d’une vocation politique. Il est vivement conseillĂ© Ă  ces audacieux de tout connaĂźtre des dĂ©convenues auxquelles ils s’exposent. Ils ne sauraient ignorer par exemple la mise en garde dĂ©livrĂ©e par Saint-Just, un grand connaisseur : « Tous les arts ont produit leurs merveilles. L’art de gouverner n’a produit que des monstres. »

Ils devront aussi s’attendre Ă  l’ingratitude populaire exposĂ©e bizarrement par Jules Renard qui affirme : « Je n’ai pas d’ennemis, je n’ai rendu service Ă  personne. »

Leur décision étant prise, Il leur appartient désormais de choisir leur camp. Pour ce faire, ils ne manqueront pas de recourir à la sagesse de leurs aßnés. Mark Twain, homme de gauche, considérait que « les gens de gauche inventent des idées nouvelles. Quand elles sont usées, la droite les adopte. »

Pour Chesterton, classĂ© Ă  droite, « le monde est divisĂ© entre Conservateurs et Progressistes. L’affaire des Progressistes est de continuer Ă  commettre des erreurs. L’affaire des Conservateurs est d’éviter que les erreurs soient corrigĂ©es. »

S’ils ambitionnent les plus hautes fonctions Ă©tatiques, ils devront admettre humblement que depuis Anatole France rien n’a changĂ©, et que « nous n’avons pas d’État, nous avons une administration. »

Le plantureux mille-feuilles qui la symbolise reste malheureusement à digérer.

En matiĂšre de politique dite « sociĂ©tale » (les nĂ©ologismes m’émoustillent), il semblerait de bon ton de ne pas se laisser surprendre par une initiative progressiste de l’adversaire qui risquerait de vous faire passer pour ce que vous n’ĂȘtes pas.

Au nom d’un prĂ©tendu progrĂšs, que ne ferait-on pas ?

Un exemple : la 1242e rĂ©forme de l’Éducation nationale. Hannah Arendt serait-elle une empĂȘcheuse de progresser en rond lorsqu’elle prĂ©tend que « c’est pour prĂ©server ce qui est neuf dans chaque enfant que l’éducation doit ĂȘtre conservatrice. »

Et pourtant
 PĂ©guy soulignait dĂ©jĂ  les limites d’une telle conduite : « On ne saura jamais assez tout ce que la peur de ne pas paraĂźtre assez avancĂ© aura fait connaĂźtre de lĂąchetĂ©s Ă  nous Français. »

Ce que devait confirmer Kundera (malheureux tchĂšque sans provision, mais français de cƓur) en affirmant que « Vouloir ĂȘtre dans le vent est une ambition de feuille morte. »

Pour mener leurs rĂ©formes, nos intrĂ©pides pourront toujours utiliser la boĂźte Ă  pharmacie que, bonne fille, la Ve RĂ©publique, dotĂ©e pour sa part d’une constitution robuste, met Ă  disposition des hommes d’État anĂ©miĂ©s. En cas d’irritation de l’opinion publique, ils pourront utiliser les pommades dermagogiques sans pour autant en abuser car « la caresse est mĂšre de tous les vices ». Ils devront aussi se mĂ©fier de l’absorption trop frĂ©quente de molĂ©cules « 49-3 » ou d’un recours inappropriĂ© Ă  la pilule de rĂ©fĂ©rendum auquel, comme l’a soulignĂ© naguĂšre Chirac le Sage, « on ne rĂ©pond jamais Ă  la question posĂ©e, mais Ă  celui qui la pose. »

On rappellera une fois encore les limites que tout homme politique, comptable des deniers publics, doit se fixer en rĂ©sistant aux sirĂšnes de l’État providence qui selon Bastiat « est la grande fiction par laquelle chacun veut vivre aux dĂ©pens de tout le monde. »

On devra aussi mĂ©diter le postulat de Jules Michelet qui veut que « la politique est l’art de prendre de l’argent aux riches, des voix aux pauvres, en prĂ©tendant les protĂ©ger les uns des autres. »

La mondialisation, cosmique croupiĂšre, s’emploie Ă  redistribuer les cartes du jeu d’enfer de la politique internationale. Le nĂ©ophyte devra savoir que les rĂšgles de ce poker menteur sont nĂ©anmoins intangibles.

Ainsi, selon Paul Valéry « les seuls traités qui compteraient sont ceux qui se concluraient entre les arriÚre-pensées. »

S’en remettre aux traitĂ©s internationaux pour la sauvegarde de la paix ne relĂšverait-il pas d’ailleurs d’une inconscience certaine si l’on en croit Edouard Herriot ?

« Avez-vous remarquĂ©, qu’entre 1870 et 1918, avant que n’existassent la SDN, puis l’ONU, il y avait beaucoup moins de conflits dans le monde. »

Un dernier exemple concernant la fidĂ©litĂ© de ses amis les plus chers : « Les Allemands sont un curieux peuple dont je ne voudrais pas ĂȘtre le voisin », c’est du moins Konrad Adenauer qui l’affirmait. La paix est un trĂ©sor Ă  sauvegarder, mais Ă  quel prix ? Ne jamais oublier les propos de Winston Churchill : « Ils ont choisi le dĂ©shonneur pour avoir la paix, ils auront le dĂ©shonneur et la guerre. »

Un phĂ©nomĂšne migratoire original vient quelque peu bousculer l’échiquier europĂ©en. Original dans la mesure oĂč il se caractĂ©rise par sa nature religieuse et civilisationnelle Ă  laquelle celle des migrations polonaises, italiennes et autres portugaises ne saurait ĂȘtre comparĂ©e.

DĂ©jĂ  Jean-Jacques Rousseau alertait l’opinion : « DĂ©fiez-vous de ces cosmopolites qui vont chercher loin de leur pays des devoirs qu’ils dĂ©daignent d’accomplir chez eux. Tel philosophe aime les Tartares pour ĂȘtre dispensĂ© d’aimer ses voisins. »

Il ne faisait que s’inspirer de la sagesse populaire : « Quand le berger vante le loup, il n’aime pas ses moutons. »

En 1937, dans son Évangile du chef, BessiĂšres va encore plus loin dans un constat prĂ©monitoire : « Quand un peuple a perdu le sentiment de l’honneur parce que ses chefs l’ont perdu les premiers, il faut attendre l’invasion des barbares. »

En politique, comme ailleurs, rien n’est simple, tout se complique. FrappĂ© du blues du « Poor lonesome cowboy » les soirs de doute, abandonnĂ© par ses proches dans un bivouac de fortune, il tentera de s’appliquer le thĂ©orĂšme de NapolĂ©on 1er : « Lorsqu’on s’est trompĂ©, il faut persĂ©vĂ©rer, cela donne raison. »

Et si l’ombre du petit caporal lui semble dĂ©mesurĂ©e il pourra toujours faire insĂ©rer une petite annonce dans L’Os Ă  Moelle de notre vĂ©nĂ©rĂ© Pierre Dac : « Monsieur presbyte cherche dame myope pour Ă©change de vues. »

Nul ne doute qu’il en jaillira la lumiùre.

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