Signe des temps, il n’est pas une journĂ©e sans que, Ă  l’appui de sa chronique, un journaliste n’emprunte Ă  Giuseppe Tomasi de Lampedusa et Ă  son GuĂ©pard cette formule devenue « culte » : « Tout changer pour que rien ne bouge. »

Ne croyez surtout pas que l’intervention du prĂ©sident Macron devant le congrĂšs et que le discours de politique gĂ©nĂ©rale du Premier ministre y soient pour quelque chose. Comment deux moteurs de la pĂ©taradante RĂ©publique en marche pourraient-ils rester au point mort ?

D’ailleurs le changement n’est-il pas vieux comme le monde. HĂ©raclite affirmait dĂ©jĂ , cinq siĂšcles avant notre Ăšre, que « rien n’est permanent sauf le changement ». Pour illustrer son propos, il ajoutait « qu’on ne se baigne jamais deux fois dans le mĂȘme fleuve. »

Bouddha, Ă  la mĂȘme Ă©poque, le constatait Ă  sa façon : « Il n’existe rien de constant sinon le changement. »

Changer l’eau du bain est devenu un principe de bonne hygiĂšne Ă  la condition de ne pas oublier d’en sortir le nourrisson qui y barbote
 Ă  ce propos il est bon de souligner que le changement est profitable Ă  chacun et dĂšs le premier Ăąge : « Changer bĂ©bĂ© aussi souvent que nĂ©cessaire est indispensable Ă  la santĂ© des fesses sensibles aux irritations. »

Curieuse association d’idĂ©es, j’en conviens, mais elle s’impose au citoyen attentif que je suis : le revĂȘtement des bancs de l’AssemblĂ©e Nationale serait-il rĂąpeux, au point d’irriter le postĂ©rieur de nos dĂ©putĂ©s et de les obliger Ă  changer de travĂ©e Ă  la premiĂšre occasion, dans l’espoir de bĂ©nĂ©ficier bien sĂ»r d’une assise plus confortable ?

Changer un bon vieux velours pour un textile totalement synthétique en macronfibres, voilà qui semblerait calmer momentanément les érythÚmes fessiers les plus agressifs.

Hormis ces considĂ©rations Ă©pidermiques, l’auscultation de la composition du gouvernement en exercice permet d’établir un diagnostic que ne dĂ©savouerait pas le Cardinal de Retz auteur d’une ordonnance thĂ©rapeutique incontestable : « Il faut souvent changer d’opinion pour rester dans son parti ». Il ne peut d’ailleurs y avoir de bonne santĂ© sans une hygiĂšne Ă©lĂ©mentaire, d’oĂč cette recommandation de Jules Renard : « C’est une question de propretĂ©, il faut changer d’avis comme de chemise. »

Le camarade MĂ©lenchon prĂ©conisant le changement de RĂ©publique aurait-il quelque origine berrichonne pour s’approprier le proverbe local : « Changement d’herbage rĂ©jouit les veaux ». De Gaulle, de son propre aveu, s’en Ă©tait inspirĂ© pour, en 1958, euthanasier la IVe et imposer la Ve ?

L’énoncĂ© du proverbe roumain « Le changement de chef fait la joie des sots », bien sĂ©duisant de prime abord, ne peut satisfaire pleinement Rivarol. Il en tempĂšre en effet la portĂ©e en notant que « le peuple donne sa faveur, jamais sa confiance ». La nuance mĂ©riterait une attention certaine de la part de l’hĂŽte du Palais de L’ÉlysĂ©e. Comment ĂȘtre Ă  la fois homme de confiance d’un directoire pour le moins occulte et favori de la grande presse faiseuse de reines d’un jour et de princes charmants ?

Les premiers pas hĂ©sitants dans l’enceinte feutrĂ©e du Palais Bourbon de nos « dĂ©putĂ©s-Ă©prouvettes » et leurs babillages attendrissants sont la preuve de leur mĂ©connaissance de ces rĂšgles qui permettent au lĂ©gislateur de canaliser les enthousiasmes les plus imaginatifs. Jean Dutourd, qu’on ne saurait dĂ©cemment qualifier de constitutionnaliste coincĂ©, leur dĂ©livre ce prĂ©cieux avertissement : « Un pays dont les lois changent constamment, sous prĂ©texte d’amĂ©liorer quelque chose, de simplifier, de rendre telle situation plus logique ou plus raisonnable, devient fou, c’est-Ă -dire anarchique. »

Ils mĂ©diteront par ailleurs l’intemporelle rĂ©flexion de Rivarol qui plus que jamais s’avĂšre pertinente : « Changer le sens des mots
 c’est produire la confusion, l’obscuritĂ© et la mĂ©fiance avec les instruments de l’ordre, de la clarté  changer le sens des mots, c’est dĂ©placer les meubles dans la maison d’un aveugle. »

Je sens qu’avec ce changement qui tendrait presque Ă  devenir le mouvement perpĂ©tuel, je donne le tournis Ă  mon malheureux lecteur. Pour me faire pardonner je lui laisse mĂ©diter une sentence de Francis Blanche : « Face au monde qui change il vaut mieux penser le changement que changer de pansement ». Avouez qu’elle pourrait ĂȘtre utile aux chefs des RĂ©publicains et du Parti Socialiste, du moins les survivants, pour soigner leurs multiples plaies qui menacent de s’infecter.

Et pour ceux qui verraient dans la dĂ©clinaison du trĂšs rebattu « On ne peut pas ĂȘtre et avoir Ă©té », une consolation pour attĂ©nuer les effets d’un changement inexorable sinon fatal, Pierre Dac, toujours aussi fielleux, leur rappellera mĂ©chamment « qu’on peut trĂšs bien avoir Ă©tĂ© un imbĂ©cile et l’ĂȘtre encore. »

Pour ma part, marquĂ© par une jeunesse passĂ©e au sein d’une communautĂ© arabe empreinte de l’expĂ©rience des anciens, je me ferai le disciple de ce vieux sage qui affirmait : « Quand le vizir veut tout changer, changez le vizir ».

Quoi ! Déjà ! Gardons le moral. En avant ! Marche !

Vous avez aimé cet article ?

EuroLibertĂ©s n’est pas qu’un simple blog qui pourra se contenter ad vitam aeternam de bonnes volontĂ©s aussi dĂ©vouĂ©es soient elles
 Sa promotion, son dĂ©veloppement, sa gestion, les contacts avec les auteurs nĂ©cessitent une Ă©quipe de collaborateurs compĂ©tents et disponibles et donc des ressources financiĂšres, mĂȘme si EuroLibertĂ©s n’a pas de vocation commerciale
 C’est pourquoi, je lance un appel Ă  nos lecteurs : NOUS AVONS BESOIN DE VOUS DÈS MAINTENANT car je doute que George Soros, David Rockefeller, la Carnegie Corporation, la Fondation Ford et autres Goldman-Sachs ne soient prĂȘts Ă  nous aider ; il faut dire qu’ils sont trĂšs sollicitĂ©s par les medias institutionnels
 et, comment dire, j’ai comme l’impression qu’EuroLibertĂ©s et eux, c’est assez incompatible !
 En revanche, avec vous, chers lecteurs, je prends le pari contraire ! Trois solutions pour nous soutenir : cliquez ici.

Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertĂ©s.