ActualitĂ© relativement encombrĂ©e au sommet du Babel bruxellois, tout Ă  sa dĂ©rive idĂ©ologiquement mortifĂšre pour les peuples et les nations d’Europe.

Tout d’abord, ce 26 avril, la Commission europĂ©enne exposait sa « nouvelle » vision stratĂ©gique concernant la façon dont son action extĂ©rieure contribuerait Ă  « aider les migrants Ă  devenir plus autonomes (
) avec un accĂšs Ă  l’Ă©ducation et aux moyens de subsistance », selon les mots du Commissaire europĂ©en Ă  l’aide humanitaire et Ă  la gestion de crise, Christos Stylianides.

Dans le mĂȘme temps, se tient, Ă  New-York, le treiziĂšme cycle de nĂ©gociations sur le TTIP, du 25 au 29 avril 2016, la prĂ©sence de Barack Obama sur le continent europĂ©en n’étant donc pas tout Ă  fait fortuite si l’on en juge par ses rĂ©centes prises de position, Ă  Londres comme Ă  Berlin, tant Ă  l’encontre du « Brexit » qu’en faveur du TAFTA (« Trans-Atlantic Free Trade Agreement », Ă©galement connu sous l’acronyme de TTIP, « Transatlantic Trade and Investment Partnership » ou Partenariat Transatlantique de Commerce et d’Investissement).

Renforcement de la porositĂ© des « frontiĂšres » extĂ©rieures europĂ©ennes, d’un cĂŽtĂ©, abaissement – sinon disparition pure et simple – des barriĂšres tarifaires et non tarifaires, de l’autre. Deux mouvements convergents qui, dans une unitĂ© de temps remarquable, rĂ©sument Ă  eux-seuls le grand projet mondialiste de gouvernance mondiale.

UnitĂ© mĂ©thodologique aussi. NaguĂšre appelĂ©e CommunautĂ© Ă©conomique europĂ©enne, l’UE dut passer, stratĂ©giquement, par l’étape sectorielle de la CECA (CommunautĂ© europĂ©enne du charbon et de l’acier), selon un plan imaginĂ© par son principal instigateur, Jean Monnet. Ce dernier considĂ©rait, en effet, que « la construction Ă©conomique devait essentiellement ĂȘtre une Ă©tape vers une construction politique (
), notre prĂ©occupation principale [Ă©tant] d’arriver Ă  la disparition des souverainetĂ©s nationales absolues ». Évacuation du politique, primat de l’économique, logique intĂ©grative, irrĂ©versibilitĂ©, institutionnalisation, tels sont les piliers aujourd’hui empruntĂ©s au « PĂšre » de l’Europe pour bĂątir la nouvelle union euro-atlantique, derniĂšre Ă©tape avant le grand saut vers le gouvernement mondial. DĂšs lors, dans cette optique, a-t-on commencĂ© par ouvrir la circulation des personnes (ici celle des immigrants), puis celle des marchandises et des capitaux (le fameux accĂšs aux « marchĂ©s publics » amĂ©ricains).

Ainsi, la Commission europĂ©enne Ɠuvre pour que « l’Europe reste une destination attrayante pour les migrants dans un contexte de dĂ©clin dĂ©mographique », tout en souhaitant « éliminer [les] droits ainsi que d’autres obstacles au commerce, dont les contrĂŽles administratifs trop longs (
) augmentent les coĂ»ts des Ă©changes de marchandises ».

Les rĂŽles semblent d’ailleurs rigoureusement distribuĂ©s ; Ă  l’UE la gestion des flux migratoires, aux États-Unis, la mise en place d’un marchĂ© Ă©conomique transatlantique intĂ©grĂ©. En outre, si la premiĂšre peut compter sur l’afflux rĂ©gulier de populations allogĂšnes sur ses cĂŽtes, pour rendre impossible toute « rĂ©-Ă©migration » massive Ă©ventuelle, les seconds ont pris soin d’emmailler le processus euro-atlantiste dans une sĂ©rie de traitĂ©s prĂ©alables dont l’ignorance du grand public est proportionnelle Ă  son inĂ©luctabilitĂ©.

Or, exceptĂ© les habituels initiĂ©s, qui a entendu parler du CETA (« Comprehensive Economic and Trade Agreement »), cet accord commercial (actuellement rediscutĂ© sur ses marges, notamment sur le recours Ă  l’arbitrage privĂ©) entre l’Union europĂ©enne et le Canada conclut le 26 septembre 2014 Ă  Ottawa entre le Premier ministre canadien Stephen Harper et le prĂ©sident de la Commission europĂ©enne de l’époque, JosĂ© Manuel Barroso ? Et qui sait, finalement, que le TISA ou Accord sur le commerce des services (« Trade in Services Agreement »), en discussion depuis 2014, a pour objectif de libĂ©raliser l’intĂ©gralitĂ© du marchĂ© des services, Ă  commencer par ceux faisant l’objet d’un monopole public, soit les services publics ?

Et, dans le plus grand silence mĂ©diatique, le traitĂ© transpacifique (TPP), a Ă©tĂ© officiellement signĂ©, le 4 fĂ©vrier dernier, Ă  Auckland (Nouvelle-ZĂ©lande) entre les États-Unis, l’Australie, la Nouvelle-ZĂ©lande, le Canada, le Mexique, le PĂ©rou, le Chili, le Japon, la Malaisie, le Vietnam, le Singapour et Brunei


A propos de l'auteur

Aristide Leucate

Journaliste et essayiste, apporte rĂ©guliĂšrement sa contribution Ă  la presse d’information et d’opinion, de L’Action française 2000 Ă  Boulevard Voltaire. Conjuguant militantisme et rĂ©flexion politiques, il exerce des responsabilitĂ©s au sein d’un parti politique national. Il est l’auteur de deux essais (DĂ©tournement d’hĂ©ritages, prĂ©face de Pierre Hillard et La souverainetĂ© dans la nation, prĂ©face de Philippe Randa).

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