Officiellement reconnu par un receveur gĂ©nĂ©ral des Domaines de la famille impĂ©riale, Pierre, Joseph, Berthold Proli (et non « Proly ») (1752-1794) est probablement le bĂątard du Chancelier autrichien et prince Anton von Kaunitz (1711-1794). Par sa mĂšre, il est apparentĂ© au Prussien « Anacharsis » Cloots. Noceur, spĂ©culateur boursier fort bien informĂ©, il vit Ă  Paris et y mĂšne grand train depuis 1783. En 1791-92, il loge chez les frĂšres « Frey », puis chez l’ancien marchand de vins François Desfieux, un « ultra-rĂ©volutionnaire », jurĂ© au Tribunal RĂ©volutionnaire.

DĂšs 1789, il est en relations avec le banquier François Laborde de MĂ©rĂ©ville, chez qui il entrepose les capitaux qui lui viennent d’Autriche, via les Pays-Bas autrichiens (la Belgique) et la Suisse. Jusqu’à sa mort, il est en relations Ă©pistolaires, d’affaires et d’espionnage, avec les banquiers Walquiers (de Bruxelles) et Grenus (de GenĂšve). Il est, bien sĂ»r, en relations Ă©troites avec le baron de Batz, affairiste et agent royaliste, qui se charge de manipuler les milieux « ultra-rĂ©volutionnaires ».

DĂšs 1791, c’est un « Patriote » trĂšs actif, tant aux « Jacobins » qu’aux « Cordeliers ». Il fonde un journal dont le titre est en soi un vĂ©ritable programme : Le Cosmopolite. Il rĂ©ussit Ă  se faire employer au ministĂšre des Affaires ÉtrangĂšres Ă  partir de septembre 1792, grĂące Ă  Dumouriez, auprĂšs duquel il se fait envoyer en mission, par les « Jacobins », en mars 1793.

TrĂšs influent auprĂšs du comitĂ© central des sociĂ©tĂ©s populaires de Paris, c’est l’orateur favori des « Patriotes » de la 6e section, celle de la BibliothĂšque oĂč s’opposent le journaliste Jacques – Pierre Brissot et l’acteur ratĂ©, dĂ©bauchĂ© et ivrogne Jean-Marie Collot « D’Herbois », rebaptisĂ©e ensuite « section de 92 ». Il est l’un des meneurs des journĂ©es anti-girondines du 31 mai et du 2 juin 1793, qui amĂšnent au Pouvoir la faction « montagnarde » de la Convention Nationale. Il donne beaucoup d’argent aux conventionnels, corrompus autant qu’agitĂ©s, tels l’ex-prĂȘtre François Chabot (devenu le beau-frĂšre des « Frey ») et Bertrand BarĂšre (qui le protĂ©gera tant qu’il le pourra en 1794). Il rencontre au tripot bordel de la Sainte-Amaranthe le noceur Jean HĂ©rault de SĂ©chelles, qui devient l’un de ses informateurs rĂ©tribuĂ©s.

Il frĂ©quente les « ultra-rĂ©volutionnaires » et influence beaucoup l’ex-acteur Pierre Dubuisson, employĂ© au secrĂ©tariat du Club des Jacobins, mais aussi le journaliste ordurier Jacques HĂ©bert. Enfin, il manipule son trĂšs naĂŻf, trĂšs idĂ©aliste et trĂšs riche petit-cousin Cloots. Il est l’un des piliers du tripot de la Sainte-Amaranthe, agente royaliste et du service de renseignements britannique, qu’il entraĂźne involontairement dans sa chute. Il utilise un complice, le Juif Jacob Pereira, qui hurle avec les loups sans comprendre qu’il travaille pour un maĂźtre espion.

Proli est en concurrence avec une agente aux charmes un peu mĂ»rs, employĂ©e des services de renseignements nĂ©erlandais et prussien : Etta Palm (1743-1799), pseudo-baronne van Aelders (elle est divorcĂ©e du sieur Palm et son nom de jeune fille est Aelders van Nieuwenhuys), qui sĂ©duit et manipule l’avocat et dĂ©putĂ© Claude Basire, honnĂȘte imbĂ©cile, qui a transmis des messages sans comprendre qu’on lui faisait jouer un rĂŽle dans des affaires d’espionnage et dans d’obscures spĂ©culations sur la liquidation des actifs de la Compagnie des Indes.

DĂ©noncĂ© aux membres du ComitĂ© de salut public et du ComitĂ© de SĂ»retĂ© GĂ©nĂ©rale, comme « agent de l’étranger » (c’est tout Ă  fait exact), par Fabre « d’Églantine », le 14 octobre 1793, il est trahi Ă  la fois par Chabot, le 14 novembre, qui pense ainsi se dĂ©douaner, et par la dĂ©couverte de ses papiers lors de l’arrestation de son secrĂ©taire François Bompard. Il est dĂ©crĂ©tĂ© d’arrestation le 29 dĂ©cembre 1793, aprĂšs avoir Ă©tĂ© exclu des « Jacobins » le 21 novembre, en mĂȘme temps que Desfieux, Dubuisson et Pereira.

Il se cache jusqu’au 18 fĂ©vrier 1794, date de sa capture. JugĂ© dans la mĂȘme fournĂ©e que Cloots, HĂ©bert, Desfieux, Momoro, Ronsin, Vincent et d’autres « Cordeliers », du 21 au 23 mars, il est guillotinĂ© le 24 mars 1794. Il a Ă©tĂ© l’un des meilleurs agents de terrain des services de renseignements Ă©trangers durant la RĂ©volution, chargĂ©s d’exciter les rĂ©volutionnaires les plus dĂ©magogues et de corrompre les dĂ©putĂ©s « pourris ».

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