Nous avons dĂ©jĂ  chroniquĂ© un livre de Vincent Haegele consacrĂ© Ă  « Trois destins d’Ancien RĂ©gime », que nous avions grandement apprĂ©ciĂ©. Avec cette Ă©tude intitulĂ©e « NapolĂ©on et les siens » (Perrin), Haegele nous permet de suivre l’épopĂ©e impĂ©riale sous l’angle familial du clan Bonaparte.

TrĂšs souvent, les passionnĂ©s d’histoire napolĂ©onienne suivent et Ă©tudient celle-ci en ne prenant en compte que la vision de l’acteur principal de cette tragĂ©die, Ă  savoir NapolĂ©on. En agissant ainsi, ils se placent d’un point de vue partisan. En effet, ils peuvent oublier que les autres hĂ©ros de l’épopĂ©e (frĂšres et sƓurs de l’Empereur et les marĂ©chaux par exemple) disposent aussi d’avis diffĂ©rents et de leur libre arbitre. En couvrant d’un voile les pensĂ©es des acteurs de l’époque ou en occultant leurs contextes forcĂ©ment particuliers, les historiens professionnels et amateurs passent sĂ»rement Ă  cĂŽtĂ© de l’essentiel et commettent irrĂ©mĂ©diablement des erreurs d’analyse.

L’intĂ©rĂȘt de cette passionnante lecture de Haegele rĂ©side donc dans ce point prĂ©cis : suivre l’évolution d’une famille française dans la tourmente rĂ©volutionnaire, en prenant en compte chacun de ses membres. N’oublions pas que les Bonaparte ont prĂ©sidĂ© aux destinĂ©es de la France voire de l’Europe.

Dans la vie d’un individu, qu’est-ce qui compte le plus ? Nous citons Haegele qui Ă©crit dĂšs la premiĂšre page : « Tout oppose les partisans et les dĂ©tracteurs du systĂšme nĂ© de la RĂ©volution, exceptĂ© ce petit air : passent les rĂ©gimes, la famille demeure quoiqu’il arrive. »

Il s’agit d’une loi anthropologique non Ă©crite mais fondamentale qui remonte Ă  la nuit des temps. Comment juger ou plus exactement comprendre NapolĂ©on et sa famille ? L’auteur Ă©crit : « Que n’a-t-on pas dit et Ă©crit sur la famille de l’homme dont le destin stupĂ©fia le monde et changea radicalement le paysage europĂ©en, qui donna Ă  la France des institutions pĂ©rennisĂ©es, une monnaie, un code ? À peu prĂšs tout et son contraire, mais une image domine toutefois, celle d’un clan avide d’argent, d’honneurs immĂ©ritĂ©s et de dĂ©pouilles prĂ©levĂ©es sur les cadavres d’antiques monarchies. »

Le tableau paraĂźt tranchant mais, cependant, reflĂšte-t-il rĂ©ellement la vĂ©rité ? Haegele poursuit son propos de la maniĂšre suivante : « Des frĂšres dissipateurs, des sƓurs ambitieuses et dĂ©pravĂ©es, des Ă©pouses indignes, des cousins sans scrupule et leurs entourages de courtisans
 tous traĂźtres, dilapidateurs et voleurs : voilĂ  le portrait peu flatteur que beaucoup n’ont pas hĂ©sitĂ© Ă  reprendre, Ă  noircir Ă  volontĂ©. »

Pourtant, comme le prĂ©cise l’auteur, l’un des grands moralistes du siĂšcle Joseph Joubert avait Ă©crit : « Il est impossible de manier les affaires sans se salir de cupidité ». Nous le laissons libre de son propos. Le plus important, nous semble-t-il, n’est pas dans la moralitĂ© ou l’immoralitĂ© de la famille Bonaparte. La question principale n’est-elle pas de savoir quelle place il faut accorder Ă  la famille de NapolĂ©on tout au long de son illustre et incomparable carriĂšre ?

À ce sujet, Haegele estime que « dĂšs le commencement, le grand homme de son siĂšcle est attaquable Ă  travers sa famille : la publicitĂ© qui est faite de ses infortunes conjugales, les turpitudes avĂ©rĂ©es ou non de ses frĂšres sont lĂ  pour mettre en pĂ©ril un Ă©difice aussi colossal que fragile, dont la lĂ©gitimitĂ© est contestĂ©e. S’ajoute enfin la douloureuse question de l’hĂ©rĂ©ditĂ© et de la survivance. VoilĂ  la faille. »

IndĂ©pendamment du sujet de la transmission du pouvoir, NapolĂ©on a toujours Ă©tĂ© considĂ©rĂ© comme un parvenu par les vieilles tĂȘtes couronnĂ©es, mĂȘme si le Pape Pie VII participa Ă  son sacre.

De fait, NapolĂ©on au dĂ©but de sa carriĂšre souhaite associer sa famille Ă  sa rĂ©ussite, Ă  ses projets, Ă  ses espĂ©rances, d’autant qu’il s’affirme vite comme le chef aprĂšs la mort de leur pĂšre Charles, au grand dĂ©sespoir de son frĂšre aĂźnĂ© Joseph. Dans les biographies consacrĂ©es Ă  NapolĂ©on, Charles, se voit dĂ©crit comme un homme absent, lointain voire trĂšs effacĂ©. Pourtant, c’était un pĂšre aimant ses enfants et un Ă©poux tendre, nonobstant des Ă©carts conjugaux rĂ©putĂ©s. TrĂšs vite, Charles a compris que fonder ses espoirs sur une Corse indĂ©pendante relevait d’une chimĂšre. Haegele Ă©voque dans de longues pages le contexte gĂ©opolitique et intellectuel de la Corse et de l’Europe. Il prĂ©cise Ă©galement que les choix dĂ©cisifs de Charles permettent Ă  ses deux aĂźnĂ©s d’obtenir une bourse et de suivre une scolaritĂ© sur le continent. La suite est connue


Une fois arrivĂ© au pouvoir, NapolĂ©on conscient des forces politiques en prĂ©sence dĂ©cide de rĂ©tablir la monarchie Ă  son profit. Haegele note : « Bien Ă©videmment, nul ne peut construire une dynastie sans compter sur l’aide de son propre sang et c’est lĂ  le nƓud gordien de toute l’entreprise complexe et incomparable de NapolĂ©on Bonaparte : ses frĂšres et sƓurs ont accompagnĂ©, soutenu et parfois dĂ©terminĂ© ce processus de conquĂȘtes et de constructions civiles et militaires, partageant dĂšs le dĂ©but les douleurs de l’exil, la remise en cause systĂ©matique de leur place dans la sociĂ©tĂ© et les blessures d’amour-propre. »

NapolĂ©on avait acquis sa gloire par ses propres mĂ©rites, mais ses frĂšres et sƓurs pouvaient-ils en dire autant ? Il y a peut-ĂȘtre ici un des paramĂštres qui expliquent la chute finale de l’aventure napolĂ©onienne. Ses frĂšres et sƓurs, et nous pensons ici au monologue de Figaro, ne s’étaient-ils pas donnĂ© que la peine de naĂźtre ? Louis, un des petits frĂšres de NapolĂ©on, refusait les honneurs et les prĂ©bendes en justifiant son choix par la rĂ©ponse suivante : « Je n’ai pas mĂ©ritĂ© cela  »

Cependant, Haegele prĂ©cise « qu’il y a une mystique du pouvoir indĂ©niable, qu’aucune RĂ©volution ne pourra jamais abolir, et la force des Bonaparte est de l’avoir instinctivement mise en Ɠuvre dĂšs les premiers succĂšs en Italie. C’est la perfection fine de cette mystique qui a permis aux Bonaparte de se hisser au plus haut niveau avec une aisance qui a confondu leurs contemporains, et confond encore aujourd’hui les historiens  ».

Tout au long de son entreprise, pour convaincre sa fratrie de la lĂ©gitimitĂ© de ses actions, NapolĂ©on parle toujours de « son systĂšme » sans vraiment jamais le dĂ©finir. Toutefois, les Bonaparte ont conquis le pouvoir, et certains oublient que les succĂšs de NapolĂ©on, notamment le coup d’État du 18 Brumaire, ont parfois dĂ©pendu de ses frĂšres et sƓurs


Haegele nous propose une histoire de l’épopĂ©e napolĂ©onienne Ă  la fois originale et pertinente, car elle met en avant des analyses nouvelles sur le systĂšme familial impĂ©rial loin des images noires et dorĂ©es auxquelles certains semblent habituĂ©s. Pour finir, nous conclurons par une citation de NapolĂ©on qui nous invite Ă  mĂ©diter sur les destinĂ©es des Hommes : « On peut s’arrĂȘter quand on monte, jamais quand on descend. »

Napoléon et les siens, Vincent Haegele (Perrin).

Napoléon et les siens, Vincent Haegele (Perrin).

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A propos de l'auteur

Franck Abed

Franck Abed est catholique et royaliste. Ses thĂšmes de prĂ©dilection sont : l’histoire, l’histoire des idĂ©es politiques, la philosophie, la mĂ©tapolitique et la culture. Vous pouvez retrouver son parcours et ses analyses dans son site personnel www.franckabed.com .

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