« Les archives du IIIe Reich démentent formellement
l’idĂ©e d’une collaboration efficace de l’État français,
surtout aprĂšs les premiĂšres rafles de l’étĂ© 42,
portant sur des femmes et des enfants juifs 
»

Entretien avec Bernard Plouvier, auteur des Juifs de France durant la IIe Guerre Mondiale (2 tomes) (Propos recueillis par Fabrice Dutilleul)

Que voilà un sujet original et dénué de fondement passionnel ! Pourquoi relancer le débat sur cette épineuse question tant de fois traitée ?

Le sujet n’est certes pas neuf ni anodin. La bonne question Ă  se poser Ă  son propos est de savoir si on peut l’aborder de façon objective, sans sacrifier au culte actuel de la repentance, dont l’utilitĂ© est peut-ĂȘtre Ă©vidente pour les politiciens, les journalistes et les affairistes, mais qui n’est d’aucun intĂ©rĂȘt pour l’étude historique.

Cette repentance, que n’eussent tolĂ©rĂ©e ni un de Gaulle ni un Mitterrand, est d’ailleurs une attitude fort curieuse, puisqu’elle ne se justifie que par l’activitĂ© de rares spĂ©cimens de judĂ©ophobes fanatiques, comme il en a toujours existĂ© Ă  toute Ă©poque et en tout pays.

En revanche, l’on soutient et argumente la thĂšse que la repentance ne peut reposer sur une quelconque responsabilitĂ© du marĂ©chal de France Philippe PĂ©tain, chef de l’État français, ni sur celle du vice-PrĂ©sident du Conseil des ministres et dauphin dĂ©signĂ©, l’amiral de la Flotte François Darlan, ni enfin sur celle du PrĂ©sident du Conseil Pierre Laval.

Mais il y eut indĂ©niablement des mesures antijuives prises par l’État français, avec l’aval du marĂ©chal PĂ©tain, en 1940-1941. On ne peut les oublier.

Nul ne prĂ©tend le contraire. Encore faut-il expliquer les raisons de ces mesures qui ne sont pas nĂ©es du dĂ©sir gratuit d’humilier des Juifs seulement coupables d’un excĂšs de valeur humaine ajoutĂ©e, comme le serinent les apologistes communautaires. DĂ©plorer des mesures discriminatoires sans en expliquer le contexte est une pure absurditĂ©.

D’abord, on ne peut faire l’impasse sur le refus d’assimilation Ă  la Nation française de la majoritĂ© des Juifs de France durant l’entre-deux-guerres, qui faisait contraste avec leur intĂ©gration massive Ă  la vie politique, mĂ©diatique, Ă©conomique et financiĂšre du pays.

Durant la Grande Guerre, les Juifs de France avaient fait preuve d’un tel patriotisme que diverses canailleries, durant les annĂ©es vingt et 30, n’avaient pu dĂ©clencher de rĂ©action antijuive notable. Jamais les Juifs n’ont Ă©tĂ© mieux traitĂ©s en France qu’à cette Ă©poque, du moins jusqu’au dĂ©sastre Ă©conomique et social du Front Populaire, personnalisĂ©, Ă  tort ou Ă  raison, par LĂ©on Blum et son entourage, majoritairement composĂ© de Juifs.

De 1920 Ă  1933, avant mĂȘme l’exode des Juifs d’un Reich devenu national-socialiste, puis d’une Autriche unie Ă  ce nouveau Reich, l’immigration massive de Juifs d’Europe de l’Est et du Centre avait doublĂ© l’importance numĂ©rique de la communautĂ© juive, introduisant quantitĂ© d’AshkĂ©nazes, en grande partie yiddishophones, qui dĂ©veloppĂšrent, de 1933 Ă  1939, une germanophobie haineuse et un bellicisme acharnĂ© trĂšs dangereux pour la Nation française, dĂ©moralisĂ©e par un chĂŽmage durable de grande ampleur.

Le premier volume de cet ouvrage dĂ©crit, de façon aussi dĂ©taillĂ©e que possible, l’immense dĂ©ception que fut la rĂ©alitĂ© du Front populaire, dont les rĂ©alisations furent trĂšs Ă©loignĂ©es des espĂ©rances populaires et des clichĂ©s de propagande. Les congĂ©s payĂ©s furent une fort belle et indispensable chose, mais fallait-il les payer d’une inflation dĂ©lirante, d’une haine des classes pathologique et meurtriĂšre ainsi que d’une dĂ©valorisation de la notion de travail ?

En septembre 1939, la Nation est prĂ©cipitĂ©e dans une guerre totalement dĂ©pourvue d’intĂ©rĂȘt national et perdue d’avance, par la disproportion des puissances industrielles et militaires du IIIe Reich et de la France.

Au printemps 40, l’ArmĂ©e française, obsolĂšte et peu motivĂ©e, doit affronter seule une Wehrmacht trĂšs performante. L’alliĂ© polonais s’est effondrĂ© en un temps record en septembre 1939. Il en est de mĂȘme pour les Belges et les NĂ©erlandais en mai 1940, tandis que l’alliĂ© britannique ne fait rien ou presque. À cette Ă©poque, l’URSS et les agents du Komintern sont de fidĂšles collaborateurs du Reich et ce, jusqu’au 22 juin 1941.

Une fois la dĂ©bĂącle consommĂ©e, plus complĂšte, plus humiliante, plus honteuse que celle de 1870, vient le temps de l’apurement des comptes, approuvĂ© par une Ă©norme majoritĂ© de Français, qui ne changeront d’avis, mais de façon radicale, que durant l’étĂ© de 1942, lors des rafles de femmes et d’enfants juifs et de la dĂ©portation d’innocents vers l’est, oĂč les attend un sort dont on ne sait Ă  l’époque rien de prĂ©cis (ceci est dĂ©veloppĂ© dans le second volume).

L’une des plus importantes questions soulevĂ©es durant le second semestre de l’An 40 est celle de l’homogĂ©nĂ©itĂ© de la Nation. Doit-on ou non admettre qu’une communautĂ© qui refuse de s’assimiler Ă  la Nation, continue d’ĂȘtre trĂšs influente dans la vie Ă©conomique, politique et mĂ©diatique du pays ?

Mais que faites-vous de la honteuse collaboration de l’État français avec l’Occupant, dont parlent tous les historiens universitaires, acadĂ©miques et mondains ; cette Collaboration dont la tĂ©lĂ©vision française, incomparable outil culturel, ne cesse de nous entretenir de façon pluri-hebdomadaire ?

Les archives du IIIe Reich dĂ©mentent formellement l’idĂ©e d’une collaboration efficace de l’État français, surtout aprĂšs les premiĂšres rafles de l’étĂ© 42, portant sur des femmes et des enfants juifs.

Le marĂ©chal refusera toujours l’imposition de l’étoile jaune aux Juifs de Zone Libre (Zone Sud, Ă  compter du 11 novembre 1942), comme il refusera toujours la dĂ©naturalisation en bloc des Juifs admis Ă  la citoyennetĂ© française depuis 1927 ou 1936. Seuls seront dĂ©chus les fuyards de mai-juin 40 et dĂ©naturalisĂ©s ceux et celles, peu nombreux, jugĂ©s indignes aprĂšs enquĂȘte des membres de la Commission de rĂ©vision des naturalisations.

Il est exact, en revanche, qu’il a Ă©liminĂ© l’influence juive de la vie politico-mĂ©diatique française et qu’il a limitĂ© la puissance Ă©conomique des Juifs en introduisant un numerus clausus pour certaines professions
 cette limitation proportionnelle Ă  l’importance dĂ©mographique d’une communautĂ© au sein d’une Nation peut ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme une mesure « dĂ©mocratique », si l’on considĂšre que la dĂ©mocratie n’est que la loi du nombre.

Mais que faites-vous des exĂ©cutions d’otages juifs ?

Nul ne va, lĂ  non plus, les nier. Objectivement, toutefois, les autoritĂ©s françaises ont tentĂ© de limiter les dĂ©gĂąts provoquĂ©s par l’assassinat de soldats allemands dĂ©sarmĂ©s Ă  partir de l’étĂ© de 1941. Le cycle infernal attentats terroristes-fusillade d’otages fut un jeu pervers opposant le PCF clandestin Ă  l’Occupant. En raison du grand nombre de Juifs Ă©trangers parmi les activistes communistes, des Juifs firent partie des otages fusillĂ©s.

La dĂ©portation de Juifs innocents et la mort d’un trĂšs grand nombre d’entre eux est-elle ou non Ă  mettre, de façon partielle, au dĂ©bit de l’État français ?

Charles de Gaulle avait tranchĂ© cette question par la nĂ©gative ; François Mitterrand aussi. Et l’on doit reconnaĂźtre, aprĂšs Ă©tude approfondie (qui forme une grande partie du volume II de ce livre), qu’ils ont eu pleinement raison.

Lorsque l’Occupant a commencĂ© Ă  rafler puis Ă  dĂ©porter des Juifs, les autoritĂ©s françaises ont systĂ©matiquement dĂ©fendu les Juifs citoyens français et les Juifs Ă©trangers ou apatrides dĂ©corĂ©s pour faits de guerre dans l’ArmĂ©e française, ainsi que les Ă©pouses juives de prisonniers de guerre juifs ou non-juifs.

C’est Ă  cette occasion, soit durant l’étĂ© de 1942, que l’opinion française s’est transformĂ©e, passant de l’indiffĂ©rence – voire d’une hostilitĂ© envers les Juifs jugĂ©s inassimilables et stupidement bellicistes durant le nouvel avant-guerre – Ă  un soutien actif qui a permis de sauver environ 275 000 Juifs mĂ©tropolitains de la dĂ©portation.

GrĂące Ă  l’action vigoureuse de trĂšs nombreux Français : autoritĂ©s et citoyens charitables, le pourcentage des Juifs dĂ©portĂ©s, adultes et enfants, fut l’un des plus faibles des pays occupĂ©s. Le cas du Danemark, Ă©tudiĂ© briĂšvement, est trĂšs particulier par la trĂšs faible importance numĂ©rique de la communautĂ© juive et la proximitĂ© des cĂŽtes suĂ©doises. Ceux de l’Italie et de la Bulgarie ont Ă©tĂ© dominĂ©s par les actions salvatrices personnelles du pape Pie XII et du dĂ©lĂ©guĂ© apostolique Roncalli, le futur Jean XXIII, trĂšs influent auprĂšs du tsar Boris III.

Si la majoritĂ© des Juifs citoyens français a Ă©tĂ© sauvĂ©e, c’est Ă  la rĂ©silience des patrons de l’État français qu’elle le doit. Quant aux Juifs apatrides et ressortissants Ă©trangers, si tant d’entre eux ont Ă©chappĂ© aux racistes qui les traquaient, c’est grĂące Ă  la protection active de dizaines de milliers d’hommes et de femmes de France, avec l’approbation et la participation active des clergĂ©s chrĂ©tiens de toutes confessions, de nombreux maires et directeurs d’écoles.

On rappelle qu’à compter du 11 novembre 1942, soit la date (lourde de symbole) de l’Occupation intĂ©grale du territoire mĂ©tropolitain dans les suites du dĂ©barquement anglo-US au Maroc et en AlgĂ©rie, le marĂ©chal PĂ©tain et le prĂ©sident Laval n’ont plus exercĂ© qu’un pouvoir trĂšs faible, quasi-symbolique, car dĂ©pourvu de tout moyen de pression sur l’autoritĂ© occupante.

Un essai de conclusion ?

On n’a nullement la prĂ©tention d’avoir clos le dĂ©bat qui restera interminable, mais l’on a seulement voulu poser les jalons d’une discussion moins tumultueuse, s’appuyant davantage sur les archives publiĂ©es, sur l’évidence des faits que sur le ressentiment communautaire.

Est-il licite, en pĂ©riode de monstrueuses calamitĂ©s, de sacrifier des Ă©trangers et des apatrides pour sauver un maximum de citoyens, membres Ă  part entiĂšre de la communautĂ© nationale ? La rĂ©ponse donnĂ©e Ă  cette question en France, de la LibĂ©ration Ă  nos jours, est trop entachĂ©e de haine pour ĂȘtre satisfaisante, car, Ă  l’évidence, un vrai chef d’État a pour devoir premier de protĂ©ger sa Nation. L’État d’IsraĂ«l, de mai 1948 Ă  nos jours, est la parfaite illustration de cet Ă©goĂŻsme communautaire considĂ©rĂ© comme essentiel Ă  la survie de la Nation en Ă©tat de pĂ©ril.

Aucune statistique fiable n’existe permettant d’estimer le nombre des Juifs sĂ©journant sur le sol mĂ©tropolitain durant l’Occupation, ou d’estimer, de façon approximative, le nombre des Juifs sortis vivants des camps nazis. Toute discussion sur ce point est systĂ©matiquement biaisĂ©e par le fait que les non-citoyens français n’avaient guĂšre de raison de revenir dans une France appauvrie, oĂč les dĂ©gĂąts des bombardements et les haines politiques n’étaient que trop Ă©vidents.

En fin de compte, l’actuelle repentance sur cette question est un nouveau paradoxe français, de nature politico-mĂ©diatique : elle s’est dĂ©veloppĂ©e dans le pays d’Europe continentale qui, en valeur absolue, a sauvĂ© le plus grand nombre de Juifs de la dĂ©portation, donc de la mort.

Quant Ă  l’omniprĂ©sent « devoir de mĂ©moire », quotidiennement cĂ©lĂ©brĂ© dans les mĂ©dias français, force est de remarquer qu’il n’a nullement empĂȘchĂ© la multiplication des gĂ©nocides, de 1945 Ă  nos jours et sur tous les continents.

C’est assez dire que le sujet traitĂ© mĂ©rite d’ĂȘtre Ă©tudiĂ©, puis mĂ©ditĂ© de façon rationnelle et non pas seulement Ă©motionnelle.

Les Juifs de France durant la IIe Guerre mondiale (volume I), Bernard Plouvier, Ă©ditions Dualpha, collection « VĂ©ritĂ©s pour l’Histoire », dirigĂ©e par Philippe Randa, 562 pages, 39 euros. Pour commander ce livre, cliquez ici.

Les Juifs de France durant la IIe Guerre mondiale (volume 2) Bernard Plouvier (Éd. Dualpha).

Les Juifs de France durant la IIe Guerre mondiale (volume 2)
Bernard Plouvier (Éd. Dualpha).

Les Juifs de France durant la IIe Guerre mondiale (volume II), Bernard Plouvier, Ă©ditions Dualpha, collection « VĂ©ritĂ©s pour l’Histoire », dirigĂ©e par Philippe Randa, 612 pages, 39 euros. Pour commander ce livre, cliquez ici.

Les Juifs de France durant la IIe Guerre mondiale (volume 2) Bernard Plouvier (Éd. Dualpha).

Les Juifs de France durant la IIe Guerre mondiale (volume 2)
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