« Mon seul souci en écrivant ce livre
a été de mettre à disposition
de personnes de bonne volonté
un manuel, un guide
leur permettant de ne pas se fourvoyer
sur les voies incertaines d’une repentance
extrĂȘmement contestable
dans ses fondements prétendus »

Jean-Pierre Brun.

Jean-Pierre Brun.

NĂ© Ă  Souk Ahras, Jean-Pierre Brun a sillonnĂ© l’AlgĂ©rie. Il est l’auteur de plusieurs livres sur la Guerre d’AlgĂ©rie, notamment ses souvenirs de combattant politique.

Les voies incertaines de la Repentance. Algérie 1830-1962 (éditions Dualpha).

Les voies incertaines de la Repentance. Algérie 1830-1962 (éditions Dualpha).

(propos recueillis par Fabrice Dutilleul)

Pourquoi ce travail sur les voies de la repentance que vous qualifiez sans complexe d’incertaines ?

Curieusement, ce n’est pas l’autoflagellation que nos Ă©lites intellectuelles autoproclamĂ©es nous infligent depuis quelques dĂ©cennies qui m’a fait rĂ©agir, encore que
 Non ! Ma source d’inspiration se situe au cƓur du « Centre de Documentation des Français d’AlgĂ©rie » de Perpignan. Cette institution, nĂ©e d’une collaboration entre le Cercle algĂ©rianiste et la municipalitĂ©, a ouvert ses portes au printemps 2012 et a dĂ©jĂ  accueilli plus de 20 000 personnes dont des « mĂ©tropolitains », de plus en plus nombreux, et mĂȘme des Ă©trangers. Il m’arrive d’accompagner des groupes Ă  l’occasion de « visites confĂ©rences » au cours desquelles sont prĂ©sentĂ©es, statistiques et documents officiels Ă  l’appui, la vie des Français d’AlgĂ©rie et leur contribution aux Ă©preuves traversĂ©es par cette « MĂšre patrie », dont le concept est devenue aujourd’hui presque incomprĂ©hensible sinon dĂ©risoire. À l’issue de cette prĂ©sentation, les trop fameux « nous ne savions pas  » et « on nous a racontĂ© que  » me sont servis Ă  toutes les sauces. Je me suis donc senti obligĂ© de rĂ©tablir des faits avĂ©rĂ©s, ensevelis sous les strates savamment empilĂ©es d’un nĂ©gationnisme ne visant rien d’autre que l’institutionnalisation d’une repentance unilatĂ©rale relevant d’ailleurs le plus souvent d’une falsification pure et simple.

De ce constat « de terrain » quelles sont les idées reçues qui illustrent le mieux cette désinformation ?

S’il fallait rĂ©sumer les points clĂ©s de cette falsification quelques lignes suffiraient : « En 1830 l’armĂ©e française dĂ©barque Ă  Sidi Ferruch pour conquĂ©rir l’AlgĂ©rie qui constitue un État au plein sens constitutionnel et international du terme. La soldatesque française aprĂšs avoir joui d’un effet de surprise se trouve vite confrontĂ©e Ă  une rĂ©sistance nationale incarnĂ©e par Abd el Kader. La smala de ce dernier Ă©tant prise (merci Horace Vernet et Pierre Dac), plus rien ne s’oppose Ă  un envahissement par les colons qui chassent de leurs terres les Arabes et exploitent ces pauvres gens sans la moindre vergogne. Lorsqu’une centaine d’annĂ©es plus tard les poussĂ©es de fiĂšvres indĂ©pendantistes secouent le pays, “les colons Ă  cravache montĂ©s sur cadillac” sont prĂȘts Ă  tout pour dĂ©fendre leurs privilĂšges et laisser la population indigĂšne dans la misĂšre, l’insalubritĂ© et l’ignorance dans lesquelles elle a Ă©tĂ© maintenue sinon poussĂ©e, car, bien sĂ»r, des rĂ©alisations spectaculaires, si elles sont incontestables, ne bĂ©nĂ©ficient qu’aux EuropĂ©ens. »

Quels sont les points sur lesquels l’étonnement des visiteurs non avertis est le plus Ă©vident ?

La rĂ©partition socio-professionnelle de la population europĂ©enne d’AlgĂ©rie, la faible proportion des agriculteurs, la rĂ©partition des terres cultivĂ©es entre musulmans et europĂ©ens (respectivement trois quarts contre seulement un quart) ne manquent pas de faire voler en Ă©clat l’idĂ©e d’une population europĂ©enne de nantis exploitant un indigĂ©nat asservi. Autre surprise : les options Ă©lectorales des Pieds-noirs qui votent majoritairement Ă  gauche, Ă©lisent les premiers conseils municipaux communistes Ă  la fin de la IIe Guerre mondiale et militent activement Ă  la CGT. Pour une population qualifiĂ©e de « fasciste » en 1962, c’est pour le moins surprenant.

Lorsqu’est Ă©voquĂ© le poids des institutions islamiques dont les responsables refusent toute intĂ©gration de leurs ouailles dans le corpus juridique français au nom de leur appartenance indĂ©fectible Ă  l’Oumma et de la primautĂ© de la Charia sur tout autre droit, leur surprise est totale. Surtout lorsqu’est rappelĂ© le dĂ©cret CrĂ©mieux qui cinq ans plus tard accordent aux IsraĂ©lites ce qu’ont refusĂ© des autoritĂ©s musulmanes qui Ă©voquent purement et simplement l’apostasie en cas d’acceptation de la pleine citoyennetĂ© française. (La revendication actuelle de l’application de la Charia dans une France strictement hexagonale « les interpelle quelque part » et peut mĂȘme les inviter Ă  rĂ©flĂ©chir.)

Par ailleurs, la prĂ©sentation des effectifs musulmans respectivement engagĂ©s dans les deux camps de 1954 Ă  1962, fissure quelque peu le concept de guerre d’indĂ©pendance rassemblant sous l’étendard nationaliste une population autochtone unanime. Un relent de guerre civile auquel se mĂȘle un arriĂšre-goĂ»t de conflit ethnique devient perceptible (les positions antagonistes du panarabisme, du panislamisme, du berbĂ©risme, laissent dĂ©jĂ  deviner la guerre civile des annĂ©es 1990).

Auriez-vous la prĂ©tention d’avoir commis le livre dĂ©finitif de l’histoire de l’AlgĂ©rie française


Loin de moi cette idĂ©e pour le moins saugrenue. Je vise simplement Ă  redresser des torts faits Ă  la France en rappelant que cette Ɠuvre humaine rĂ©alisĂ©e pour une grande part par la IIIe RĂ©publique au nom des LumiĂšres, de la laĂŻcitĂ© et de la DĂ©mocratie, si elle a connu des Ă©checs , si elle a commis des erreurs, si elle n’a pas Ă©tĂ© au bout de ses intentions, n’en a pas moins Ă©tĂ© Ă  l’origine de ce qu’est aujourd’hui l’État algĂ©rien, lui permettant d’ailleurs Ă  sa naissance en 1962 de bĂ©nĂ©ficier de structures administratives, sociales, logistiques et Ă©conomiques qui faisaient alors envie Ă  des États bien plus anciens.

Mon seul souci en Ă©crivant ce livre a Ă©tĂ© de mettre Ă  disposition de personnes de bonne volontĂ© un manuel, un guide leur permettant de ne pas se fourvoyer sur les voies incertaines d’une repentance extrĂȘmement contestable dans ses fondements prĂ©tendus.

Les voies incertaines de la Repentance AlgĂ©rie 1830-1962 de Jean-Pierre Brun, PrĂ©face de Thierry Rolando, PrĂ©sident du cercle algĂ©rianiste, 236 pages, 25 euros, Ă©ditions Dualpha, collection « VĂ©ritĂ©s pour l’Histoire », dirigĂ©e par Philippe Randa. Pour commander ce livre, cliquez ici.

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