La vĂ©ritĂ©, nous dit Murray, est que les EuropĂ©ens sont taraudĂ©s, torturĂ©s, rongĂ©s par la culpabilitĂ© des erreurs et fautes du passĂ©. Outre l’Holocauste, c’est « la culpabilitĂ© lancinante pour le colonialisme et le racisme » qui fait office de cilice expiatoire Ă  la cuisse si peu jupitĂ©rienne d’un peuple qui a choisi la voie contrite de l’autoflagellation, de la repentance et de l’amnĂ©sie historique volontaire.

L’aventure coloniale europĂ©enne ne doit surtout plus faire rĂȘver. Exeunt Pierre BenoĂźt, Henri de Monfreid et Henry Rider Haggard (l’auteur des Mines du roi Salomon). Au contraire, doit-elle ĂȘtre rĂ©Ă©valuĂ©e Ă  l’aune du mythe rousseauiste du « bon sauvage » en vertu duquel, « ce sont les EuropĂ©ens qui, par leurs voyages et leur entreprise de colonisation, sont devenus l’espĂšce qui a dĂ©truit le jardin d’Eden ». Que les « victimes » se vengent aujourd’hui en envahissant Ă  leur tour leurs maĂźtres d’hier, n’est que justice. Les orgies mea-culpantes sont sans limites, les ogres victimaires de plus en plus nombreux et les lieux de ses agapes qui peuvent mĂȘme s’avĂ©rer rentables, s’étendent dĂ©sormais Ă  tout l’Occident blanc judĂ©o-chrĂ©tien, de l’Europe de l’ouest Ă  l’Australie.

À l’échelle de plusieurs dĂ©cennies, ce systĂ©matique mĂ©pris de soi s’apparente Ă  « une forme de folie » qui fait peser sur les Ă©paules des gĂ©nĂ©rations Ă  venir le fardeau de plus en plus lourd des responsabilitĂ©s historiques imprudemment engagĂ©es par leurs parents du fait des agissements, rĂ©els ou supposĂ©s, de leurs grands-parents. À la suite de Pascal Bruckner, Murray brocarde « une sorte d’hĂ©rĂ©ditĂ© de la souillure, laquelle pourrait se transmettre de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration », lesquelles, en retour, nourriraient une certaine dilection pour ne pas dire une vĂ©ritable addiction masochiste Ă  ce que Bruckner diagnostiquait comme « la tyrannie de la pĂ©nitence ».

Nul, pourtant, ne prend conscience que ce processus de criminalisation historique de l’Occident et, plus prĂ©cisĂ©ment, de l’Europe, contribue Ă  saper les fondements de la civilisation. À quoi bon, en effet, transmettre et faire prospĂ©rer un hĂ©ritage honni, abhorrĂ©, conchiĂ©, porteur de toutes les tares les plus inexpiables ? « Ancrer dans une nation l’idĂ©e de pĂ©chĂ© fondateur est le meilleur moyen de lui faire perdre confiance en soi. [
] Un pays marquĂ© par le pĂ©chĂ© originel ne pourra jamais rien faire de bien, puisque ce sont ses fondations mĂȘmes qui sont pourries ». En revanche, tout dirigeant europĂ©en sera tĂ©tanisĂ© Ă  l’idĂ©e d’instruire des procĂšs analogues Ă  la Turquie (sur le dossier armĂ©nien ou chypriote), voire, plus largement, Ă  l’égard des pays du monde arabo-musulman qui, jadis, naguĂšre et encore de nos jours, ne rechignaient pas Ă  l’esclavage au point, parfois, de fonder leur Ă©conomie et leur sociĂ©tĂ© sur une telle pratique, depuis bien longtemps rĂ©prouvĂ©e par l’Occident.

Murray va plus loin dans la sociopsychanalyse de cette authentique pulsion mortifĂšre qui Ă©treint les EuropĂ©ens, lorsqu’il observe que « ce qui rend cette autoflagellation encore plus sinistre, c’est le fait qu’elle s’accompagne pour les EuropĂ©ens de l’exhortation Ă  considĂ©rer tous les autres pays Ă  l’aune de leurs moments de gloire. Alors qu’il est banal d’évoquer l’Inquisition espagnole ou les croisades lors de dĂ©bats sur l’extrĂ©misme religieux, il est tout aussi courant d’entendre dans la foulĂ©e vanter une fois de plus [le fantasme de] l’Andalousie et les nĂ©o-platoniciens musulmans. Ce ne peut ĂȘtre une simple coĂŻncidence que ces deux dĂ©marches – nous juger selon les pires moments et juger les autres selon leurs meilleurs moments – aillent de concert. C’est bien la preuve que ce qui se dĂ©roule en Occident relĂšve de troubles aussi bien mentaux que psychologiques ». Et d’ajouter qu’« une sociĂ©tĂ© qui rĂ©compense cette pulsion masochiste, et qui explique Ă  ceux qui l’expriment qu’elle constitue avant tout un signe de vertu, est une sociĂ©tĂ© qui risque fort de prĂ©senter, plus que d’autres, une grande concentration de masochistes ». [
] « Seuls les EuropĂ©ens modernes sont heureux de s’autoflageller au milieu d’un marchĂ© international de sadiques ». Sans oublier, remarque pertinemment l’essayiste, la propension hyperbolique des EuropĂ©ens Ă  surenchĂ©rir dans le noircissement peccamineux de leur passĂ©. Or, Ă©crit-il, « la tendance Ă  majorer l’ampleur des crimes pour lesquels on s’excuse [devrait] alerter. Un vrai coupable qui, devant un vrai tribunal exagĂ©rerait dĂ©libĂ©rĂ©ment ses crimes pour aller plus loin encore que ses accusateurs, passerait pour fou et inapte Ă  ĂȘtre jugé ».

Les EuropĂ©ens semblent tirer grande gloire de la haine vomitive qu’ils nourrissent Ă  leur endroit, sans se rendre compte que, dans le mĂȘme temps, ils renvoient allĂšgrement leurs aĂŻeux dans les gĂ©hennes de l’abomination. Cette dĂ©testation pathologique leur fait oublier qu’à l’instar de ces derniers, ils constituent les maillons d’une mĂȘme, unique et longue chaĂźne reliant des indivisaires Ă  un patrimoine moral et matĂ©riel commun. Il y a une dimension Ă  la fois Ă©gocentrique, orgueilleuse et messianique Ă  se comporter de la sorte. Murray note ainsi que « plutĂŽt que d’ĂȘtre responsables de leurs propres actions, comme toute personne qui a des devoirs envers ceux qu’elle connaĂźt, ils prĂ©fĂšrent ĂȘtre les reprĂ©sentants autoproclamĂ©s des vivants et des morts, les porteurs d’une histoire terrible et les rĂ©dempteurs potentiels de l’humanité ». DĂ©risoire et pathĂ©tique. Fatal aussi.

Au-delĂ  du diagnostic sans appel que pose froidement Douglas Murray sur un vieux continent Ă  la dĂ©rive, dĂ©vorĂ© par ses dĂ©mons, c’est la thĂšse centrale du livre qui retient spĂ©cialement l’attention. Les EuropĂ©ens sont en proie Ă  une grande fatigue d’eux-mĂȘmes, Ă  un « burn-out » existentiel. Nous savons avec Paul ValĂ©ry que les civilisations sont mortelles. S’agissant de la civilisation europĂ©enne, nous y sommes, conclut Murray avec des accents spengleriens.

Douglas Murray, L’Étrange suicide de l’Europe. Immigration, identitĂ©, islam, L’Artilleur, Paris, 2018.

L'étrange suicide de l'Europe: Immigration, identité, Islam - Douglas Murray (L'Artilleur).

L’Ă©trange suicide de l’Europe: Immigration, identitĂ©, Islam – Douglas Murray (L’Artilleur).

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