La guerre en dentelle n’a jamais existĂ©, sauf dans les esprits amĂ©ricains qui prĂ©tendent pratiquer de fameuses « frappes chirurgicales » transformant les horreurs des guerres en chĂątiment rigoureux de seuls ennemis tout autant rigoureusement identifiĂ©s. Qui croit encore à de telles fables ?

Surtout dans des guerres « sales » qui rappellent celles des guĂ©rillas indochinoises ou algĂ©riennes dans lesquelles combattants et civils sont intimement liĂ©s, les premiers se transformant en seconds et vice versa selon les circonstances. Al-Qaida et ses avatars (Al-Nosra, ex-Al-Qaida, rebaptisĂ© Front Fatah Al-Cham) ont affinĂ© en se servant ouvertement de boucliers humains. Comment dans ces conditions hurler aux massacres d’Alep ?

Oui, la guerre est une horreur, surtout celle que pratique Al-Qaida. Il ne faut pas se tromper d’ennemi. Et une fois qu’on l’a proclamĂ© mille fois, que faire face Ă  un ennemi qui ravage, pille, tue, exĂ©cute, depuis des annĂ©es Ă  Alep et ailleurs. En outre, une part non nĂ©gligeable, mĂȘme minoritaire, des populations, n’est pas nĂ©cessairement opposĂ©e aux idĂ©ologies d’un État islamique.

Les vocifĂ©rations de l’Occident contre la reprise d’Alep ont inversĂ© toutes les valeurs jusqu’ici reconnues. Al-Qaida devient pratiquement une victime des sanguinaires Syriens et de leurs alliĂ©s Russes. Les massacreurs viennent de changer de camp ! Il est certain que pour Ă©viter les morts, la meilleure solution consisterait Ă  laisser Al-Qaida installer tranquillement son propre
 État islamique !

Le fait que les Syriens aient remportĂ© une victoire Ă  Alep alors que les AmĂ©ricains s’enlisent Ă  Mossoul (en massacrant aussi, il ne faut pas l’oublier, mĂȘme si leurs « bavures » sont systĂ©matiquement minimisĂ©es), est surtout insupportable pour l’Occident moralisateur. Alors on rĂ©active les bonnes vieilles mĂ©thodes de l’indignation compassionnelle qui gomment totalement le fond du problĂšme qui avait toujours Ă©tĂ© jusqu’à prĂ©sent
 l’éradication d’Al-Qaida. Finie !

L’essentiel est la mort de civils pris dans une tourmente due Ă  une guerre que l’Occident n’a pas su juguler Ă  temps. Civils dĂ©vastĂ©s, civils aussi parfois proches de Al-Qaida, qui n’est pas si isolĂ© qu’on veut bien le faire croire et a ralliĂ© une part des populations Ă  sa cause.

Mais il n’est plus question d’éradiquer Al-Qaida, mais de dĂ©truire Bachar El Assad et de dĂ©considĂ©rer la Russie dont le retour politique international gĂȘne de plus en plus.

Quelle horreur, quelle honte pour nos Ă©lites d’agiter les larmes compassionnelles pour camoufler un combat politique contre la Russie. L’utilisation scandaleuse de l’amalgame montre l’absence totale de limite Ă  l’hypocrisie de la politique de l’Occident et de ses Ă©checs Ă  rĂ©pĂ©tition. Et Al-Qaida dans tout cela qui voit se dresser contre ses ennemis la bien-pensance occidentale. Ce serait risible si ce n’était pas dramatique pour la Syrie et lamentable pour nos dĂ©mocraties occidentales.

On attend les leçons avisĂ©es des USA, d’Angela Merkel et de François Hollande, pour expliquer comment combattre des troupes aguerries et motivĂ©es sans toucher un cheveu de civil dont elles sont entourĂ©es comme des ceintures protectrices. De qui se moque-t-on ? La guerre civile comporte toujours des horreurs et ce n’est pas une nouveautĂ© que l’Occident dĂ©couvre avec une naĂŻvetĂ© affectĂ©e.

La fragilitĂ© et la sensibilitĂ© de l’Europe sont de plus en plus inquiĂ©tantes. Les bons esprits imprĂ©gnĂ©s de charitĂ© chrĂ©tienne compassĂ©e enjoignent l’ONU et tous les dieux du monde de faire cesser les horreurs d’Alep, soutenus par nos Ă©lites et dirigeants ! Mais la solution existe : il suffit de dĂ©truire les combattants d’Al-Qaida. Mais cela n’est plus dans nos prioritĂ©s et l’Europe est prĂȘte Ă  tout, en apparence, pour sauver les civils d’Alep et laisser la vie sauve aux terroristes d’Al-Qaida.

Tout cela pour alimenter la lutte contre Bachar El Assad et surtout pour justifier l’incongruitĂ© d’avoir des relations avec la Russie de l’« égorgeur » Poutine. Jusqu’oĂč cette folle politique suicidaire nous mĂšnera-t-elle ? Raviver la « guerre froide » sur les destructions et les ruines d’Alep est une mĂ©thode qui laisse tout de mĂȘme Ă  dĂ©sirer pour les champions des valeurs universelles.

Si pour dĂ©truire Al-Qaida, il faut dĂ©truire Alep, alors il faut dĂ©truire Alep. Il y a 71 ans, les pĂšres de la dĂ©mocratie grillaient des centaines de milliers de Japonais Ă  Hiroshima et Ă  Nagasaki. Sans Ă©tat d’ñme. Et le Mikado n’était pas Al-Qaida ou Daesh.

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