« Contrairement Ă  ce que l’on dit, les principales consĂ©quences ne seront pas Ă©conomiques ou financiĂšres, mais politiques [
] ». Ces propos d’Alain de Benoist sur Boulevard Voltaire (29 juin) prennent trĂšs prĂ©cisĂ©ment la mesure du « Brexit », Ă©vĂ©nement proprement tellurique dont ce n’est pas le moindre des paradoxes qu’il soit survenu au Royaume-Uni, davantage tournĂ© vers la mer. Le philosophe ne manque d’ailleurs pas de rappeler que les Britanniques « n’auraient, pour commencer, jamais dĂ» entrer [dans l’Union europĂ©enne]. Comme le gĂ©nĂ©ral De Gaulle l’avait bien compris en son temps, l’Angleterre s’est toujours sentie plus proche des États-Unis (le « grand large ») que de l’Europe, oĂč elle n’a cessĂ© de jouer le rĂŽle d’un cheval de Troie atlantiste et dont elle n’a jamais pleinement acceptĂ© les rĂšgles ».

Cela Ă©tant, ce que l’on qualifiera de « tsunami », pour filer la mĂ©taphore sismographique, va entraĂźner une chaĂźne de consĂ©quences aux dimensions multiples, bien que contrastĂ©es, tant sur le plan gĂ©opolitique que diplomatique ou de la politique intĂ©rieure des États. À l’évidence, la tectonique des plaques europĂ©enne connaĂźt une activitĂ© qui n’est pas prĂšs de ralentir. On en voudra pour preuve – Ă  l’heure oĂč la Slovaquie va assumer la prĂ©sidence tournante du Conseil de l’UE – les soubresauts du groupe de ViĆĄegrad (lequel regroupe la Pologne, la Hongrie la RĂ©publique TchĂšque et la Slovaquie, tous initialement opposĂ©s au « Brexit ») rĂ©clamant, rien moins, qu’une « rĂ©forme complĂšte de l’UE et de ses institutions » : « Les institutions de l’Union europĂ©enne doivent se limiter Ă  leurs missions et leurs mandats », estiment les quatre pays dont certains ministres des affaires Ă©trangĂšres – Ă  l’instar du Polonais, Witold Waszczykowski – exigent mĂȘme la dĂ©mission du prĂ©sident de la Commission europĂ©enne, Jean-Claude Junker.

Mais les secousses du « Brexit » ont Ă©tĂ© Ă©galement ressenties outre-Atlantique. On se souviendra que dans les semaines prĂ©cĂ©dant le rĂ©fĂ©rendum, la Maison-Blanche avait Ă©mis la plus expresse opposition au scĂ©nario de la sortie britannique de l’UE, Barack Obama soulignant qu’il revĂȘtait une « question d’intĂ©rĂȘt profond pour les États-Unis » (Boulevard Voltaire, 23 avril). Sous-entendu, dans la perspective d’un gouvernement mondial que prĂ©figurerait le futur Partenariat transatlantique sur le commerce et l’investissement (TTIP) en cours de nĂ©gociation avec l’UE, un « Brexit » fermerait Ă  Washington une considĂ©rable fenĂȘtre de tir sur les intĂ©rĂȘts proprement europĂ©ens. Aussi, le Bureau ovale vient-il d’annoncer que parallĂšlement aux discussions engagĂ©es avec Bruxelles sur le TTIP, un accord bilatĂ©ral serait Ă©galement menĂ© avec Londres. Reste Ă  savoir quel rĂŽle vont jouer les investisseurs ultralibĂ©raux et autres financiers apatrides de la City dans une affaire qui, finalement, pourrait bĂ©nĂ©ficier aux « anti-Brexit » europĂ©istes, de part et d’autre de la Manche, la ratification du TTIP pouvant, Ă  l’occasion, faire office de second rĂ©fĂ©rendum
 mais, bien sĂ»r, sans le peuple, cette fois.

De ce cĂŽtĂ©-ci du Channel, les mĂ©dias, grands faiseurs d’opinion, ne cessent de claironner que « la question europĂ©enne » sera indubitablement au cƓur de l’élection prĂ©sidentielle de 2017. AssurĂ©ment, le « Brexit » aura remis le Front national et sa prĂ©sidente, Marine Le Pen, sur le devant d’une scĂšne politique que d’aucuns, dans son entourage, considĂ©raient jusqu’alors comme morose, certains doutant mĂȘme de la stratĂ©gie mariniste. Belle aubaine pour le SystĂšme. Hollande pourra jouer la corde raciste et xĂ©nophobe du « Franxit » lepĂ©niste, tout en plaidant Ă©videmment pour un nouveau traitĂ© europĂ©en ce qui ruinera les argumentaires passablement Ă©culĂ©s des tĂ©nors dĂ©jĂ  Ă©puisĂ©s de la droite dite « rĂ©publicaine ». Toutefois, abordĂ©e sous l’angle exclusivement Ă©conomique et technique, la question europĂ©enne n’en sera que plus escamotĂ©e tandis que les questions tout aussi cruciales que l’immigration-invasion, la perte identitaire ou la politique intĂ©rieure seront Ă©voquĂ©es sur le mode mezza-voce.

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