Nous traversons comme toujours une vague de grĂšves et de chaos en France, et je ne sais pourquoi on pleurniche ici ou lĂ  en Ă©voquant la dĂ©cadence. Cette derniĂšre est arrivĂ©e bien avant François Hollande et bien avant les annĂ©es 1970 chĂšres Ă  Éric Zemmour. De plus, on fait des « citoyens » français des victimes de cette dĂ©cadence alors qu’ils en ont toujours Ă©tĂ© depuis 1789, 1870 ou mai 1968, les collaborateurs infatigables.

La doxa de droite qui fait des Français des victimes se trompe – Ă  moins que sa mauvaise foi ne se manifeste ici que pour attirer un gibier Ă©lectoral encore trop rĂ©tif. Car que ne fera pas l’électeur français pour montrer son Ă©ternel rĂ©publicanisme, son pĂ©renne attachement au fiscalisme ou son refus citoyen du racisme !

Voici ce qu’écrit Gustave le Bon en 1910, juste aprĂšs une Ă©norme et retentissante grĂšve de postiers qui avait terrorisĂ© les politiques d’alors : « L’histoire lamentable de la grĂšve des postiers rĂ©vĂ©la Ă  quel point nos gouvernants, un peu trop dĂ©pourvus de gĂ©nie, peuvent ĂȘtre terrifiĂ©s par les moindres spectres. »

Le Bon dĂ©crit une conversation avec un industriel allemand. L’Allemagne Ă©crase dĂ©jĂ  la France Ă©conomiquement, et le businessman ne mĂąche pas ses mots : « Vous descendez rapidement au dernier rang des peuples, aprĂšs avoir Ă©tĂ© au premier. Vous devenez une petite nation repliĂ©e sur elle-mĂȘme, Ă©crasĂ©e d’impĂŽts, ne subsistant qu’à force d’économies et de privations, et de plus en plus incapable de s’offrir le luxe d’avoir des enfants. »

La rĂ©publique fit exploser le nombre de fonctionnaires, de voies ferrĂ©es et de colonies coĂ»teuses, sanglantes et inutiles. Le Bon dĂ©crit cette involution dans sa Psychologie politique. Ce n’est pas pour rien que Bismarck se vantait d’avoir tout fait pour que la France demeurĂąt une RĂ©publique ; car la rĂ©publique des parlementaires, des fonctionnaires, des syndicats et des « chĂ©quards » allait se charger de crĂ©er une Gaule Ă  notre mesure.

Le Bon annonce mĂȘme que nous ne garderons pas l’AlgĂ©rie. Voici pourquoi selon lui : « Tous les musulmans considĂšrent que notre Ă©ducation rend les musulmans ennemis invĂ©tĂ©rĂ©s des EuropĂ©ens, envers lesquels ils ne professaient d’abord qu’indiffĂ©rence. Si l’éducation se gĂ©nĂ©ralisait dans notre colonie mĂ©diterranĂ©enne, le cri des musulmans algĂ©riens serait bientĂŽt : « L’AlgĂ©rie aux AlgĂ©riens ! » »

Car instruction moderne rime partout avec destruction de civilisation.

Un autre qui ne se trompe pas est Jules Verne dans Clovis Dardentor : « Comment se fait-il que l’AlgĂ©rie, avec ses ressources naturelles, ne puisse se suffire Ă  elle-mĂȘme ?


— Il y pousse trop de fonctionnaires, rĂ©pondit Jean Taconnat, et pas assez de colons, qui y seraient Ă©touffĂ©s d’ailleurs. »

Nous pataugeons dans ce déclin bavard et social depuis 1870, celui du Tartufe prolétarien dont parle Céline. On se consolera en se disant que le candidat Juppé (celui des grÚves de 1995) se fera élire en promettant la réforme des institutions et de la fiscalité.

 

(1) Psychologie politique et la dĂ©fense sociale, rĂ©Ă©dition chez DĂ©terna, collection « Documents pour l’Histoire », 338 pages.