La base d’un empire – toujours multiculturel – est de conquĂ©rir des territoires et de transfĂ©rer des populations pour les contrĂŽler(1). C’est maintenant ce que l’on fait en Europe. Il faut amener des colons, et remplacer les populations rĂ©tives qui sont dominĂ©es – ou se laissent mourir. Car comme le remarque Madison Grant dans son Passage d’une grande race, une immigration non dĂ©sirĂ©e doit Ă©teindre la natalitĂ© dans les pays nouvellement conquis ou occupĂ©s. C’est comme cela que le Wasp a commencĂ© Ă  disparaĂźtre en AmĂ©rique du Nord dans les annĂ©es 1890.

La tactique est toujours la mĂȘme. Car grand remplacement rime avec dĂ©placement. On citera Tocqueville qui Ă©crivait d’ailleurs Ă  propos des Indiens : « En affaiblissant parmi les Indiens de l’AmĂ©rique du Nord le sentiment de la patrie, en dispersant leurs familles, en obscurcissant leurs traditions, en interrompant la chaĂźne des souvenirs, en changeant toutes leurs habitudes, et en accroissant outre mesure leurs besoins, la tyrannie europĂ©enne les a rendus plus dĂ©sordonnĂ©s et moins civilisĂ©s qu’ils n’étaient dĂ©jĂ . »

Les observations de Tocqueville sur le devenir des minorités US sont admirables.

Et j’en viens au cher Machiavel(2). J’ignore si ce dernier connaissait le procĂ©dĂ© contemporain et inca du mitmac (remplacement de population justement en cas de conquĂȘte), mais il savait comment s’y prenaient les petits princes mixĂ©s de tyrans grecs de la rĂ©pugnante « Renaissance ».

Et cela donne : « Pour conserver une conquĂȘte
 Le meilleur moyen qui se prĂ©sente ensuite est d’établir des colonies dans un ou deux endroits qui soient comme les clefs du pays : sans cela, on est obligĂ© d’y entretenir un grand nombre de gens d’armes et d’infanterie. »

Oui, mieux vaut des « rĂ©fugiĂ©s » que des gens d’armes pour assurer l’ordre. D’autant que l’on peut comme en Allemagne nommer ces rĂ©fugiĂ©s policiers : ils empĂȘcheront les machos allemands de violer leurs compatriotes, m’a dit une gauchiste espagnole vivant Ă  Bamberg.

Et Machiavel ajoute avec le cynisme sucrĂ© qui caractĂ©rise sa prose : « L’établissement des colonies est peu dispendieux pour le prince ; il peut, sans frais ou du moins presque sans dĂ©pense, les envoyer et les entretenir ; il ne blesse que ceux auxquels il enlĂšve leurs champs et leurs maisons pour les donner aux nouveaux habitants. Or, les hommes ainsi offensĂ©s n’étant qu’une trĂšs faible partie de la population, et demeurant dispersĂ©s et pauvres, ne peuvent jamais devenir nuisibles ; tandis que tous ceux que sa rigueur n’a pas atteints demeurent tranquilles par cette seule raison ; ils n’osent d’ailleurs se mal conduire, dans la crainte qu’il ne leur arrive aussi d’ĂȘtre dĂ©pouillĂ©s. »

La lĂąchetĂ© et le refus de s’informer font partie du complot. Comme dit McLuhan, le pĂšre du village global, « les plus grands secrets sont gardĂ©s par l’incrĂ©dulitĂ© publique ! »

Notes

(1) Voyez les Ă©crits de la stratĂšge US Kelly Greenhill sur la question.

(2) Le Prince, chapitre III.