5 novembre 2018

« Au nom du peuple français ! »

Par Jean-Pierre Brun

À un adolescent qui découvre qu’un jugement est rendu au nom du peuple français, j’explique l’origine de la formule et sa présence, depuis 1848, sur le sceau officiel de la République, le très symbolique « Grand Sceau de France ».

Grand Sceau de France

Que de décisions prises au nom de ce peuple français. Pour autant, le citoyen en a-t-il vraiment conscience ? Et d’ailleurs est-il capable de définir cette entité qui serait souveraine ? Pourquoi ne pas interroger le garçon qui m’accompagne. Sa réponse toute spontanée ne manque pas d’un intérêt certain.

« Le peuple français c’est l’ensemble des électeurs qui élisent leurs représentants. Vous nous avez élus, nous agissons donc en votre nom. Pareil pour les fonctionnaires de l’État auxquels ont été délégués leurs pouvoirs ».

La jeunesse et ses certitudes sont réellement rafraîchissantes, mais n’est-ce pas pour autant un peu réducteur ?

Une fois de plus l’usage immodéré d’un terme banalise le concept qu’il représente au point de lui faire perdre sa vraie valeur. Revenons donc à l’essentiel. Qu’est-ce que le peuple ?

Pour Jacques Bainville « Le peuple français est mieux qu’une race, c’est une nation ». C’est ce qui permet à Romain Gary de préciser son improbable appartenance : « Je n’ai pas une seule goutte de sang français mais la France coule dans mes veines. »

Michelet dans l’une de ces envolées lyriques dont il a le secret, nous assène une formulation qui peut nous prendre de court : « L’Angleterre est un empire, l’Allemagne un pays, la France est une personne ». Ainsi pourrait-on en déduire la possible filiation de son peuple. Mais alors si la France est mère, qui a bien pu la féconder ? Il y a belle lurette que l’hypothèse d’une génération spontanée a été abandonnée. Alors !

Pourquoi ne pas recourir à un ADN qui servirait alors de marqueur ? C’est d’ailleurs bien à un marqueur que semble se référer Sylviane Agacinski-Jospin lorsque, dans une profession de foi, elle affirme l’existence d’une espèce d’atavisme national qu’il conviendrait de neutraliser : « Notre époque doit apprendre à se libérer du passé… L’oubli du passé de leurs parents est un droit des jeunes générations ».

Tout comme certains prétendre inscrire dans la constitution le droit à l’avortement ou à l’enfant, pourquoi ne pas institutionnaliser le droit à l’oubli ? Est-ce bien raisonnable quand on sait que certaines amputations laissent des séquelles psychologiques irrémédiables. D’ailleurs cette ablation a-t-elle une quelconque efficacité ? Fustel de Coulanges en doute fortement : « Le passé ne meurt jamais complètement pour l’homme. L’homme peut bien l’oublier, mais il le garde toujours en lui ».

Ne dit-on pas que le membre amputé continue de démanger son propriétaire ? C’est ce que les spécialistes nomment curieusement « douleur fantôme ». Pour ceux qui prétendent que la Révolution a fait table rase du passé, les fantômes de Louis XVI et de Marie-Antoinette, ceux de Nicolas II et des siens, n’en finissent pas de hanter les palais républicains. Voilà qui n’a pas échappé à Ernest Renan, lui qui fustige le contresens d’esprits prétendument d’avant-garde : « Les vrais hommes de progrès sont ceux qui ont pour point de départ un respect profond du passé ».

La philosophe Simone Weil l’a bien compris, elle qui affirme que « L’enracinement est peut-être le besoin le plus important et le plus méconnu de l’âme humaine ». Ce que confirme le paradoxe bien américain : « Le déracinement déracine tout sauf le besoin de racines ».

On comprend mieux le travail de sape des agents du mondialisme opérant dans la sphère de l’Éducation nationale. Ils s’emploient à nécroser les programmes scolaires de l’histoire. Moins incultes qu’ils ne le laissent supposer, ils ont bel et bien lu Fustel de Coulanges (« Le véritable patriotisme n’est pas l’amour du sol mais l’amour du passé »), Fernand Braudel (« Le présent est fait à 90 % du passé »), Maurice Druon (« Le maintien du souvenir est un devoir envers l’avenir ») et combien d’autres…

Quoi qu’il en soit avant de conclure cette chronique qui de fait concerne tous les membres, amputés ou non, de notre Europe millénaire, pourquoi ne pas solliciter à la veille du « Brexit » un sujet de sa gracieuse majesté ou si vous préférez un insupportable rejeton de la perfide Albion, ce prince reconnu du paradoxe, Chesterton : « De toutes les raisons de mon scepticisme devant cette habitude moderne de tenir les yeux fixés sur l’avenir, il n’est pas plus forte que celle-ci : tous les hommes qui, dans l’histoire, ont eu une action réelle sur l’avenir avaient les yeux fixés sur le passé. C’est ainsi que l’homme doit toujours – pour quelle étrange raison ? – planter son verger dans un cimetière. L’homme ne peut trouver la vie que chez les morts ».

Et n’oublions jamais la règle d’airain de la concordance des temps. Sans elle nous risquerions alors de voir se substituer au passé composé un futur décomposé, après avoir subi un présent conditionnel difficilement conjugable avec les aspirations charnelles du peuple français.

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