22 avril 2019

Maurras ou la légitimité assise sur l’autorité

Par Aristide Leucate

Existe-t-il une théorie typiquement, originalement, authentiquement maurrassienne de l’autorité ? Plus précisément, Maurras, a-t-il édifié, proprio motu et pro domo, une doctrine singulière de l’autorité ? Sans doute est-il hardi d’affirmer que le Martégal sut – et eut même comme ambition ou objectif de – forger sa propre notion de l’autorité, là où tant d’autres avant lui, de Platon à Hobbes, d’Aristote à Locke, de Machiavel à Max Weber, s’y sont essayés au point d’y consacrer l’effort intellectuel de toute une vie.

Charles Maurras sur la terrasse de son jardin.

Charles Maurras sur la terrasse de son jardin.

À vrai dire, Maurras n’a jamais prétendu apporter sa plus petite pierre à un édifice politique et philosophique qui lui préexistait en majesté depuis l’Antiquité. L’autorité coulait de source en ce que nul ordre politique ne peut valablement durer et perdurer s’il ne repose sur ce minimum minimorum vital. Comme l’écrit le philosophe Chantal Delsol, « l’autorité est indispensable à toute société ordonnée » [1].

Maurras ne cherche donc pas à inventer ce qui existe déjà et reprend à son compte les acquis d’un terrain conceptuel préalablement et antérieurement défriché. Mieux, l’écrivain rattache sa conception de l’autorité aux données de l’expérience l’amenant ainsi à constater que « l’autorité est ». Cette autorité est déduite de l’empirisme organisateur, seule voie d’accès méthodologique à une certaine vérité politique.

L’on commencera par définir le concept d’autorité en affirmant d’emblée qu’elle relève d’une aptitude davantage que d’une institution donnée même si celle-ci peut avantageusement contribuer à en accentuer les traits ou en amplifier la portée. De facto, l’autorité se révèle dans sa pleine lumière lorsqu’elle est dirigée vers ceux sur lesquels elle est censée s’exercer. L’autorité suppose donc un rapport de domination mais elle jaillit moins de celui qui en est apparemment la source que de cette confrontation entre un supérieur et des subordonnés. Pour le dire autrement, ces derniers peuvent reconnaître le premier comme doué naturellement d’autorité (charisme) quand celui-ci peut, au contraire, chercher à l’imposer en réclamant, en raison, une obéissance qui ne viendrait pas spontanément.

Dans l’ordre politique, « alors que le pouvoir repose sur la légalité, l’autorité repose sur la légitimité, c’est-à-dire l’acceptation » affirme Chantal Delsol[2]. Cette acceptation fait, dans notre propos, figure de résignation. Mais s’incliner devant l’autorité, consentir, bon gré mal gré, à celle-ci s’est également consentir à être obéi, se résoudre au commandement, comme l’observait Aristote : « c’est donc là l’autorité politique à laquelle le futur magistrat doit se former en obéissant d’abord lui-même, de même qu’on apprend à commander un corps de cavalerie, en étant simple cavalier ; à être général, en exécutant les ordres d’un général ; à conduire une phalange, un bataillon, en servant comme soldat dans l’une et dans l’autre. C’est donc dans ce sens qu’il est juste de soutenir que la seule et véritable école du commandement, c’est l’obéissance. » [3]

En d’autres termes, commandement et obéissance sont inhérents à la société, « l’autorité politique est une exigence coextensive à la société, que l’on ne peut remettre en cause sans remettre en cause la société elle-même », observe encore Chantal Delsol. [4]

C’est dans cette perspective aristotélicienne que doit se comprendre l’autorité selon Maurras. Fait social naturel, elle ne dépend d’aucun contrat, puisqu’elle est antérieure à l’homme, non pas chronologiquement mais parce que le surplombant comme le premier des déterminismes politiques. Telle est la nature maurrassienne de l’autorité fondée sur l’animalité sociale de l’homme. Ce faisant, l’autorité poursuit une fin qui est celle de l’ordre social. L’autorité ne se conjugue pas au despotisme des modernes mais à la liberté des anciens, voire aux libertés traditionnelles. Chez Maurras, l’autorité est une propriété de nature proprement ontologique. Elle participe de l’essence de l’homme. Elle est, dans son dessein plus large, la politique naturelle. Il suffit, pour s’en convaincre, de relire et méditer son indépassable « politique naturelle ».

L’autorité est un bienfait qui ne déploie ses effets que sous le couvert d’une inégalité protectrice à l’abri de laquelle s’épanouit toute liberté humaine. L’ordre social n’est légitime que dans la mesure où l’autorité assure la première de ses missions, celle de la justice. Tournée vers le salut public, elle peut prétendre à sa légitime dignité.

On peut tenter ici d’exposer les trois fonctions reconstruites de l’autorité, telles qu’appréhendées par Maurras dans son œuvre. D’une part, l’ordre social, principale finalité de l’autorité, ne peut tolérer des ferments de désordres. D’où, le rejet des États dans l’État, que l’on dénommerait aujourd’hui « communautarismes ». D’autre part, l’ordre étant le contraire de l’anarchie, l’autorité ne peut être que fondée en raison et non sur le sentimentalisme romantique. Enfin, l’autorité ne sera pleinement légitime (acceptée) que si l’ordre politique est décentralisé, attendu que le fédéralisme est la métonymie des libertés. Autorité et liberté vont donc nécessairement de pair. Dans cette optique, Maurras assignait à l’autorité deux fonctions concomitantes, leur pleine et entière réalisation constituant le préalable à l’exercice des libertés réelles.

L’autorité bien comprise ne peut s’accommoder d’avatars concurrents, au risque de s’affaiblir et de manquer sa cible. De la même façon, ne peut-elle que s’accorder sur des réalités, loin de tout sentimentalisme romantique. L’autorité en haut, les libertés en bas. Par cet aphorisme, Maurras résumait sa conception de toujours de la France monarchique : « C’est au second étage de l’hôtel de ville de Martigues, en feuilletant les vieux registres des archives municipales, que j’ai appris à rendre justice à notre passé. […] C’est là que je me suis senti être définitivement ce que j’avais toujours été : républicain municipal, fédéraliste provincial et, pour la direction de la Patrie française, très passionnément royaliste… » [5].

Notes

(1) L’autorité, PUF, Paris, 1994, p. 24.

(2) L’autorité, op.cit., p. 26.

(3) Politique, III, 4, 1277 b.

(4) L’autorité, op.cit., p. 55.
(5) L’Étang de Berre, Librairie ancienne Édouard Champion, Paris, 1920, p. 44.

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