12 septembre 2018

La haine molle…

Par Nicolas Bonnal

Le Français a tout subi de la République : la révision de son histoire, le culte abrutissant de ses grands hommes (avenue Jaurès-Clemenceau-Ferry-Gambetta, etc.), le déclin économique, démographique, social (qui a préparé le « grand remplacement » qui n’existe pas – comme notre histoire !), mais aussi le déshonneur de Vichy, le massacre des guerres, les humiliations coloniales et l’effondrement culturel et moral. Aujourd’hui la république nie la notion de patrie (un texte paru dans Le Figaro valut un procès à Jean Raspail) et de culture française, et les Français modernes s’en moquent, ayant mieux à faire cet été sur les plages atlantiques, tous serrés, tous grillés, tous sautillant, tous surfant, avec plusieurs noyés à la clé ; normal quand on a le QI d’un républicain.

royaliste

Céline, encore et toujours : « Et les Français sont bien contents, parfaitement d’accord, enthousiastes.

Une telle connerie dépasse l’homme. Une hébétude si fantastique démasque un instinct de mort, une pesanteur au charnier, une perversion mutilante que rien ne saurait expliquer sinon que les temps sont venus, que le Diable nous appréhende, que le Destin s’accomplit ».

Et de remarquer : « Les Français ils sont tout consentants, ils sont enthousiastes d’être battus, écrabouillés, dépecés vifs… »

Par les Anglais, puis par les Allemands à qui ils obéissent plus que respectueusement. Sus à Poutine maintenant en attendant la Chine qui menace avec la Russie notre liberté…

Une question nous taraude : pourquoi le Français a-t-il renoncé à la monarchie qui avait fait de notre patrie la reine des nations pour devenir une petite succursale euro-américaine coincée entre la peur du gendarme, le bâton du fisc et la carotte de la société festive ?

Il faut encore relire Tocqueville. Une poignée d’aristocrates de la pensée ont alors en France comme en Amérique compris à quelle sauce l’homme dit moderne se ferait désosser. Chateaubriand, Emerson, Balzac, et la dizaine d’autres qui prévoyaient la dictature de la canaille (Poe).

Tocqueville dans ses Souvenirs nous annonça la douleur : «… une seule passion reste vivace en France : c’est la haine de l’Ancien Régime et la défiance contre les anciennes classes privilégiées, qui le représentent aux yeux du peuple ».

Notre grand analyste, qui était alors ministre des Affaires étrangères, reconnaît que « la république était sans doute très difficile à maintenir », mais aussi qu’elle est « assez difficile à abattre. La haine qu’on lui portait était une haine molle, comme toutes les passions que ressentait alors le pays ».

Tocqueville voit que ce pays de ratés ne changerait plus pour la raison suivante : « D’ailleurs, on réprouvait son gouvernement sans en aimer aucun autre. Trois partis, irréconciliables entre eux, plus ennemis les uns des autres qu’aucun d’eux ne l’était de la république, se disputaient l’avenir. De majorité, il n’y en avait pour rien. »

Alexis de Tocqueville découvre alors que si médiocre qu’elle soit, la république est bonne pour le Français. Et voici pourquoi : « Je voulais la maintenir, parce que je ne voyais rien de prêt, ni de bon à mettre à la place. L’ancienne dynastie était profondément antipathique à la majorité du pays. Au milieu de cet alanguissement de toutes les passions politiques que la fatigue des révolutions et leurs vaines promesses ont produit, une seule passion reste vivace en France : c’est la haine de l’Ancien Régime et la défiance contre les anciennes classes privilégiées, qui le représentent aux yeux du peuple. »

Un des drames, en effet, de notre histoire moderne est que la nullité des élites républicaines, malhonnêtes oligarchies qui nous menèrent aux désastres militaires, aux humiliations coloniales, à la gabegie économique et au déclin démographique et culturel, ne suscitera jamais autant de haine et de ressentiment des masses (ces masses libérées en 1789 et aussitôt condamnées à cent jours de travail de plus par la loi Le Chapelier de 1791) que la vieille noblesse que Bonald ou de Maistre défendirent sous les ricanements.

Car on n’a pas besoin de la télé pour les mener par le bout du nez, ces masses… Et leur excitation, vaine et souvent manipulée, reflète en fait leur inertie profonde.

Et Tocqueville d’ajouter : « Je pensais donc que le gouvernement de la république, ayant pour lui le fait et n’ayant jamais pour adversaires que des minorités difficiles à coaliser, pouvait se maintenir au milieu de l’inertie de la masse, s’il était conduit avec modération et avec sagesse. »

Modération et sagesse qui nous mèneront au coup d’État de 1851, à la guerre prolongée de 1871, aux hécatombes de 1914, à la raclée de 1940, aux déculottées coloniales et aujourd’hui à l’anéantissement par le minotaure euro-américain.

Et en pensant à l’impopularité fatigante des Macron, Sarkozy et Hollande, on répétera la phrase du maître : « La haine qu’on lui portait était une haine molle, comme toutes les passions que ressentait alors le pays. »

Sources

Alexis de Tocqueville – Souvenirs (Gutenberg.org).

Nicolas Bonnal – Comment les Français sont morts ; Louis-Ferdinand Céline, le pacifiste enragé (Amazon.fr).