30 mars 2016

Pourquoi De Gaulle avait peur du mondialisme de Roosevelt

Par Nicolas Bonnal

Dans ses Mémoires de guerre, le Général entrevoit et dénonce la mondialisation, le déclin de l’Europe, la fin des empires coloniaux, la liquidation du millénaire État-nation, liquidation à laquelle nos élites ou supposées telles ont depuis pris une si joyeuse part. C’est d’ailleurs pour cela que le Général De Gaulle ne cesse de vouloir se rapprocher de la Russie.

Le Général sous-entend que la menace, c’est Roosevelt. Le futur ordre mondial sera basé sur le dollar, la fin des frontières et aussi sur la le modèle américain. Roosevelt, porte-parole des élites hostiles, lui explique en souriant que « la race blanche est dans une situation critique en Asie » (aujourd’hui elle l’est en Europe comme en Amérique !).

L’ubris (l’orgueil) américaine est une donnée permanente. Roosevelt sait qu’il a gagné le Monde grâce à cette inutile guerre européenne qu’il a inspirée sans la livrer. Voici ce qu’écrit le Général : « Dès lors que l’Amérique faisait la guerre, Roosevelt entendait que la paix fût la paix américaine, qu’il lui appartînt à lui-même d’en dicter l’organisation, que les États balayés par l’épreuve fussent soumis à son jugement, qu’en particulier la France l’eût pour sauveur et pour arbitre. »

De Gaulle souligne ensuite l’instinct dominateur américain : « Les États-Unis, admirant leurs propres ressources, sentant que leur dynamisme ne trouvait plus au-dedans d’eux-mêmes une assez large carrière, voulant aider ceux qui, dans l’univers, sont misérables ou asservis, cédaient à leur tour au penchant de l’intervention où s’enrobait l’instinct dominateur. »

Cet instinct aboutira à la fin de notre indépendance : « Cependant, devant l’énormité des ressources américaines et l’ambition qu’avait Roosevelt de faire la loi et de dire le droit dans le monde, je sentais que l’indépendance était bel et bien en cause. »

Quand il rencontre Roosevelt à Washington (ce dernier se permettra de lui donner une photo dédicacée !), le Général fait quand même part de son inquiétude au super-grand homme : « En tenant l’Europe de l’Ouest pour secondaire, ne va-t-il pas affaiblir la cause qu’il entend servir : celle de la civilisation ?… Sa conception me paraît grandiose, autant qu’inquiétante pour l’Europe et pour la France (…) Passant d’un extrême à l’autre, c’est un système permanent d’intervention qu’il entend instituer de par la loi internationale » (Mémoires de Guerre, tome 2 et 3).