D’inspiration plus hitlĂ©rienne que mussolinienne[1], leur « fascisme sans chef », comme le souligne Paul SĂ©rant, dĂ©passait pourtant ces deux sources, non pas sous la forme d’une synthĂšse artificielle et bancale, mais sous les rets vifs d’une rĂ©volte incandescente contre la mĂ©diocritĂ© crasse de leur Ă©poque. Les « cathĂ©drales de lumiĂšre » des nuits walpurgiennes de Nuremberg les ont Ă©blouis, leur faisant entrevoir, pour certains, la promesse dĂ©miurgique d’une Europe qui serait dĂ©finitivement Ă©purĂ©e de ses tares, de ses vices et de toute la gigantesque et affligeante plĂ©thore des imbĂ©ciles.

Paul SĂ©rant.

Paul SĂ©rant.

François Bousquet a encore mille fois raison de prĂ©ciser qu’ils furent des fascistes intĂ©graux : intĂšgre avec leur Ă©thique, entier dans leurs actes de plumes. « Fascistes, ils le furent jusqu’au bout, et on ne peut comprendre leur itinĂ©raire si on oublie le substrat romantique, fĂ©odal, prĂ©moderne, aristocratique et antimatĂ©rialiste qui les a conduits Ă  faire ce choix ». Et l’on ajoutera Ă©litiste, anti-bourgeois, anticapitaliste, guerrier, viril, vitaliste et juvĂ©nile.

Brasillach et Rebatet avaient tournĂ© le dos Ă  l’Action française de Maurras, l’un la considĂ©rant comme aimable, mais tiĂ©dasse, l’autre la vouant aux gĂ©monies acides de « l’inaction française » et ils furent les seuls avec Drieu La Rochelle Ă  se dĂ©clarer fascistes, quand ChĂąteaubriant, germanolĂątre en diable, opta pour le national-socialisme, tandis que « ni Abel Bonnard, ni CĂ©line ne revendiquĂšrent l’une ou l’autre de ces doctrines », relĂšve SĂ©rant.

Tous furent animĂ©s du souci ardent de rĂ©nover leur pays, entreprise qui passait obligatoirement, pour certains comme Rebatet, ChĂąteaubriant ou Drieu, par une collaboration Ă©troite avec l’Allemagne nationale-socialiste. Mais chacun de son cĂŽtĂ© dĂ©veloppait sa propre « Weltanschauung » fasciste. Brasillach en faisait « la poĂ©sie mĂȘme du XXe siĂšcle ». Pour Drieu, « le ‘‘fascisme’’ a Ă©tĂ© le camouflage merveilleusement efficace d’une grande poussĂ©e sociale petite-bourgeoise (furieusement romantique comme tout ce qui est sorti et sort encore de la petite bourgeoisie tant qu’elle n’est pas morte), qui Ă©tait l’avant-garde et la vĂ©ritable entrĂ©e en scĂšne de la poussĂ©e socialiste ». Tout Ă  sa rage misanthropique, CĂ©line, fonciĂšrement pessimiste tandis qu’avec effroi et colĂšre pressentait-il la seconde guerre civile europĂ©enne advenir Ă  grands pas, conjecturait avec prescience que « le pays sera de toute maniĂšre anĂ©anti par la disparition des Français. [
] De nous, si le mot ‘‘merde’’ subsiste ça sera bien joli. »

ProphĂ©tique, il ajoutera, plus tard : « Il n’y a pas de lendemains qui chantent pour la race blanche. Elle a trop fait chier le monde et le monde va la faire chier [2] ». ChĂąteaubriant en tenait, lui, pour un authentique fascisme organique et lyrique que cĂ©lĂ©brait sa flamboyante Gerbe des forces – dĂ»t-il en revenir par la suite. Bonnard, en des termes toujours actuels, fustigeait les « modĂ©rĂ©s », « ces gens qui, paralysĂ©s par la honte de ce qu’ils reprĂ©sentent malgrĂ© eux, s’empressent toujours de dĂ©nigrer les leurs et de faire l’éloge de leurs adversaires ». Quant Ă  Rebatet, ce « cacographe maniaque, nabot impulsif et malsain » selon Maurras torpillant l’auteur de ce brĂ»lot anti-maurrassien – mais pas seulement – que furent Les DĂ©combres, son anti-dĂ©mocratisme rougeoyait Ă  l’ñtre de « l’EspĂ©rance fasciste ».

Une fois refermĂ© ce brillant condensĂ© anthologique de fascisme politique et littĂ©raire, l’on se perd dans un abĂźme de mĂ©ditations. Au nom de quel dogme rĂ©vĂ©lĂ© dĂ©crĂ©terait-on que notre prĂ©sent n’emprunterait en rien quelques-uns de ses rictus grimaçants Ă  ce passĂ© qu’il renie (« Vichy n’est pas la France ») aussi sĂ»rement qu’il en est son rejeton le plus incontestable ?

Les modĂ©rĂ©s sont toujours lĂ , plus mous et plus veules que leurs devanciers, la petite bourgeoisie s’est boboĂŻsĂ©e, la « merde » a droit de citĂ©. Le monde africain conteste son leadership Ă  la race blanche dans son propre foyer. Rome n’est presque plus dans Rome quand Berlin dĂ©verse sur l’Europe des contingents dantesques d’immigrants, nouveaux Panzers de son impĂ©rialisme compassionnel.

Alors, il nous revient immanquablement Ă  l’esprit cette proclamation programmatique de Sanders dans Le Hussard Bleu de Roger Nimier : « quand les habitants de la planĂšte seront un peu plus difficiles, je me ferai naturaliser humain. En attendant, je prĂ©fĂšre rester fasciste, bien que ce soit baroque et fatigant ».

Notes

(1) Brasillach, Bonnard et Drieu effectuĂšrent le voyage en Allemagne en octobre 1941 au CongrĂšs intellectuel de Weimar, Ă  l’invitation du Dr Goebbels. ChĂąteaubriant s’y rendra Ă  plusieurs reprises, en 1935, en mai 1937, en aoĂ»t 1938, en 1944.

(2) Entretien accordĂ© Ă  L’Express, le 14 juin 1957.

Le Romantisme fasciste de Paul SĂ©rant (Éditions Pierre-Guillaume de Roux).

Le Romantisme fasciste de Paul SĂ©rant (Éditions Pierre-Guillaume de Roux).

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