14 mai 2017

Esclavage : mais de qui se moque-t-on ?

Par Philippe Joutier

 

François Hollande et Emmanuel Macron ont donc commémoré ensemble le 10 mai, date officielle, l’abolition de l’esclavage Mais c’est encore insuffisant : une nouvelle date, le 23 mai viendra peut-être en remettre une couche. Celle-ci serait, apparemment pour les victimes de l’esclavage colonial, en clair, les noirs. L’initiative est réclamée par Serge Romana, qui se définit lui-même comme « entrepreneur mémoriel » (sic !).

Rappelons que cette commémoration du 10 mai date de 1998, année fêtée en grande pompe pour marquer les 150 ans de l’abolition de l’esclavage. Mais, et c’est là que ça devient intéressant, abolition par qui ? Pas par tout le monde !

Le désir de nous afficher coupables pour pouvoir mieux convaincre de notre objectivité, aboutit à en faire un peu trop et à pratiquer une surenchère mortifère dans la contrition. L’esclavage en est un bon exemple qui constitue un paradoxe savoureux : alors que l’islam le cautionne et le revendique dans le Coran, donc évidemment, ne l’a jamais aboli et le pratique encore et sans états d’âme, notamment en Arabie saoudite ou en Mauritanie, qui se frappe la poitrine ? L’occident ! L’occident qui s’en voit accusé et qui est sommé de s’en excuser ! Pourtant la plus grande traite esclavagiste des noirs africains est celle des arabo-musulmans selon l’anthropologue Tidiane N’Daye. Ce chercheur spécialisé dans l’histoire et l’anthropologie des civilisations négro-africaines a fait son entrée au laboratoire d’anthropologie sociale Claude Lévi-Strauss, du Collège de France.

Il est le premier chercheur africain dont les travaux (Traite négrière arabo-musulmane, Le génocide voilé, à propos de la traite arabe) ont été nominés au Prix Renaudot de l’essai en 2008.

Tidiane N’Daye assimile même cette traite à un génocide car il mentionne un principe soigneusement occulté : celui de la castration systématique appliquée par les mahométans, turcs ou arabes, pour que les populations noires ne puissent faire souche là où on les exploitait.

En face de ces faits, voilà une autre version intéressante sur l’esclavage : « Je le répète, je suis heureux qu’il n’y ait plus cette institution de l’esclavage dans le monde, mais son autorisation par la loi islamique répondait à un réel besoin humanitaire : […] les esclaves constituaient généralement une sorte de catégorie de personnes déplacées, ayant tout perdu : leur famille, leur foyer, leurs moyens de subsistance ; le maître musulman leur procurait un toit et une protection matérielle. De plus, je suis persuadé qu’il existe des groupements de peuples qui refusent de se réformer, et qui continuent pour pratiquer des mœurs inhumaines ; ne faut-il pas les contraindre en leur fournissant un entourage et un milieu plus sain et plus développé, qui les amènera graduellement à voir leur tort ? […]. J’envisage même un esclavage sous mandat international contre ces monstres s’il y en a. »

L’esclavage, forme éducative de l’humanisme ! On reste subjugué. Mais quel est l’auteur d’une réflexion sociale aussi audacieuse ? Il s’agit de Muhammad Hamidullah, né en 1908 et traducteur de la version du Coran en français la plus répandue. Dénoncer l’esclavage serait renier le Coran et prendre le risque de se retrouver ipso facto avec une fatwa aux fesses. En faire une vertu est nettement moins risqué et rassure puisque finalement l’esclavage c’est pour le bien des gens. Y compris cette castration pratiquée systématiquement. Suffit d’expliquer. Muhammad Hamidullah n’est pas n’importe qui. Salarié en France du CNRS pendant 24 ans comme maître de conférences, il complétait cette activité qui ne l’occupait sans doute pas suffisamment par l’enseignement de la théologie à l’université d’Istanbul. Esprit éclairé, donc.

Soyons justes : les pays colonisateurs se sont conduits de façon abjecte, exploitant jusqu’au trognon les Africains, sans rien leur épargner et dans un mépris total des populations. Jusqu’aux inévitables Pères blancs et consorts qui en échange de soins médicaux imposaient la culture occidentale et le bonheur aux indigènes à coups d’évangélisation forcée. Donc le mythe du colonisateur altruiste s’effondre, allons-y pour la contrition.

Mais le problème, c’est qu’en face, les peuples musulmans qui en matière de colonisation, de conquêtes, de massacres ou d’esclavage sont mal placés pour donner des leçons, considèrent qu’ils ne doivent rien. Et ce, d’autant que toute cette expiation larmoyante les conforte dans l’idée, qu’après tout, ce n’est que le juste retour des choses. Puisque l’occident et les démocraties aiment tant la repentance, pourquoi les en priver ?

On retrouve ici encore la rupture entre deux paradigmes : celui de la compassion qui postule sa réciprocité et son universalité, et celui de la conquête qui la méprise, la considère comme faiblesse et s’en soucie comme d’une guigne.

Pour l’islam qui reste impénétrable à la contrition, faire ne serait-ce qu’un semblant de mea culpa serait renier cette culture de l’inégalité, celle de du musulman sur le non-musulman, de l’homme sur la femme et du maître sur l’esclave qui constituent les principes directeurs de cette religion et sont communément admis par ses quatre écoles de jurisprudence.

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