6 février 2026

Vers une Europe à plusieurs vitesses ?

Par article conseillé par EuroLibertés

par Germán Gorraiz López, analyste politique

Le Brexit et la victoire de Donald Trump ont marqué la fin du «scénario téléologique» où la finalité des processus créatifs était planifiée par des modèles finis capables d’intermodéliser ou de simuler divers futurs alternatifs,et où l’intention, la finalité et la prévoyance prévalaient. Ce scénario a été remplacé par le «scénario téléonomique», caractérisé par une volatilité extrême qui affectera particulièrement la vieille Europe.

L’Europe traverse ainsi une grave crise d’identité, exacerbée par la victoire du Brexit et par le processus de «balkanisation européenne» orchestré par les États-Unis. Ce processus, à travers des attentats terroristes ciblés, la crise des réfugiés et la montée des aspirations indépendantistes parmi les nations européennes sans État, vise à provoquer des forces centrifuges qui accéléreront la désintégration de l’Union européenne actuelle.

Vers le E6. Le ministre allemand des Finances, Lars Klingbeil, a publiquement défendu l’idée d’une Europe à deux vitesses, impliquant la création d’un groupe central, le E6, composé de l’Allemagne, de la France, de l’Italie, de l’Espagne, de la Pologne et des Pays-Bas. Cela permettrait à ce groupe d’avancer plus rapidement dans des domaines clés tels que la défense, l’intégration industrielle, l’union des marchés de capitaux, le renforcement de l’euro, les chaînes d’approvisionnement et la compétitivité économique, sans avoir à attendre l’unanimité des 27 États membres.

Par ailleurs, la baisse des exportations due à la contraction de la consommation intérieure de l’UE (les échanges entre États membres représentent 60% du volume total de ses échanges), la dévaluation du dollar et l’imposition de droits de douane par Trump renchérissent les produits européens et réduisent leur compétitivité, ce qui affecte particulièrement les pays exportateurs traditionnels comme la Finlande. Cette situation pourrait conduire la Finlande à quitter la zone euro et à former une fédération scandinave (comprenant la Norvège, la Finlande, la Lettonie, l’Estonie et la Lituanie) qui s’articulerait autour de la relation commerciale euro-américaine, marquée par l’ambivalence.

Les autres pays d’Europe centrale et orientale (membres de ce que l’on appelle l’Europe émergente) formeront ce que l’on appelle «l’arc européen de la fracturation hydraulique» qui s’étendrait des pays baltes à l’Ukraine européenne, en passant par la République tchèque, la Slovaquie, la Hongrie, la Roumanie et la Bulgarie. Cette évolution dépendra des technologies d’entreprises américaines comme Chevron et Shell, et un nouveau conflit dans les Balkans ne peut être exclu.

Enfin, nous assisterons à la dissolution progressive de l’UE actuelle en tant qu’entité politique. Les États fédérés d’Europe (Écosse, Flandre, Bretagne, Alsace, Corse, Catalogne, Pays basque, Galice, Padanie, Tyrol du Sud, Irlande du Nord, Cornouailles et Île de Man) profiteront de cette situation pour faire sécession et faire émerger une nouvelle carte géopolitique européenne d’ici 2035. Ils atteindront ainsi l’objectif américain de balkaniser l’Europe afin de garantir que la Vieille Europe demeure un fidèle vassal de l’empire. 

Cet article est paru sur le site de L’Observateur continental.

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