16 décembre 2018

« République turque de Chypre du Nord » : ce pays qui n’existe pas

Par Jean-Claude Rolinat

par Jean-Claude Rolinat.

La RTCN, République turque de Chypre du Nord, vous connaissez ? Cet étrange « OJNI », objet juridique non identifié, a l’aspect d’un Etat, les couleurs d’un Etat, l’administration et la police d’un Etat, mais ce n’est pas un Etat. Tout au moins aux yeux de la communauté internationale, à l’exception de la Turquie et de deux de ses obligés, l’Azerbaïdjan et le Bangla Desh, qui le reconnaissent. Ankara entretient une ambassade à Nicosie nord, tandis que cette dernière « capitale » accrédite un ambassadeur auprès du président Erdogan. L’hypocrisie diplomatique atteint des sommets. De France, il existe bien des vols pour la République turque de Chypre du Nord, mais aucun n’est mentionné comme tel : l’arrivée finale, l’aéroport d’Ercan, n’est nulle part mentionnée, car non reconnue par l’IATA et l’OACI, les « gendarmes » du transport aérien. La difficulté est ainsi tournée : l’étiquette de vos bagages mentionne « Antalya », ville turque de villégiature sur la côte égéenne, mais votre avion continue pour Ercan, comme si de rien n’était.

Un monastère, à Morphou.

Un monastère, à Morphou.

Ce magnifique tour de passe-passe permet à « l’État qui n’existe pas », de recevoir chaque année des centaines de milliers de touristes qui alimentent une industrie touristique de masse, concurrençant allègrement celle de la République de Chypre, sa voisine du sud. Des zones franches et un boom immobilier aidant assurent aux autorités locales une tranquillité d’esprit, d’autant que le grand frère turc est là pour alimenter à hauteur d’environ 60 % le budget gouvernemental. Et le frère ottoman ne s’arrête pas là dans sa générosité intéressée : une gigantesque canalisation sous-marine ravitaille l’île en eau douce venant du Taurus, tandis que 17 000 de ses soldats, au minimum, dissuadent toute tentative sudiste de réunification par la force. Les casernes sont aussi discrètes que les permissionnaires, et il faut un œil aguerri pour discerner, ici ou là, un véhicule camouflé, un porte-char, des tentes à l’ombre d’une végétation abondante, ou encore un militaire sorti de nulle part en train de changer une roue de sa jeep.

Comme des frères jumeaux, les drapeaux turcs et chypriotes turcs – ce dernier déployant un battant blanc frappé de deux bandes horizontales rouges, encadrant un croissant et une étoile à cinq branches de même couleur –, ne flottent jamais l’un sans l’autre, ce qui conforte l’idée que la RTCN est bien plus un protectorat turc qu’un réel Etat indépendant.

Il n’empêche que, si les ambassades étrangères ne se bousculent pas à Nicosie nord (cette ville, double capitale, est le dernier « Berlin d’Europe »), les négociateurs de l’ONU, comme feu Kofi Annan son ex-secrétaire général, doivent en passer par son gouvernement. Depuis l’invasion militaire turque de juillet 1974 et la partition de Chypre en deux entités, toutes les tentatives de réunification ont échoué. Si les Turcs sont favorables au rattachement, sous conditions, de leur Etat à la partie sud avec l’espoir, ainsi, de rejoindre l’Union européenne, les Grecs l’ont refusé par 75,83 % de « non » lors du référendum du 24 avril 2004. L’accord prévoyait un Etat fédéral, bizonal, bicommunautaire. Le sort des troupes turques, comme celui des réfugiés des deux zones, restait en suspens, comme la problématique restitution des terres et des immeubles des réfugiés.

Une cité fantôme

Varosha, un quartier de Famagouste, ville chypriote grecque conquise par l’armée turque, où une merveilleuse cathédrale de style gothique (la dynastie des Lusignan, une famille noble issue du Poitou, a régné pendant près de trois siècles sur l’île, créant ainsi l’état féodal franc et latin qui dura le plus longtemps au Proche-Orient, pendant et après les croisades. Il n’y eut jamais, à leur service, plus d’un millier d’hommes) est souillée par un minaret, est une cité fantôme, verrouillée par les bérets bleus de l’ONU qui cantinent à deux pas, dans un ancien hôtel. Immeubles vides, murs nus, herbes folles, chats errants, bidons rouillés servant de clôture, grillages coupés, tout donne l’impression d’un départ précipité de ses habitants à l’approche d’un cataclysme. Ce dernier avait le visage de la soldatesque d’Ankara qui punissait la Garde nationale chypriote grecque pour son aventurisme : n’avait-elle pas, pilotée par les « colonels » d’Athènes, chassé du pouvoir Mgr Makarios, président chypriote de tendance neutraliste, qui maintenait un fragile statu quo avec la communauté turque ? Un magnifique prétexte avait été offert aux généraux ottomans pour intervenir dans l’île et s’emparer d’un inestimable atout.

Le monastère Saint-Barnabé.

Le monastère Saint-Barnabé.

Depuis, environ 200 000 Chypriotes grecs et 40 000 de leurs « compatriotes » turcs attendent, vainement, de pouvoir rentrer chez eux ou, à tout le moins, d’être indemnisés. C’est la question qui fâche, la pierre d’achoppement de toutes les rencontres entre dirigeants des deux entités. Avec un formidable culot, Erdogan, le néo-sultan de Constantinople, qui fait chanter l’Europe avec son joker des réfugiés syriens, veut négocier l’adhésion de son pays à l’Union européenne, tout en occupant un bon tiers du territoire de l’un de ses membres !

Les casinos et le muezzin

Dans les rues de la capitale, comme dans celles des bourgades rurales, rares sont les femmes voilées : on en croise moins qu’en Seine Saint-Denis, assurément. Seuls les appels récurrents du muezzin relayés par haut-parleur nous rappellent que nous sommes en terre d’islam. Mais un islam qui aurait passé un sacré compromis avec la modernité : business is business ! Les églises byzantines n’ont pas été pillées comme les édifices religieux en France par les révolutionnaires de 89. Et si, par exemple, le cimetière grec de Kyrenia – charmant petit port de la côte nord où débarquèrent les premiers tanks turcs en 74 –, les tombes semblent profanées et les crucifix de pierre sont renversés, c’est que les familles hellènes ont exhumé leurs morts pour les enterrer à nouveau, en secteur grec. Malgré la charia qui interdit et condamne toute souillure par et avec l’argent, les frontons des casinos s’allument le soir et brillent effrontément dans la nuit. Bière, vin et raki peuvent couler à flots dans les bars et les restaurants. Hommes et femmes sont habillés à l’européenne, et une petite jeunesse dorée s’exhibe dans de monstrueux 4 X 4.

La camelote s’écoule, hors taxe, dans des zones industrielles reconverties en zones franches où les touristes turcs, bien sûr, mais aussi russes, européens ou israéliens, peuvent faire de bonnes affaires. Partout des chantiers de constructions, des routes en bon état, un parc immobilier en expansion où les transactions s’effectuent en livres sterling, prouvent que l’ancien colonisateur a encore une influence, la circulation ne s’effectuant-elle pas à gauche ?

Un mirador de l’ONU.

Un mirador de l’ONU.

Des sites touristiques concurrentiels

Si la République de Chypre a de plus beaux monuments antiques et des plages ravissantes, la RTCN peut être fière d’avoir sur son sol les plus beaux restes de la présence médiévale française, issue des croisades : le château de Saint-Hilarion, accroché sur son éperon rocheux du Pentadactylos dominant Kyrenia, sorte de petit Saint-Tropez ou de Byblos chypriote, les cathédrales couleurs de miel de Sainte-Sophie à Nicosie et de Saint-Nicolas à Famagouste, hélas transformées en mosquées, la superbe abbaye à l’architecture champenoise de Bellapaïs, « la belle paix », dans son écrin végétal où les cyprès, dominant orangers et oliviers, partent à l’assaut de ses murs.

Les amateurs d’icônes ne seront pas déçus, avec celles que l’on peut voir au monastère de Saint-Barnabé, sur la côte orientale, déserté par ses vieux moines qui ont fui après les « événements »… La paix est-elle définitivement possible ? Huit points de passage permettent aux citoyens des deux zones de circuler librement, à l’exception des Turcs « importés » d’Anatolie qui ne peuvent franchir la « green line », cette ligne de démarcation surveillée par l’ONU, tracée par les hasards de la guerre et qui serpente d’ouest en est. Dans la région de Karpasia, la pointe orientale de l’île, dans le village de Rizokarpason situé à deux pas du monastère de Saint-André, plusieurs centaines de familles grecques vivent à côté de leur église orthodoxe, laquelle survit à l’ombre de la mosquée. Un fait de propagande ou une sincère tentative de cohabitation ? Seul l’avenir qui, comme chacun le sait, n’est écrit nulle part, nous le dira. En attendant, en Méditerranée orientale, nous avons deux Chypre pour le prix d’une !

 Article paru dans les colonnes du quotidien Présent.

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