2 novembre 2026

Émeutes urbaines et swarm intelligence

Par Philippe Joutier

(article écrit sans recours à l’Intelligence artificielle)

Sur la sociologie des casseurs et leur violence jubilatoire pour n’importe quel prétexte, tout a été déjà dit depuis les premières émeutes de 1979. Pourtant à ma connaissance, une de leur caractéristique n’a jamais été envisagée : l’économie globale de leur comportement à l’échelle du territoire qu’ils investissent. Contrairement à certaines suppositions complotistes qui perçoivent une espèce de main invisible opérant en arrière, j’ose une hypothèse complétement opposée. Leurs comportements fugaces, instantanément modifiables, apparemment aléatoires, mais qui paradoxalement aboutissent à une hyper adaptabilité, m’apparaissent s’apparenter bien davantage à la « Swarm Intelligence » ou encore « intelligence partagée ». Elle se définit comme le comportement d’un regroupement d’individus de même nature qui n’exploitent que des échanges entre eux d’informations locales, pour aboutir à un comportement cohérent, mais sans chef ou leader. Les plus connus sont ceux des essaims ou encore des fourmis. A l’identique, les casseurs interagissent uniquement par des interactions locales, entre eux et leur environnement, mais sans contrôle centralisé. Ils savent répondre à une perturbation aléatoire en adoptant à chaque instant la direction moyenne de mouvement des autres dans leur voisinage immédiat pour aboutir à des comportements émergents. C’est typiquement le modèle probabiliste de Vicsek, un mathématicien hongrois.

Une solution facile apparait alors : le brouillage des portables. Ce sont eux qui permettent ces interactions locales. Brouiller les portables, c’est mettre le chaos et désorganiser les mouvements. Ils émettent des fréquences qui se superposent à ceux utilisés par les téléphones cellulaires les rendant inopérants. Ils peuvent être spécifiques de la 3,4 ou 5 G. Le hic est qu’un brouilleur ne peut différencier le téléphone d’un manifestant de celui d’un pompier ou d’un passant. Il faudrait disposer d’un mécanisme d’identification et d’autorisation fiable. Difficile. Autre possibilité : des fréquences distinctes pour les pompiers et la police. Le hic, c’est qu’elles permettraient de communiquer entre eux, mais la personne qui a besoin de les appeler resterait brouillée. Enfin agir sur les réseaux avec un canal réservé aux services d’urgences qui reposerait sur des réseaux et des équipements réellement séparés. La riposte serait de les saturer, mais après ? Les individus resteraient incapables de se coordonner. Finalement, si brouiller les portables sans faire de détails ni trop se poser de questions, mais pendant des durées répétitives, inopinées, brèves et aléatoires, n’était pas suffisant pour désorganiser les hordes ?

Et juridiquement ?

C’est l’article L33-3-1 du Code des postes et des communications électroniques Il interdit formellement l’utilisation des brouilleurs sauf…

« Par dérogation (…) ces activités (de brouillage) sont autorisées pour les besoins de l’ordre public, de la défense et de la sécurité nationale, ou du service public de la justice ».

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