Messieurs Macron et Philippe originaires, paraĂźt-il, de partis politiques opposĂ©s, ont ceci de commun : leur jeunesse et leur sourire. Leur jeunesse me laisse croire que quelques conseils d’anciens, Ă  dĂ©faut de les aider ne sauraient leur nuire. Leur Ă©ternel sourire m’incline Ă  penser que rien ne pourrait altĂ©rer une bonne humeur qu’il s’agit dĂ©sormais pour eux de partager avec un peuple français morose sinon inquiet. C’est ce qui m’autorise Ă  leur transmettre, Ă  la bonne franquette bien sĂ»r, ces avis d’aĂźnĂ©s Ă©clairĂ©s.

Qu’ils soient d’abord convaincus de la justesse d’une sentence qu’ils devront rĂ©pĂ©ter sept fois Ă  leur rĂ©veil : « Ce n’est pas une raison parce que rien ne marche droit pour que tout aille de travers. »

Au petit-dĂ©jeuner, aprĂšs un bĂ©nĂ©dicitĂ© rĂ©publicain de leur choix et avant de dĂ©couvrir la presse, ils devront impĂ©rativement se rappeler le constat Ă©tabli naguĂšre par Balzac : « Un journal n’est plus fait pour Ă©clairer, mais pour flatter l’opinion. Ainsi les journaux seront dans un temps donnĂ©, lĂąches, hypocrites, infĂąmes, menteurs, assassins ; ils tueront les idĂ©es, les systĂšmes, les hommes et fleuriront par cela mĂȘme. Le mal sera fait sans que personne en soit coupable ». Cet Ă©tat de fait devrait par ailleurs les inciter Ă  mettre la pression sur les patrons de presse en sollicitant PĂ©guy : « Il faut toujours dire ce que l’on voit : surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit. »

Cette anomalie de la vision peut d’ailleurs affecter des membres de leur gouvernement venus eux aussi d’horizons opposĂ©s. Il sera bon de leur imposer une rĂ©Ă©ducation oculaire appropriĂ©e. Ainsi tel ministre de la Culture victime d’une exotropie de l’Ɠil gauche et tel ministre de l’Éducation Nationale affectĂ© d’une exotropie de l’Ɠil droit pourront ainsi mieux partager leurs points de vue sur les obstacles communs qui surgissent droit devant eux.

Avant de rassembler leur majorité, ils devront impérativement se rappeler que, selon Stéphane Hecquet, « une troupe qui tourne en rond est une troupe qui tourne mal. »

Préparant les discours de politique générale, ils ne sauront entretenir aucune illusion sur la portée réelle de leur intervention. Pour ce faire Rivarol les rassurera : « On parvient quelquefois à vaincre les gens dans une discussion, à les convaincre jamais. »

À la veille d’une rencontre diplomatique, de quelque nature qu’elle puisse ĂȘtre, ils recourront Ă  la sagesse incontestĂ©e du maĂźtre Audiard : « Quand un homme de 120 kilos parle, celui de 60 l’écoute » (loin de nous l’idĂ©e de focaliser sur la plantureuse Angela).

Avant une confĂ©rence de presse ou une allocution tĂ©lĂ©visĂ©e, ils tiendront compte dans leur rĂ©flexion de la sentence intemporelle profĂ©rĂ©e par Audouard : « L’exploitation de la bĂȘtise n’est pas Ă  la portĂ©e du premier imbĂ©cile venu. »

Dans le cadre de leur chantier immĂ©diat sur la moralisation de la vie publique, ils se souviendront que « si les petits cadeaux entretiennent l’amitiĂ©, les gros la mettent en pĂ©ril. »

Pour traiter de l’insĂ©curitĂ© et des difficultĂ©s ambiantes, avant de se reposer comme Ă  l’accoutumĂ©e sur l’inoxydable discipline des forces armĂ©es et de police, ils mĂ©diteront les propos de LĂ©on XIII : « Rien n’enhardit autant l’audace des mĂ©chants que la faiblesse des bons » ; de PĂ©guy : « Les patries sont toujours dĂ©fendues par les gueux et livrĂ©es par les riches » et de Vigny : « La parole qui, trop souvent, n’est qu’un mot pour l’homme de haute politique, devient un fait terrible pour l’homme d’armes et ce que l’on dit lĂ©gĂšrement, ou avec perfidie, l’autre l’écrit sur la poussiĂšre, avec son sang. »

Au Garde des Sceaux, ils glisseront subrepticement cette phrase de Pagnol (Ă  ne pas laisser traĂźner Ă  proximitĂ© d’un quelconque « mur des cons ») : « Les coupables, il vaut mieux les choisir que les chercher. »

Ils souligneront par ailleurs une vĂ©ritĂ© Ă©mise par Jean-François Revel, dont les verdicts de procĂšs d’opinion devront impĂ©rativement tenir compte : « Il faut qu’en aucun cas, on ne puisse reprocher Ă  des Africains d’avoir fait pĂ©rir d’autres Africains. Ce serait du racisme. »

À l’attention du ministre de l’intĂ©rieur et du garde des sceaux, lors d’un Conseil des ministres par exemple, se rĂ©fĂ©rer Ă  Royer-Collard sera particuliĂšrement opportun : « Ne persĂ©cutez jamais un honnĂȘte homme pour une opinion qu’il n’a pas : vous la lui donneriez. »

Le prĂ©sident de la RĂ©publique se souviendra ĂȘtre le protecteur de l’AcadĂ©mie française et par consĂ©quent de la langue française. Il gardera en permanence quelque part dans une cellule de sa prestigieuse mĂ©moire d’énarque, le constat fait par Jean-François Deniau : « Encore de ces mots qui se dĂ©gradent s’ils passent du singulier au pluriel, comme honneur, droit, devoir, espĂ©rance, bien, respect  » (il va bien au-delĂ  du domaine de la simple lexicographie). Lors de ses dĂ©placements Ă  l’étranger, Audouard sera Ă  ses cĂŽtĂ©s pour lui rappeler que « quand le monde entier parlera anglais, plus personne ne comprendra la langue de Shakespeare. »

Au tout nouveau ministre de l’Éducation nationale, il sera rappelĂ© qu’avec « l’allĂ©gement des programmes scolaires et le pĂ©dagogisme qui progressent, on arrivera bientĂŽt Ă  situer la bataille de Poitiers en 1514,692 et celle de Marignan en 732,412, sans recourir pour autant au carbone 14 pour une datation plus prĂ©cise dont d’ailleurs tout le monde se fiche ». On insistera toutefois sur celle de l’HĂ©gire, 622, qui Ă  plus ou moins long terme pourra ĂȘtre utile.

Leur rude journĂ©e de labeur accomplie, alors qu’ils tenteront de trouver difficilement le sommeil (l’homme politique, Hugo dixit, ne saurait « dormir du sommeil du juste »), plutĂŽt que de compter de stupides ovins, ils mĂ©diteront un proverbe russe qui devrait Ă©carter leurs soucis, du moins pour la nuit : « Nul ne sait de quoi hier sera fait. »

Bonsoir Monsieur le Premier ministre. Dormez en paix, Monsieur le PrĂ©sident. Il est l’heure qu’il vous plaira.

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