Le Français a tout subi de la RĂ©publique : la rĂ©vision de son histoire, le culte abrutissant de ses grands hommes (avenue JaurĂšs-Clemenceau-Ferry-Gambetta, etc.), le dĂ©clin Ă©conomique, dĂ©mographique, social (qui a prĂ©parĂ© le « grand remplacement » qui n’existe pas – comme notre histoire !), mais aussi le dĂ©shonneur de Vichy, le massacre des guerres, les humiliations coloniales et l’effondrement culturel et moral. Aujourd’hui la rĂ©publique nie la notion de patrie (un texte paru dans Le Figaro valut un procĂšs Ă  Jean Raspail) et de culture française, et les Français modernes s’en moquent, ayant mieux Ă  faire cet Ă©tĂ© sur les plages atlantiques, tous serrĂ©s, tous grillĂ©s, tous sautillant, tous surfant, avec plusieurs noyĂ©s Ă  la clé ; normal quand on a le QI d’un rĂ©publicain.

royaliste

CĂ©line, encore et toujours : « Et les Français sont bien contents, parfaitement d’accord, enthousiastes.

Une telle connerie dĂ©passe l’homme. Une hĂ©bĂ©tude si fantastique dĂ©masque un instinct de mort, une pesanteur au charnier, une perversion mutilante que rien ne saurait expliquer sinon que les temps sont venus, que le Diable nous apprĂ©hende, que le Destin s’accomplit ».

Et de remarquer : « Les Français ils sont tout consentants, ils sont enthousiastes d’ĂȘtre battus, Ă©crabouillĂ©s, dĂ©pecĂ©s vifs  »

Par les Anglais, puis par les Allemands Ă  qui ils obĂ©issent plus que respectueusement. Sus Ă  Poutine maintenant en attendant la Chine qui menace avec la Russie notre liberté 

Une question nous taraude : pourquoi le Français a-t-il renoncé à la monarchie qui avait fait de notre patrie la reine des nations pour devenir une petite succursale euro-américaine coincée entre la peur du gendarme, le bùton du fisc et la carotte de la société festive ?

Il faut encore relire Tocqueville. Une poignĂ©e d’aristocrates de la pensĂ©e ont alors en France comme en AmĂ©rique compris Ă  quelle sauce l’homme dit moderne se ferait dĂ©sosser. Chateaubriand, Emerson, Balzac, et la dizaine d’autres qui prĂ©voyaient la dictature de la canaille (Poe).

Tocqueville dans ses Souvenirs nous annonça la douleur : «  une seule passion reste vivace en France : c’est la haine de l’Ancien RĂ©gime et la dĂ©fiance contre les anciennes classes privilĂ©giĂ©es, qui le reprĂ©sentent aux yeux du peuple ».

Notre grand analyste, qui Ă©tait alors ministre des Affaires Ă©trangĂšres, reconnaĂźt que « la rĂ©publique Ă©tait sans doute trĂšs difficile Ă  maintenir », mais aussi qu’elle est « assez difficile Ă  abattre. La haine qu’on lui portait Ă©tait une haine molle, comme toutes les passions que ressentait alors le pays ».

Tocqueville voit que ce pays de ratĂ©s ne changerait plus pour la raison suivante : « D’ailleurs, on rĂ©prouvait son gouvernement sans en aimer aucun autre. Trois partis, irrĂ©conciliables entre eux, plus ennemis les uns des autres qu’aucun d’eux ne l’était de la rĂ©publique, se disputaient l’avenir. De majoritĂ©, il n’y en avait pour rien. »

Alexis de Tocqueville dĂ©couvre alors que si mĂ©diocre qu’elle soit, la rĂ©publique est bonne pour le Français. Et voici pourquoi : « Je voulais la maintenir, parce que je ne voyais rien de prĂȘt, ni de bon Ă  mettre Ă  la place. L’ancienne dynastie Ă©tait profondĂ©ment antipathique Ă  la majoritĂ© du pays. Au milieu de cet alanguissement de toutes les passions politiques que la fatigue des rĂ©volutions et leurs vaines promesses ont produit, une seule passion reste vivace en France : c’est la haine de l’Ancien RĂ©gime et la dĂ©fiance contre les anciennes classes privilĂ©giĂ©es, qui le reprĂ©sentent aux yeux du peuple. »

Un des drames, en effet, de notre histoire moderne est que la nullitĂ© des Ă©lites rĂ©publicaines, malhonnĂȘtes oligarchies qui nous menĂšrent aux dĂ©sastres militaires, aux humiliations coloniales, Ă  la gabegie Ă©conomique et au dĂ©clin dĂ©mographique et culturel, ne suscitera jamais autant de haine et de ressentiment des masses (ces masses libĂ©rĂ©es en 1789 et aussitĂŽt condamnĂ©es Ă  cent jours de travail de plus par la loi Le Chapelier de 1791) que la vieille noblesse que Bonald ou de Maistre dĂ©fendirent sous les ricanements.

Car on n’a pas besoin de la tĂ©lĂ© pour les mener par le bout du nez, ces masses
 Et leur excitation, vaine et souvent manipulĂ©e, reflĂšte en fait leur inertie profonde.

Et Tocqueville d’ajouter : « Je pensais donc que le gouvernement de la rĂ©publique, ayant pour lui le fait et n’ayant jamais pour adversaires que des minoritĂ©s difficiles Ă  coaliser, pouvait se maintenir au milieu de l’inertie de la masse, s’il Ă©tait conduit avec modĂ©ration et avec sagesse. »

ModĂ©ration et sagesse qui nous mĂšneront au coup d’État de 1851, Ă  la guerre prolongĂ©e de 1871, aux hĂ©catombes de 1914, Ă  la raclĂ©e de 1940, aux dĂ©culottĂ©es coloniales et aujourd’hui Ă  l’anĂ©antissement par le minotaure euro-amĂ©ricain.

Et en pensant Ă  l’impopularitĂ© fatigante des Macron, Sarkozy et Hollande, on rĂ©pĂ©tera la phrase du maĂźtre : « La haine qu’on lui portait Ă©tait une haine molle, comme toutes les passions que ressentait alors le pays. »

Sources

Alexis de Tocqueville – Souvenirs (Gutenberg.org).

Nicolas Bonnal – Comment les Français sont morts ; Louis-Ferdinand CĂ©line, le pacifiste enragĂ© (Amazon.fr).