Avons-nous fait le tour de la question des « fake news » ?

Vous aurez notĂ© sur les rĂ©seaux sociaux, puisqu’ils sont devenus la source d’information majeure, que si vous lisez un article dont la source n’est pas dans le politiquement correct, celui est suivi d’un article dĂ©nommĂ© publication connexe pour vous avertir du danger que vous courrez : l’information que vous lisez n’est pas fiable.

propagande

Depuis peu, un nouveau vocabulaire est venu enrichir ce mode prĂ©ventif : l’information de sites non conformes Ă  la « bien-pensance » n’est soit pas fiable, soit parodique. La « rĂ©information » est une blague. Avons-nous atteint le summum de la condescendance ?

L’information institutionnelle fait de moins en moins dans la dentelle. Elle est devenue une propagande grossiĂšre du genre des vieilles rĂ©clames des annĂ©es cinquante qui nous faisaient sourire.

Nos populations auraient atteint un tel niveau d’abrutissement que ceux qui se veulent les Ă©lites intellectuelles osent tout. Ce n’est plus Ă  ça qu’on les reconnaĂźt.

Cet abrutissement est le fruit de la réponse idoine à vox populi : panem et circenses !

Notre société est bien ancrée dans la promotion des droits individuels, ce confort matériel, et les jeux.

Les rĂ©clames d’antan cherchaient Ă  nous inciter Ă  consommer. Il s’agissait de dentifrice, de petits pois ou d’un aspirateur. Les clichĂ©s propres la consommation y Ă©taient et tout le monde savait justement de quoi il Ă©tait question.

Le problĂšme de l’information, aujourd’hui, n’est pas seulement celui de la dĂ©sinformation. Le problĂšme est Ă©galement celui de l’objet qui nous est proposĂ©. C’est celui de la mort. Dans notre monde complĂštement aseptisĂ©, il n’y a pas de publicitĂ© pour l’alcool ou le tabac. Mais le monde qu’on nous impose est bien celui de la mort, suite logique Ă  l’abrutissement.

Cette semaine, la presse institutionnelle, par l’intermĂ©diaire de Courrier International, nous sort le titre : « À Grenade, le bonheur des converties Ă  l’Islam. »

Certes, C.I. est identifiĂ© pour ce qu’il est, une engeance de Pierre BergĂ© et « le regard extĂ©rieur sur l’actualité », c’est-Ă -dire la prĂ©fĂ©rence extra-nationale. Mais l’article est symptomatique d’un saut qualitatif dans la dĂ©sinformation.

Le bonheur n’est pas dans le prĂ©. Il est dans l’Islam.

« Ici, au pied de ce splendide vestige d’une Ă©poque rĂ©volue qu’est le palais de l’Alhambra, des femmes mĂšnent tranquillement leur vie, nourries par leur foi musulmane. »

Nous savions dĂ©jĂ  que l’Andalousie a Ă©tĂ© conquise par les Arabes et que le palais de l’Alhambra est autre chose que du sable et des poux. Mais cette prĂ©sentation voudrait que la conversion Ă  l’Islam soit un retour Ă  l’ordre naturel des choses. Avant l’Islam Ă©taient l’ignorance et l’obscuritĂ©. La description est celle d’un tableau de Poussin : « Et in Arcadia ego ». On se nourrit d’Islam comme d’amour et d’eau fraĂźche.

Tout comme le nuage radioactif de Tchernobyl s’était arrĂȘtĂ© Ă  la frontiĂšre française, l’Islam en France n’a rien Ă  voir avec un autre. La preuve ? C’est pareil en Espagne. Elle n’est pas belle, la vie d’une convertie ? Il n’y a qu’à regarder la photo proposĂ©e d’un couple musulman qui s’embrasse tendrement dans un appartement trĂšs occidental avec sa cheminĂ©e pour rĂ©chauffer le foyer. L’Islam ne serait pas compatible avec notre sociĂ©té ? Puisqu’on vous montre que si ! L’Islam est une religion d’amour et de paix.

Avec un brin de malice, nous pourrions relever que cette histoire ne concerne que 300 personnes converties en 40 ans sur plus d’un million d’habitants pour la rĂ©gion de Grenade, que c’est totalement marginal, anecdotique, qu’il y a mystification Ă  en faire un exemple de vie.

Le moins anecdotique de cette propagande est qu’il est question uniquement de femmes. Y aurait-il un lien avec l’image dĂ©sastreuse de la femme en Islam ? Nous sommes toujours dans l’image. La femme est un vecteur majeur de communication pour attendrir. Le choix de la dĂ©nommĂ©e Ahed Tamimi ne doit rien au hasard pour servir la cause palestinienne. Mais quand on prĂ©tend Ă  l’égalitarisme universel, c’est loin d’ĂȘtre suffisant.

Alors la rĂ©ponse est dans la conclusion de l’article, le comble de la caricature propagandiste. La conversion Ă  l’Islam ? C’est l’esprit de mai 1968, cet esprit 100 % matĂ©rialiste qui prĂŽne le plaisir en but ultime, l’époque oĂč les femmes brĂ»laient leur soutien-gorge. Bref, se convertir Ă  l’Islam, c’est se libĂ©rer. Se convertir Ă  l’Islam doit ĂȘtre pour l’Occidentale l’expression de la rebelle en elle.

Que dire de plus ? Avons-nous ici une description assez dĂ©taillĂ©e de ce qu’est le « fake » ? Plus que le faux, il y a usage de faux.

Pour la petite histoire, celle des faits et de cette rĂ©alitĂ© qui importe si peu, les Arabes donnĂšrent Ă  ce lieu le nom de Gharnata al yahud. En effet, si la ville de Grenade eut un rayonnement si particulier, c’est parce que c’était une ville juive. Ce sont les Juifs qui en furent chassĂ©s en 1492. Les Musulmans, eux, comptaient si peu qu’ils purent rester. Et ils restĂšrent quelques dĂ©cennies.

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A propos de l'auteur

Gilles Falavigna

Gilles Falavigna est un essayiste français nĂ© en 1960. Il propose des informations et leur analyse sur les sujets gĂ©opolitiques, Ă©conomiques, sociologiques. Il est l'auteur de plusieurs livres aux Ă©ditions Dualpha et L'Æncre. Dernier ouvrage paru : "GĂ©opolitique de la conspiration contre les peuples".

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