Le systùme occidental use de la peur pour se maintenir. Terrorisme, chiites, climat, racisme, fascisme, Chine, sexisme, Poutine, ce qu’on voudra, tout justifie son agenda.

Nous sommes ainsi soumis Ă  un feu croisĂ© d’affolements divers : TroisiĂšme Guerre mondiale, faillite du systĂšme, acheter de l’or, fin des religions, culture Illuminati, disparition des libertĂ©s, de l’eau, de l’air, du reste
 On en deviendrait drĂŽle ! Cela n’empĂȘche pas de continuer de cliquer et de laisser Assange Ă  ses bourreaux.

Ernst JĂŒnger.

Ernst JĂŒnger.

Ernst JĂŒnger a bien parlĂ© de cette conjonction du monde automatique moderne et de la croissance corrĂ©lĂ©e de la peur. TraitĂ© du rebelle, XIII


« La peur est l’un des symptĂŽmes de notre temps. Elle nous dĂ©sarme d’autant plus qu’elle succĂšde Ă  une Ă©poque de grande libertĂ© individuelle, oĂč la misĂšre mĂȘme, telle que la dĂ©crit Dickens, par exemple, Ă©tait presque oubliĂ©e. »

JĂŒnger Ă©voque justement le Titanic ; on se souvient du succĂšs effarant de ce film. Il Ă©crit donc : « Comment ce passage s’est-il produit ? Si l’on voulait nommer l’instant fatal, aucun, sans doute, ne conviendrait mieux que celui oĂč sombra le Titanic. La lumiĂšre et l’ombre s’y heurtent brutalement : l’hybris du progrĂšs y rencontre la panique, le suprĂȘme confort se brise contre le nĂ©ant, l’automatisme contre la catastrophe, qui prend l’aspect d’un accident de circulation. »

Jules Verne a bien montrĂ© que l’automatisme (la civilisation mĂ©canique) croissait avec la peur. Voyez les 500 millions de la BĂ©gum qui montre la montĂ©e du pĂ©ril parano allemand sur fond de grosse industrialisation. Il y a une grosse promesse, raconte JĂŒnger, mais elle croĂźt avec un grand risque et une grosse trouille : « Il est de fait que les progrĂšs de l’automatisme et ceux de la peur sont trĂšs Ă©troitement liĂ©s, en ce que l’homme, pour prix d’allĂ©gements techniques, limite sa capacitĂ© de dĂ©cision. Il y gagne toute sorte de commoditĂ©s. Mais, en contrepartie, la perte de sa libertĂ© ne peut que s’aggraver. La personne n’est plus dans la sociĂ©tĂ© comme un arbre dans la forĂȘt ; elle ressemble au passager d’un navire rapide, qui porte le nom de Titanic, ou encore de LĂ©viathan. Tant que le ciel demeure serein et le coup d’Ɠil agrĂ©able, il ne remarque guĂšre l’état de moindre libertĂ© dans lequel il est tombĂ©. Au contraire : l’optimisme Ă©clate, la conscience d’une toute-puissance que procure la vitesse. Tout change lorsqu’on signale des Ăźles qui crachent des flammes, ou des icebergs. Alors, ce n’est pas seulement la technique qui passe du confort Ă  d’autres domaines : le manque de libertĂ© se fait sentir, soit que triomphent les pouvoirs Ă©lĂ©mentaires, soit que des solitaires, ayant gardĂ© leur force, exercent une autoritĂ© absolue. »

JĂŒnger a vu le lien entre les mythes grecs et le progrĂšs technique, comme Anouilh, Giraudoux, Domenach, Cocteau et les autres. Le Titanic n’est pas seul en cause. C’est aussi le syndrome du radeau de la MĂ©duse, Ă©pisode affreux de notre histoire et qui rappelle que la mĂ©duse nous transforme en pierres (en cƓurs de pierre).

Et nous finissons comme des bougies dans un tableau de Bosch : « On pourrait Ă©lever une objection : d’autres Ăšres de crainte, de panique, d’Apocalypse ont suivi leur cours, sans que ce caractĂšre d’automatisme vĂźnt les renforcer, leur servir d’accompagnement.

Laissons ce point : car l’automatisme ne prend ce caractĂšre terrifiant que s’il s’avĂšre ĂȘtre l’une des formes, le style mĂȘme de la fatalitĂ©, dont JĂ©rĂŽme Bosch donnait dĂ©jĂ  une reprĂ©sentation incomparable. »

Mais JĂŒnger souligne l’essentiel. Nous crevons de trouille et c’est la marque du monde moderne (la vie aurait dĂ» rester un « risque Ă  courir, pas un problĂšme Ă  rĂ©soudre », comme dit un Bernanos Ă©cƓurĂ©) : « On constatera que presque tous, hommes ou femmes, sont en proie Ă  une panique telle qu’on n’en avait plus vu dans nos contrĂ©es depuis le dĂ©but du Moyen Âge. On les verra se jeter avec une sorte de rage dans leur terreur, en exhiber sans pudeur ni retenue les symptĂŽmes. »

On veut se cacher (collapsologues, catastrophistes, apocalyptiques, Ă  vos bateaux, Ă  votre or, Ă  vos cavernes !) : « On assiste Ă  des enchĂšres oĂč l’on dispute s’il vaut mieux fuir, se cacher ou recourir au suicide, et l’on voit des esprits qui, gardant encore toute leur libertĂ©, cherchent dĂ©jĂ  par quelles mĂ©thodes et quelles ruses ils achĂšteront la faveur de la crapule, quand elle aura pris le pouvoir. »

L’automatisme progresse Ă©videmment avec la panique, et dans le pays qui reste le plus avancĂ©, l’AmĂ©rique : « La panique va s’appesantir, lĂ  oĂč l’automatisme gagne sans cesse du terrain et touche Ă  ses formes parfaites, comme en AmĂ©rique. Elle y trouve son terrain d’élection ; elle se rĂ©pand Ă  travers des rĂ©seaux dont la promptitude rivalise avec celle de l’éclair. Le seul besoin de prendre les nouvelles plusieurs fois par jour est un signe d’angoisse ; l’imagination s’échauffe, et se paralyse de son accĂ©lĂ©ration mĂȘme. »

JĂŒnger va mĂȘme plus loin ici : « Toutes ces antennes des villes gĂ©antes ressemblent Ă  des cheveux qui se dressent sur une tĂȘte. Elles appellent des contacts dĂ©moniaques. »

Nous avons parlĂ© du rĂŽle narcotique de l’info dans un texte ici mĂȘme, en citant Platon, ThĂ©ophraste, Fichte et Thoreau. Reprenons Thoreau : « À peine un homme fait-il un somme d’une demi-heure aprĂšs dĂźner, qu’en s’éveillant il dresse la tĂȘte et demande : “Quelles nouvelles ?” comme si le reste de l’humanitĂ© s’était tenu en faction prĂšs de lui. Il en est qui donnent l’ordre de les rĂ©veiller toutes les demi-heures, certes sans autre but ; sur quoi en guise de paiement ils racontent ce qu’ils ont rĂȘvĂ©. AprĂšs une nuit de sommeil les nouvelles sont aussi indispensables que le premier dĂ©jeuner. »

« Dites-moi, je vous prie, n’importe ce qui a pu arriver de nouveau Ă  quelqu’un, n’importe oĂč sur ce globe ? »

Nous risquons toujours la guerre avec la Chine et la Russie, comme durant la Guerre Froide. JĂŒnger remarque : « Il est certain que l’Est n’échappe pas Ă  la rĂšgle. L’Occident vit dans la peur de l’Est, et l’Est dans la peur de l’Occident. En tous les points du globe, on passe son existence dans l’attente d’horribles agressions. Nombreux sont ceux oĂč la crainte de la guerre civile l’aggrave encore.

La machine politique, dans ses rouages Ă©lĂ©mentaires, n’est pas le seul objet de cette crainte. Il s’y joint d’innombrables angoisses. Elles provoquent cette incertitude qui met toute son espĂ©rance en la personne des mĂ©decins, des sauveurs, thaumaturges. Signe avant-coureur du naufrage, plus lisible que tout danger matĂ©riel. »

Ce naufrage n’est pas trĂšs prometteur d’autant que la solution semble impossible. JĂŒnger envoie promener le yoga, pourtant recommandĂ© avec la Kabbale dans Sex in the City : « Reste Ă  signaler une source d’erreurs – nous songeons Ă  la confiance en l’imagination pure. Nous admettrons qu’elle mĂšne aux victoires spirituelles.

Mais notre temps exige autre chose que la fondation d’écoles de yoga. Tel est pourtant le but, non seulement de nombreuses sectes, mais d’un certain style de nihilisme chrĂ©tien, qui se rend la tĂąche trop facile. On ne peut se contenter de connaĂźtre Ă  l’étage supĂ©rieur le vrai et le bon, tandis que dans les caves on Ă©corche vifs vos frĂšres humains. »

Reconnaissons que nous avons progressĂ©. On les Ă©corche moins vifs, on les bourre vifs et on les surinforme vifs. Mais passons. JĂŒnger encore pour conclure (si c’est encore possible) : « Car nous ne sommes pas impliquĂ©s dans notre seule dĂ©bĂącle nationale ; nous sommes entraĂźnĂ©s dans une catastrophe universelle, oĂč l’on ne peut guĂšre dire, et moins encore prophĂ©tiser, quels sont les vrais vainqueurs, et quels sont les vaincus. »

Comme on sait JĂŒnger dĂ©fend le recours aux forĂȘts. Comme on sait aussi les montagnes sont bourrĂ©es de parkings payants et nous venons d’apprendre que dans les PyrĂ©nĂ©es la ballade sera payante. On paiera un automate. Mais ne paniquons pas !

Bonne continuation


Sources

Ernst JĂŒnger – TraitĂ© du rebelle, le recours aux forĂȘts –archive.org

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