Les dĂ©bats sur l’identitĂ© qui se succĂšdent depuis une dizaine d’annĂ©es sĂšment une confusion et provoquent des antagonismes pour la raison qu’ils reposent sur des fondements faussĂ©s. En effet, avant d’évoquer une « identité », il faudrait d’abord dĂ©finir sur quoi elle porte. Or, le vĂ©ritable problĂšme est celui qui est crĂ©Ă© par la confusion qui existe, en France notamment, entre la « citoyenneté » et la « nationalité ». La citoyennetĂ© est de nature juridique et ouvre des droits politiques. À ce titre, elle procĂšde d’une logique administrative qui permet d’accorder, ou pas, la citoyennetĂ©, Ă  n’importe qui rĂ©sidant sur un territoire donnĂ©. Aucun autre critĂšre ne peut ĂȘtre requis. DĂ©livrer la citoyennetĂ© est donc un acte qui ne prend en compte aucune appartenance particuliĂšre Ă  des valeurs, ou Ă  une communautĂ©, ou l’attachement Ă  une histoire, une culture, et encore moins Ă  une civilisation. Elle n’implique aucun engagement de fidĂ©litĂ© Ă  quoi que ce soit.

Au contraire la nationalitĂ© induit une notion ethnique, un lien avec une nation, c’est-Ă -dire une entitĂ© humaine aux valeurs communes et Ă  la communautĂ© de destin de ses membres. L’histoire, les traditions, la dĂ©fense de son identitĂ©, en font la substance et la rĂ©alitĂ© quotidienne, avec la volontĂ© d’adhĂ©rer de bonne foi, naturellement donc, Ă  ses rĂšgles de convivialitĂ©, Ă  ses codes sociaux. La patrie est un sentiment charnel, la nation une organisation et un ordre social de femmes et d’hommes au passĂ© et au devenir communs et identifiĂ©s.

Tant que notre systĂšme juridico-politique s’entĂȘtera, pour des raisons idĂ©ologiques, Ă  confondre citoyennetĂ© et nationalitĂ©, tout dĂ©bat sur l’« identité » et sur l’« Europe » restera stĂ©rile, inutile, voire dangereux. Or, la source de cette confusion se situe dans la crĂ©ation factice des « États-Nations » qui mĂȘlent citoyennetĂ© et nationalitĂ©, travestissant la notion mĂȘme de nationalitĂ©, en fabriquant une fausse nationalitĂ© conforme aux contours gĂ©ographiques de l’État, Ă  partir des nationalitĂ©s rĂ©gionales dĂ©valorisĂ©es, et justifiĂ©e par la citoyennetĂ©, liĂ©e aux États nouveaux et aux idĂ©es des « LumiĂšres » concrĂ©tisĂ©es par la RĂ©volution.

C’est lĂ  que se situent l’imposture, et les ambiguĂŻtĂ©s qui en dĂ©coulent, des États-Nations et l’impossible dĂ©bat sur toute notion d’« identité », devenue essentielle dans le monde nouveau de la globalisation. Globalisation financiĂšre ne veut pas dire globalisation humaine, malgrĂ© la volontĂ© de nos Ă©lites « droits-de-l’hommistes » dominantes.

SĂ©parer citoyennetĂ© et nationalitĂ© aboutit ainsi Ă  la suppression des États-Nations europĂ©ens, pour donner un sens Ă  des « identitĂ©s » qui retrouveraient leurs vĂ©ritables racines. Ainsi, une Europe nouvelle pourrait voir le jour, la nationalitĂ© entraĂźnant d’office la citoyennetĂ©, mais non l’inverse. N’importe qui pourrait ĂȘtre « citoyen », c’est-Ă -dire possĂ©der des droits politiques, le droit de vote notamment, sans bĂ©nĂ©ficier des avantages sociaux, sans participer automatiquement Ă  la vie culturelle, sans ĂȘtre non plus soumis aux contraintes imposĂ©es aux membres de la nation, et notamment sa dĂ©fense Ă  titre militaire par exemple. La nationalitĂ© renvoie Ă  une communautĂ© humaine spĂ©cifique de destin, la citoyennetĂ© Ă  un acte juridico-administratif.

Cette conception a Ă©tĂ© Ă©voquĂ©e par des esprits d’origines trĂšs diverses, depuis Yann FouĂ©rĂ© et son excellent ouvrage, dĂ©jĂ  ancien, L’Europe aux cent drapeaux, jusqu’à Dominique Schnapper dans Qu’est-ce que la citoyenneté ?, autre excellente Ă©tude, plus rĂ©cente, sur la citoyennetĂ© vue sous un angle certes trĂšs diffĂ©rent de celui de FouĂ©rĂ©. Ce n’est donc pas une question d’idĂ©ologie lorsque l’honnĂȘtetĂ© intellectuelle et l’impartialitĂ© amĂšnent Ă  des rĂ©flexions finalement proches de la part de personnages aussi diffĂ©rents politiquement que ces deux auteurs prestigieux.

L’Europe nouvelle ne pourra exister sans reconnaĂźtre qu’elle comporte « cent drapeaux » nationaux. Et une citoyennetĂ© supplĂ©mentaire.

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Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertĂ©s.

A propos de l'auteur

Richard Dessens

Enseignant pendant plusieurs annĂ©es dans une Ă©cole prĂ©paratoire aux concours d’entrĂ©e aux IEP et Écoles de journalisme, Richard Dessens crĂ©e et dirige parallĂšlement une troupe de thĂ©Ăątre dans la rĂ©gion de Montpellier. Docteur en droit, DEA de philosophie et licenciĂ© en histoire, il est l’auteur d’ouvrages de philosophie et d’histoire des idĂ©es politiques, de relations internationale. Il a entres autres livres publiĂ© aux Ă©ditions Dualpha "Henri Rochefort ou la vĂ©ritable libertĂ© de la presse", "La dĂ©mocratie interdite" et "Histoire et formation de la pensĂ©e politique".

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