La toute-puissance de la pensĂ©e des intellectuels de l’AprĂšs-Guerre, le phagocytage par la grande presse d’influence, papier, radio et surtout tĂ©lĂ©vision, de toute contestation des piliers que sont la religion des Droits de l’Homme et l’imposition de la Loi du MarchĂ©, ont amenĂ© Ă  un lessivage des cerveaux qui a transformĂ© des citoyens conscients en consommateurs compassionnels.

L’individualisme idĂ©ologisĂ©, lui, a sanctuarisĂ© la souverainetĂ© de l’individu au dĂ©triment de la souverainetĂ© du peuple.

L’anesthĂ©sie des Ăąmes par la sociĂ©tĂ© de consommation, la flagornerie des bas instincts qui valorise l’individualisme, la destruction imposĂ©e de tout esprit critique, l’abaissement voulu du niveau culturel, le rejet de l’Histoire, l’imprĂ©gnation lancinante et permanente des esprits par un politiquement correct ƓcumĂ©nique, aseptisĂ©, compassionnel et culpabilisant : voilĂ  un petit Ă©chantillon de cinquante annĂ©es de lobotomie politique et citoyenne. Les champions de la mondialisation ont enfoncĂ© le dernier clou du cercueil des peuples en esclavage, mais persuadĂ©s de maniĂšre subliminale de leur bonheur toujours potentiel
 mais jamais atteint.

Dans ces conditions nouvelles d’un niveau de dĂ©liquescence morale, sociale, politique, encore jamais atteint dans notre histoire, et dans toute l’Europe occidentale, les possibilitĂ©s d’inverser le mouvement suicidaire de nos sociĂ©tĂ©s asexuĂ©es et mixĂ©es, semblent rĂ©duites Ă  celles d’un rĂȘve qui meure inexorablement. Les rĂ©volutionnaires ou anarchistes du XIXe siĂšcle n’évoluaient pas dans un contexte tel que celui que nous connaissons. Si la prise du pouvoir par un processus dĂ©mocratique Ă©tait dĂ©jĂ  inenvisageable par LĂ©nine, la situation est bien pire aujourd’hui. À l’époque de LĂ©nine, si le pouvoir Ă©tait verrouillĂ© par les dominants institutionnels du temps, les peuples, eux, n’avaient pas encore Ă©tĂ© violĂ©s dans le trĂ©fonds de leur Ăąme.

La dĂ©mocratie rĂ©elle et lĂ©gale n’est plus la dĂ©mocratie de PĂ©riclĂšs. DĂ©mocratie virtuelle, information univoque gĂ©nĂ©ralisĂ©e et choisie, culpabilisation du « penser autrement » quand ce n’est pas la loi « dĂ©mocratique » qui l’interdit, instrumentalisation Ă  outrance d’évĂšnements soigneusement sĂ©lectionnĂ©s : le « bourrage de crĂąne » cher Ă  nos aĂŻeux de la Grande Guerre est majestueusement surclassĂ© par nos Ă©lites et journalistes omnipotents aux pieds desquels nos politiques se prosternent humblement. SociĂ©tĂ© de l’image et du paraĂźtre, sans convictions autres que celles de plaire et de se plier aux diktats prĂ©tendus d’une « évolution » irrĂ©sistible et bienfaitrice de l’histoire du monde. Alea jacta est.

Les peuples manifestent un dĂ©sir de changement mais ne veulent pas en assumer les risques ou les sacrifices. Leurs indignations sont souvent lĂąches et Ă©phĂ©mĂšres. C’est l’aboutissement d’une politique de la peur menĂ©e par les pseudo-dĂ©mocraties qui n’ont comme argument que celui d’expliquer que leur alternative ne rĂ©side que dans le chaos du danger nazi permanent, et que, en outre, le bien-ĂȘtre douillet du confort consumĂ©riste, acquis grĂące Ă  elles, est finalement un empĂȘchement Ă  toute tentation nouvelle. Le stratagĂšme fonctionne depuis plus de soixante ans. Mais si les mouvements des peuples sont trĂšs lents et souvent Ă  long retardement sur les Ă©vĂšnements, ses brusques revirements sont toujours imprĂ©visibles, inattendus et fondĂ©s sur des incidents apparemment mineurs, mais qui dĂ©clenchent les rĂ©volutions. C’est la seule issue qui semble encore possible pour sortir d’une situation figĂ©e telle qu’on la connaĂźt aujourd’hui.

Compter sur l’action d’une « élite minoritaire agissante » comme l’avaient thĂ©orisĂ©e les rĂ©volutionnaires passĂ©s, est une erreur par rapport Ă  l’évolution de nos sociĂ©tĂ©s individualistes qui se croient informĂ©es et autonomes.

En consĂ©quence, seule une gigantesque vague populaire majoritaire difficilement maĂźtrisable pourrait venir Ă  bout de la dictature des esprits imposĂ©e jusqu’alors. Sortir d’une impasse impose soit de refluer, soit d’en dĂ©truire le mur. L’unique solution rĂ©side donc dans l’accĂ©lĂ©ration du travail de rejet populaire de la situation actuelle. Plus de dĂ©linquance, plus d’impunitĂ©, plus de terrorisme, plus de justice partiale, plus de dĂ©liquescence morale, plus de destruction familiale, plus d’individualisme, encore moins d’instruction, encore moins de travail, encore plus d’inĂ©galitĂ©s, encore moins de valeurs, encore plus de journalistes partisans (c’est plus difficile
), plus de Macron enfin, vĂ©ritable incarnation rĂ©vĂ©lĂ©e d’un ventre mou au visage d’ange qui rassure pour mieux dĂ©truire encore. Faisons rĂ©solument confiance Ă  nos politiques pour rĂ©aliser tous ces « plus » et ces « moins » sans qu’il soit besoin de faire quoi que ce soit. Quant au Front National, son destin est de devenir un parti de droite fondu aux RĂ©publicains (LR), comme le MSI s’est dissous dans une Alliance Nationale berlusconienne, ou de disparaĂźtre. Il n’est qu’une fausse bonne idĂ©e peut-ĂȘtre seulement transitoire.

La politique du pire, certes dangereuse aussi, doit s’accompagner Ă  l’inverse de structures au discours modĂ©rĂ©, non militantes, de maillage des territoires, Ă  tous les niveaux, presse, internet, associations, Ă©lections locales, destinĂ©es Ă  organiser le moment venu la relĂšve des peuples. C’est lĂ  que rĂ©side l’essentiel du travail rĂ©volutionnaire Ă  long terme, nĂ©cessitant patience et rĂ©flexion, tout en incitant Ă  encourager les plus dangereux adversaires de la libĂ©ration des peuples. Les plus dangereux : la social-dĂ©mocratie libĂ©ralo-laxisto-tempĂ©rĂ©e, incarnĂ©e par Mme Merkel, MM Fillon ou Macron, ou tous autres personnages europĂ©isto-mondialistes, tenants de la financiarisation de l’économie, infĂ©odĂ©s aux puissances financiĂšres globalisĂ©es. À l’inverse, se rapprocher de tous les autres, pour mieux les assimiler au grand mouvement europĂ©en de rĂ©volte impulsĂ© par la rĂ©volution ainsi prĂ©parĂ©e. Le temps des Catacombes est revenu.

L’époque n’est plus aux grandes envolĂ©es lyriques, aux affrontements de rue. Cette rue appartient dĂ©finitivement aujourd’hui Ă  nos adversaires. Laissons la leur. Les peuples la leur reprendront.

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Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertĂ©s.

A propos de l'auteur

Richard Dessens

Enseignant pendant plusieurs annĂ©es dans une Ă©cole prĂ©paratoire aux concours d’entrĂ©e aux IEP et Écoles de journalisme, Richard Dessens crĂ©e et dirige parallĂšlement une troupe de thĂ©Ăątre dans la rĂ©gion de Montpellier. Docteur en droit, DEA de philosophie et licenciĂ© en histoire, il est l’auteur d’ouvrages de philosophie et d’histoire des idĂ©es politiques, de relations internationale. Son dernier livre paru est "Henri Rochefort ou la vĂ©ritable libertĂ© de la presse" aux Ă©ditions Dualpha.

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