Vous venez de signer un livre important, France-Islam le choc des préjugés, notre histoire des Croisades à nos jours, essai qui ouvre de nombreuses pistes. Comment résumer ces préjugés en question ?

Ces prĂ©jugĂ©s ne furent pas statiques. D’oĂč la difficultĂ© de les rĂ©sumer en quelques lignes. En effet, la perception de l’Arabe et de l’islam, en France, dĂ©pendra fortement de la pĂ©riode dans laquelle on se situe. Sans trop nous rĂ©pandre en dĂ©tails, l’on peut dire que le fanatisme, la violence, l’inclination au vol et au pillage, la paresse, la fourberie, la ruse, la cruautĂ© constitueront, peu ou prou, une constellation de tares, si je puis dire, plus ou moins stable dans le temps et contribueront Ă  façonner la figure de l’Arabe dans l’imaginaire de la sociĂ©tĂ© française. Ces « tares » seront expliquĂ©es par le fait que les Arabes ont embrassĂ© l’islam, un culte nĂ©faste qui transforme celui qui le professe en un ĂȘtre mĂ©prisable voire dĂ©testable. En rĂ©sumĂ©, l’on pourrait dire que c’est l’islam qui a rendu l’Arabe mauvais. Cette perception va dominer jusqu’au XVIIIe siĂšcle. À l’ùre du racialisme, les choses vont changer radicalement
 Et pour cause, les « tares » prĂ©citĂ©es vont se biologisĂ©es. Dit autrement, ce ne sera plus l’islam qui les produira mais la nature intrinsĂšque et, partant, biologique de l’Arabe qui en sera Ă  l’origine. Quant Ă  l’islam, il ne fera que les entretenir.

Dans votre livre, mais peut-ĂȘtre sera-ce le sujet d’un prochain opus, vous n’évoquez pas la rĂ©ciproque : Ă  savoir, les prĂ©jugĂ©s du monde oriental Ă  l’égard de son Ă©quivalent occidental d’alors, tels qu’ils ont Ă©tĂ© assez bien dĂ©peints par Amin Maalouf dans ses cĂ©lĂšbres Croisades vues par les Arabes. Quelques mots sur ces autres prĂ©jugĂ©s ?

Excellente question qui pose celle de l’universitĂ© du prĂ©jugĂ©. En effet, les stĂ©rĂ©otypes et les prĂ©jugĂ©s ne sont nullement une particularitĂ© française ou europĂ©enne. Soutenir le contraire relĂšverait du racisme pur car cela reviendrait Ă  attribuer Ă  un groupe d’humains, en l’occurrence, les EuropĂ©ens, une tare particuliĂšre que l’on pourrait dĂ©crire comme une certaine inclination Ă  la stĂ©rĂ©otypisation. Ceci Ă©tant dit, et pour rĂ©pondre plus directement Ă  cette question, on peut dire que les prĂ©jugĂ©s dĂ©veloppĂ©s dans le monde arabo-musulman Ă  l’égard du monde Occidental, les plus frĂ©quents, sont les suivants : libertinage, superficialitĂ©, hĂ©donisme, perte des valeurs fondamentales, absence de sens, etc.

Ces prĂ©jugĂ©s, comme souvent, relĂšvent de l’ordre sexuel et semblent encore avoir la vie rude aujourd’hui. « Le musulman est un polygame fornicateur », tandis que la chrĂ©tienne serait « femme dĂ©pravĂ©e offerte au premier venu » 

Les prĂ©jugĂ©s d’ordre sexuels relatifs aux Sarrasins sont apparus Ă  l’époque des Croisades (XIIe siĂšcle – XIIIe siĂšcle). TrĂšs rapidement le culte des Sarrasins sera perçu, en France, comme un permis de forniquer. De nombreux Ă©crits datant de cette Ă©poque, celle des Croisades, ont dĂ©veloppĂ© des rĂ©cits dans lesquels on apprend que le sarrasin est un ĂȘtre voluptueux, charnel, se livrant, sans limite aucune, au stupre, Ă  la dĂ©bauche ; ces derniers ne faisant qu’appliquer les commandements ignobles que Mahomet aurait dictĂ©s dans son Al Coran d’inspiration diabolique. La femme arabe n’échappera pas Ă  ce type de rĂ©duction. Elle sera, elle aussi, vue, en particulier Ă  partir de la Renaissance, comme un ĂȘtre lascif 
 Les rĂ©cits des voyageurs français de la Renaissance participeront au dĂ©veloppement de cette vision d’un Orient arabe hautement voluptueux, pour ne pas dire dĂ©bauché 

Pour en revenir plus loin dans les siĂšcles, le « mahomĂ©tan » est tout d’abord, vu de la France chrĂ©tienne d’alors, considĂ©rĂ© comme un idolĂątre vaguement sataniste, puis comme un « égaré » professant malgrĂ© tout un peu de « vraie foi ». Comment s’opĂšre le glissement ?

Le glissement a lieu grĂące au travail remarquable de Pierre le VĂ©nĂ©rable, abbĂ© de Cluny du XIIe siĂšcle. Tout du moins il y contribue fortement en traduisant le Coran en latin. Il dĂ©truit alors l’idĂ©e reçue selon laquelle les Sarrasins vouent un culte diabolique Ă  Mahomet. Il montre aussi, Ă  partir de cette toute premiĂšre traduction du Coran, que les Sarrasins croient en JĂ©sus et en la Sainte-Vierge. C’est une rĂ©volution ! Les Sarrasins, hier encore ministres du Diable sur terre, deviennent, aux yeux de Pierre le VĂ©nĂ©rable de simples hĂ©rĂ©tiques. Mieux ! Ces Sarrasins seront perçus comme des chrĂ©tiens unitariens, Ă  l’image des adeptes du prĂȘtre chrĂ©tien Arius qui, au IVe siĂšcle, s’insurgea contre la vision trinitaire du christianisme
 Citons aussi les travaux du grand thĂ©ologien français Alain de Lille qui au XIIe siĂšcle contribuera Ă  amĂ©liorer l’image du Sarrasin en France en dĂ©veloppant un discours encore plus rĂ©volutionnaire que celui de Pierre le VĂ©nĂ©rable.

De mĂȘme, de quelle maniĂšre les musulmans considĂšrent-ils leurs rivaux chrĂ©tiens ? Des « égarĂ©s », eux aussi ? On notera Ă©galement le fait que si les musulmans frĂ©quentent les chrĂ©tiens, de longue date installĂ©s dans les territoires conquis, la rĂ©ciproque ne vaut pas forcĂ©ment. Cette connaissance est-elle donc asymĂ©trique Ă  l’époque ?

D’un point de vue thĂ©ologique, les sources canoniques de l’islam sont claires Ă  ce sujet : il est fait obligation aux musulmans de traiter avec Ă©gard et dĂ©fĂ©rence les chrĂ©tiens ainsi que les juifs d’ailleurs. Ces derniers constituant ce que les thĂ©ologiens musulmans nomment les « gens du Livre ». Pour les musulmans, les chrĂ©tiens, dont les textes saints, les Évangiles, sont reconnus par l’islam, ont falsifiĂ©, en partie, lesdits Évangiles. Cela n’en fait par pour autant des « égarĂ©s » pour les musulmans qui prĂ©fĂšrent utiliser ce terme pour ceux et celles qui nient l’existence de Dieu.

Quant Ă  cette asymĂ©trie dans la connaissance de l’altĂ©ritĂ©, il faut la nuancer car les Croisades vont participer Ă  la multiplication des contacts et des Ă©changes ; Ă©changes commerciaux, diplomatiques mais aussi culturels
 L’on aurait tort de rĂ©duire l’histoire des Croisades Ă  l’affrontement de deux blocs homogĂšnes. Une analyse des faits historiques dĂ©monte cette thĂšse simpliste est caricaturale au possible.

Vous insistez longuement sur un point des plus intĂ©ressants : en ses dĂ©buts, l’islam fut longtemps tenu pour une Ă©niĂšme hĂ©rĂ©sie chrĂ©tienne de type arianiste, soit un christianisme « dĂ©viant » qui niait la divinitĂ© du Christ. D’oĂč la facilitĂ©, peut-ĂȘtre, qu’ont eu de nombreux chrĂ©tiens Ă  se convertir Ă  la religion du ProphĂšte tout en ayant la conviction de ne pas trahir leur foi d’origine ?

En effet, comme je l’ai dit plus haut, l’islam, que l’on n’appelait pas encore ainsi au Moyen-Ăąge, s’apparentera – grĂące aux travaux prĂ©curseurs de Pierre le VĂ©nĂ©rable et d’Alain de Lille – de plus en plus Ă  un nouvel arianisme, c’est-Ă -dire Ă  un christianisme unitarien ! Cela ne pourra que favoriser les conversions.

Au-delĂ  des prĂ©jugĂ©s et des affrontements militaires, les Ă©changes Ă©conomiques et scientifiques entre islam et chrĂ©tientĂ© n’ont jamais cessĂ©, mĂȘme, et surtout durant les Croisades. Dans l’histoire de l’humanitĂ©, le commerce a parfois Ă©tĂ© fauteur de guerre ; en la circonstance, commerçants et savants ont-ils Ă©tĂ© facteurs de paix ?

De façon gĂ©nĂ©rale, les Ă©changes Ă©conomiques, culturels et scientifiques contribuent Ă  la paix. Ce fut le cas en Orient, y compris durant l’épisode des Croisades. Des chrĂ©tiens et des musulmans pragmatiques avaient compris qu’ils avaient plus intĂ©rĂȘt Ă  commercer qu’à guerroyer ! Ainsi le reflux du dĂ©sir d’en dĂ©coudre avec les Sarrasins et, partant, l’envie de prendre la croix marquent, au XIVe siĂšcle le dĂ©but d’un certain engouement pour la culture arabe. Ne voit-on pas, au XIVe, le roi de France, Charles V porter des bijoux ornĂ©s de lettres arabes tandis que ceux que l’on appellera, au siĂšcle prochain, humanistes, rivaliseront d’intĂ©rĂȘt, pour la mĂ©decine arabe, du moins pour une partie d’entre eux


Avec la naissance de l’empire ottoman, les prĂ©jugĂ©s paraissent changer du « Maure » au « Turc », et le regard se faire plus bienveillant pour le second, il suffit pour s’en convaincre de relire MoliĂšre et son Bourgeois gentilhomme dĂ©corĂ© de l’Ordre du Grand mamamouchi. Est-ce le dĂ©but de l’orientalisme Ă  l’europĂ©enne dont la France, historiquement, fut le principal fer de lance ?

Oui. En effet. À ce propos, il est important de rappeler que la France va nouer, au grand dam de l’Europe chrĂ©tienne et de l’Église, une alliance stratĂ©gique avec les Turcs ottomans ; alliance qui sera consacrĂ©e par les fameuses Capitulations, sorte d’accord gĂ©opolitique permettant aux français, en guerre contre le Saint-empire romain germanique (une grande partie de l’Europe occidentale), de sillonner tout l’Orient arabe. Ce sera le dĂ©but des grands rĂ©cits de voyages et des missions chrĂ©tiennes dans les pays du Levant. AssurĂ©ment, l’orientalisme, tel que nous le dĂ©finissons aujourd’hui, plonge ses racines profondes dans cette alliance franco-musulmane qui durera des siĂšcles. Une alliance totalement oubliĂ©e aujourd’hui
 Quel dommage !

Toujours Ă  vous en lire, on comprend bien que les clercs catholiques, souvent les plus “conservateurs”, tentĂšrent de comprendre en profondeur la rĂ©alitĂ© islamique, alors que leurs adversaires anticlĂ©ricaux tenaient cette foi pour encore plus archaĂŻque et rĂ©trograde que le christianisme. L’Esprit des lumiĂšres Ă©tait-il donc si lumineux que ça ?

C’est un lieu commun de croire que les philosophes des LumiĂšres furent porteurs d’une tolĂ©rance universelle. Il suffit pour se convaincre du contraire de parcourir les Ă©crits de Diderot, de Voltaire ou de D’Alembert. De la mĂȘme façon, c’est aller vite en besogne que de rĂ©duire les clercs Ă  des apĂŽtres de l’intolĂ©rance. Dans mon livre, je parle de l’abbĂ© Antoine GuenĂ©e qui s’insurgea contre l’ardente judĂ©ophobie de Voltaire


Vous semblez dĂ©velopper le mĂȘme constat, lors de longues pages consacrĂ©es Ă  l’AlgĂ©rie française, Ă  l’occasion desquelles le lecteur se rend compte que la badine royale aurait peut-ĂȘtre Ă©tĂ© moins rude que la fĂ©rule rĂ©publicaine
 En un mot comme en cent, un descendant d’Hugues Capet aurait-il fait tirer sur la foule de Setif, en 1945, ce que ne se sont pas privĂ©s de faire les enfants de Marianne ? Et, d’un point de vue « mahomĂ©tan », Charles de Foucauld vaudrait-il mieux qu’un Maximilien Robespierre ?

LĂ  encore, en effet, les prĂ©jugĂ©s sont nombreux. Je pense bien Ă©videmment au trĂšs catholique Charles de Montalembert fustigeant, Ă  l’AssemblĂ©e Nationale, dans les annĂ©es 1840, les mĂ©thodes barbares de la colonisation en AlgĂ©rie. Je pense aussi Ă  Louis Veuillot. Un temps secrĂ©taire du gĂ©nĂ©ral Bugeaud, ce catholique intransigeant, plein de compassion sur le sort peu enviable des indigĂšnes d’AlgĂ©rie, regrettera que la France agioteuse et cupide, entendez la France rĂ©publicaine, l’ait emportĂ© sur la France chrĂ©tienne qui aurait traité plus humainement les indigĂšnes algĂ©riens.

Pour en venir Ă  une actualitĂ© plus immĂ©diate, ces prĂ©jugĂ©s paraissent avoir encore la vie rude dans notre France contemporaine. D’oĂč un autre clichĂ© Ă  l’envers, celui de la persistance du sentiment victimaire d’une partie de nos jeunes compatriotes d’origine maghrĂ©bine se plaignant que leurs pĂšres aient Ă©tĂ© colonisĂ©s, alors que leurs lointains ancĂȘtres ont colonisĂ© jusqu’à l’IndonĂ©sie, lĂ  oĂč Alexandre le Grand n’avait pu aller. Sans aller aussi loin, le sud de la France fut lui aussi colonisĂ© bien avant que la France ne fasse tomber la smala d’Abd el Kader


C’est lĂ  encore un Ă©lĂ©ment d’histoire, trĂšs important, que mon livre porte Ă  la connaissance de tous. Les Sarrasins, au VIIIe siĂšcle, ont en effet colonisĂ© le sud de la France, ce bien avant que celle-ci ne foule le sol algĂ©rien au XVIIe siĂšcle, avec la tentative ratĂ©e de Louis XIV de conquĂ©rir l’AlgĂ©rie, en 1664. C’est ce que j’ai appelĂ© dans mon livre « La premiĂšre guerre d’AlgĂ©rie ». Vous avez tout Ă  fait raison : la posture victimaire se nourrit de l’ignorance de cette histoire commune. Ceux et celles, issus de l’immigration maghrĂ©bine, doivent savoir que si les Sarrasins auraient pu pousser leur avantage au-delĂ  de la rĂ©gion de Narbonne qu’ils ont occupĂ© prĂšs d’un siĂšcle, ils l’auraient fait ; Ă  n’en point douter !

PrĂ©jugĂ© pour prĂ©jugĂ©, la vision qu’ont certains Français de souche vis-Ă -vis de certains Français de branche se rĂ©sume souvent Ă  des histoires, de voiles, de barbes et de kamis. Nonobstant, il y a toujours une part de vĂ©ritĂ© derriĂšre le prĂ©jugé 

DĂ©velopper des prĂ©jugĂ©s sur un groupe humain donnĂ©, c’est attribuer les mĂȘmes caractĂ©ristiques Ă  l’ensemble des individus composant ledit groupe, d’une part, et rĂ©duire ce groupe-lĂ  Ă  quelques caractĂ©ristiques particuliĂšres, d’autre part. DĂ©velopper un prĂ©jugĂ©, c’est donc homogĂ©nĂ©iser un groupe dont la complexitĂ© est rĂ©duite Ă  des caractĂ©ristiques simplistes et, somme toute, naĂŻves. Notons que le cerveau humain a une tendance naturelle Ă  dĂ©velopper des prĂ©jugĂ©s. C’est une façon commode de comprendre notre environnement en rĂ©duisant au maximum les informations que l’on reçoit. Ainsi, pour traverser une rue, il n’est pas utile de connaitre dans le dĂ©tail les vĂ©hicules qui roulent mais seulement de prendre acte que ces derniers sont lĂ . Le besoin de comprimer l’information est ici nĂ©cessaire. Nul besoin, en effet, de connaitre dans le dĂ©tail la puissance des vĂ©hicules, leur tonnage ou leur type de motorisation. Cette façon de procĂ©der s’applique bien Ă©videment Ă  l’altĂ©ritĂ© que l’on a tĂŽt fait, parfois, de simplifier Ă  outrance


L’islam, religion universelle, serait-elle, en France, en passe de se rĂ©sumer Ă  de simples interdits alimentaires et autres codes vestimentaires, comme si nombre de nos compatriotes de confession musulmane Ă©taient devenus incapables de distinguer le cultuel du culturel
 Est-il donc nĂ©cessaire de se dĂ©guiser en Arabe pour ĂȘtre un bon musulman, posture qui, il faudrait sourd et aveugle pour ne pas le comprendre, braque lĂ©gitimement une large partie d’une France de plus vieille lignĂ©e ?

Il est impĂ©ratif de “dĂ©sarabiser” l’islam de France. Comme je le montre dans le livre, l’altĂ©ritĂ© arabe est chargĂ©e de stĂ©rĂ©otypes enfouis dans les plis et replis de l’imaginaire collectif français ; stĂ©rĂ©otypes dont nous n’allons pas nous dĂ©faire aussitĂŽt. Nous avons donc tout intĂ©rĂȘt Ă  construire un islam de France coupĂ© de ses rĂ©fĂ©rences nord-africaines. Il nous faut donc franciser l’islam de France, si je puis dire. Cela rassurera une partie de nos compatriotes soucieux de prĂ©server l’identitĂ© française qu’ils sentent menacĂ©e par une arabo-islamisation de la sociĂ©tĂ©. Il appartient Ă  ces derniers de comprendre aussi que l’identitĂ© nationale n’est pas statique. C’est un objet dynamique qui se construit au grĂ© du temps via des interactions internes et des Ă©changes avec le monde extĂ©rieur. Jadis, l’identitĂ© française Ă©tait catholique et monarchique. Puis une identitĂ© protestante s’est greffĂ©e Ă  l’identitĂ© nationale, tant que bien que mal. Ne parlons pas de la judaĂŻtĂ© qui a eu les plus grandes difficultĂ©s Ă  ĂȘtre pleinement acceptĂ©e. Il y a aujourd’hui l’islamitĂ© qui frappe Ă  la porte de l’identitĂ© nationale
 C’est un peu plus compliquĂ©. Il faut du temps. Mais l’on y arrivera.

PrĂ©jugĂ© pour prĂ©jugĂ©, une fois de plus. D’un cĂŽtĂ©, une jeunesse en plein repli identitaire, culturel et religieux. De l’autre, la nouvelle norme dominante, Ă  base de tĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ©, de rĂ©seaux sociaux, de vulgaritĂ© gĂ©nĂ©ralisĂ©e et d’addiction Ă  la tyrannie numĂ©rique. Quand le petit Jean-Paul ne sait mĂȘme plus oĂč il habite, comment exiger du petit Karim qu’il aime une France dont il ne sait rien, et qu’il pourrait apprendre Ă  aimer si toutefois on avait pris la peine de la lui faire connaĂźtre ?

C’est bien vrai. Notre sociĂ©tĂ© française, consumĂ©riste, hĂ©doniste, en partie nihiliste, et un rien Ă©goĂŻste semble en panne de projet collectif faisant sens. Comment dans ces conditions faire aimer notre France Ă  un petit « Karim » qui en plus porte en lui les stigmates du dĂ©chirement culturel ? Modestement, et sans prĂ©tention aucune, je crois que ce livre peut apporter un dĂ©but de solution car il montre une grandeur française que mes prĂ©jugĂ©s, naguĂšre, m’ont empĂȘchĂ© de voir. Et Dieu sait si j’en avais ! Ce livre est la naissance de ma francitĂ©, c’est-Ă -dire ma renaissance. Il est l’Ɠuvre d’un « borna gain » de la francité ! Il est donc tout Ă  fait possible d’amarrer « Karim » et ses amis Ă  cette grande France qui existe bel et bien mais que nos prĂ©jugĂ©s ont dĂ©figurĂ©s.

France-islam, le choc des préjugés. 324 pages 18 euros. Plon, éditeur.

(Entretien paru sur le site filsdefrance.fr)