Il a fallu mille ans Ă  l’Église pour imposer le christianisme Ă  l’Europe entiĂšre, tant la rĂ©volution fondamentale qu’elle proposait s’opposait aux concepts traditionnels des sociĂ©tĂ©s europĂ©ennes.

« Le Verbe s’est fait homme » donnait un autre sens au sacrĂ© et Ă  la politique. L’idĂ©e a scandalisĂ© en son temps les vieux Romains. Le « Rendez Ă  CĂ©sar  » dissociait en apparence le religieux du politique, notion inconnue des sociĂ©tĂ©s naturelles europĂ©ennes, et sapait l’autoritĂ© de l’État pour mieux l’accaparer peu Ă  peu. La notion de « pĂ©ché » remplace celle de l’honneur. L’humanisme et la compassion sont en germe dans le christianisme, avec l’individualisme et la dĂ©liquescence des valeurs fondamentales de l’homme et des religions naturelles.

Enfin le libĂ©ralisme politique puis Ă©conomique, hĂ©ritier de l’humanisme – ou se servant de lui – exacerbe l’individualisme et ouvre la porte Ă  la toute-puissance de l’homme par-delĂ  la nature et son droit. C’est ainsi que l’homme se croit enfin l’égal de Dieu. Notre monde occidental dominĂ© par la pensĂ©e chrĂ©tienne, minĂ© par ses valeurs, renonce Ă  son identitĂ© au nom d’un cosmopolitisme stoĂŻcien prĂ©chrĂ©tien suicidaire.

Le Pape François par ses dĂ©clarations rĂ©centes sur le devoir d’accueil de l’Europe des flux migratoires est dans la parfaite lignĂ©e de la pensĂ©e chrĂ©tienne fondamentale et son idĂ©al de mixitĂ©. Évoquer mĂȘme les questions identitaires sera bientĂŽt sans objet tant les mĂ©langes interraciaux auront enfin atteint le but suprĂȘme d’une seule race humaine telle qu’il est lĂ©gal seulement d’en parler.

En revanche, il est intĂ©ressant de parler de « civilisation chrĂ©tienne » de l’Europe si l’on considĂšre la formule sous un angle politique et juridique. L’Église s’est glissĂ©e dans le moule de l’État romain Ă  la faveur de sa dĂ©cadence dont elle ne fut que l’un des aspects. Elle eut le grand mĂ©rite de perpĂ©trer le legs juridique et politique romain, mĂȘme en l’amendant parfois en sa faveur. Ce qu’on a appelĂ© l’« augustinisme politique » et le conflit thĂ©ologico-politique jusqu’au XIVe siĂšcle est une lutte pour le pouvoir. Tous les pouvoirs : spirituel et temporel. Ce qu’on reproche Ă  l’Islam d’aujourd’hui – la confusion du temporel et du spirituel – a Ă©tĂ© la rĂšgle en Europe jusqu’au moins la RĂ©volution bourgeoise de 1789, et peut-ĂȘtre mĂȘme jusqu’en 1905 pour la France.

Le second point qui retient l’attention est Ă  la fois la mesure de la difficultĂ© Ă  imposer sa conception de l’homme Ă  l’Europe, mais aussi le maintien – totalement travesti certes – des traditions naturelles europĂ©ennes. MĂȘme les plus tĂ©nues enfouies dans l’oubli organisĂ©. La plupart des grandes fĂȘtes chrĂ©tiennes sont la rĂ©cupĂ©ration des grandes fĂȘtes de la religion naturelle : NoĂ«l (Solstice d’hiver ; JĂ©sus n’est pas nĂ© le 25 dĂ©cembre !), La Saint Jean (aujourd’hui laĂŻcisĂ© en fĂȘte « JackLangesque » de la musique !) est la grande fĂȘte du Solstice d’étĂ©, PĂąques et bien d’autres Ă©vĂšnements. Les lieux du culte « paĂŻen » ont Ă©tĂ© simplement rĂ©adaptĂ©s Ă  la nouvelle religion. Bref, tout a Ă©tĂ© mis en Ɠuvre pour changer de religion sans changer les habitudes, mais tout en instillant des comportements et des attitudes Ă  l’opposĂ© de ceux de l’ancienne religion naturelle.

Le christianisme, religion rĂ©vĂ©lĂ©e, n’est pas une religion Ă©cologique, loin de la nature par nĂ©cessitĂ© de contraste et mĂȘme par idĂ©ologie. Il est surprenant que nos Ă©cologistes ne militent pas Ă  la rĂ©surgence des religions traditionnelles dans lesquelles ils trouveraient un substrat spirituel mobilisateur. Ceci dit on peut le faire sans eux, la vĂ©ritable Ă©cologie Ă©tant une philosophie qui a peu Ă  voir avec les choix politiques et idĂ©ologiques des prĂ©tendus Ă©cologistes d’aujourd’hui.

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Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertĂ©s.

A propos de l'auteur

Richard Dessens

Enseignant pendant plusieurs annĂ©es dans une Ă©cole prĂ©paratoire aux concours d’entrĂ©e aux IEP et Écoles de journalisme, Richard Dessens crĂ©e et dirige parallĂšlement une troupe de thĂ©Ăątre dans la rĂ©gion de Montpellier. Docteur en droit, DEA de philosophie et licenciĂ© en histoire, il est l’auteur d’ouvrages de philosophie et d’histoire des idĂ©es politiques, de relations internationale. Il a entres autres livres publiĂ© aux Ă©ditions Dualpha "Henri Rochefort ou la vĂ©ritable libertĂ© de la presse", "La dĂ©mocratie interdite" et "Histoire et formation de la pensĂ©e politique".

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