VoilĂ  donc que toute la grande lutte pour que la femme soit libĂ©rĂ©e de « l’assujettissement patriarcal », tout le combat pour que sa dignitĂ© soit affirmĂ©e face Ă  « la mainmise machiste », toute la dĂ©fense enhardie d’une libertĂ© sexuelle qui passe par exprimer sans bigoterie la splendeur du corps et de sa nuditĂ©, voilĂ  donc que tout cela, prĂŽnĂ© avec tant d’acharnement par fĂ©ministes et gauchistes – avec tant de raison aussi, du moins au dĂ©but –, ce n’était rien, c’était faux, c’était une tromperie. Car ces droits – on le voit maintenant – se trouvent soumis, Ă  leurs yeux, Ă  quelque chose d’autre, Ă  quelque chose de supĂ©rieur, mĂȘme si pour l’instant ils sont encore valables pour les femmes europĂ©ennes. Mais pour elles seules, non pas pour les musulmanes, dont les symboles vestimentaires de l’oppression sont dĂ©fendus par fĂ©ministes et gauchistes, comme on le voit Ă  l’occasion de la polĂ©mique dĂ©veloppĂ©e autour des femmes recouvertes par des burkas de bain.

Faisons un peu d’histoire. Tournons-nous quelques dĂ©cennies en arriĂšre et reconnaissons qu’il Ă©tait plus que juste le combat entrepris chez nous pour l’égalitĂ© des droits des femmes (on pourrait d’ailleurs dire la mĂȘme chose concernant l’homosexualitĂ©) ; un combat dont la gauche prit d’ailleurs les commandes face Ă  une droite qui s’y opposa au dĂ©but et se plaça Ă  sa traĂźne par la suite.

Il faut cependant reconnaĂźtre que la condition de la femme sur les terres europĂ©ennes n’a jamais eu rien Ă  voir avec le sort qui est le sien sur les terres de l’Islam, lĂ  oĂč le degrĂ© de son autonomie est mesuré  au nombre de coups de fouet ou de pierres. Davantage, c’est dans la vision du monde qui, chez nous, est sous-tendue de la sorte, c’est lĂ  que se trouve l’une des composantes de la face noble, belle, de notre temps. Car celui-ci – c’est lĂ  notre drame – a deux faces on ne peut plus opposĂ©es : celle de notre grandeur potentielle et celle de notre misĂšre factuelle, deux faces qui s’entrelacent d’une façon si insidieuse que tout ce qui façonne la premiĂšre semble condamnĂ© Ă  s’y opposer dans la seconde. C’est ainsi que l’égalitĂ© des droits entre les deux sexes a abouti Ă  la haine hystĂ©rique qui suinte chez les fĂ©ministes radicales d’aujourd’hui, tout comme cette mĂȘme Ă©galitĂ© a dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© – la « thĂ©orie du genre » est son nom – dans la dissolution de la diffĂ©rence sexuelle elle-mĂȘme.

Et pourtant, il Ă©tait tout Ă  fait nĂ©cessaire, ce combat. Il l’était – mais il ne l’est plus. Ce qu’il faut combattre aujourd’hui c’est justement la confusion de rĂŽles, la dissolution d’identitĂ©s. Le combat d’hier est terminĂ© – et gagnĂ©. Mais seulement parmi nous : non pas dans le monde musulman, lĂ  oĂč, Ă  quelques honorables exceptions prĂšs, aucun combat n’a jamais Ă©tĂ© entamĂ©.

Or, c’est lĂ  leur problĂšme – pas le nĂŽtre. Rien ne peut ni ne doit ĂȘtre fait – oublions l’apostolat, mĂȘme laĂŻc – quand on refuse de mettre sur pied d’égalitĂ© les droits des hommes et des femmes, quand on ne supporte pas que la beautĂ© de celles-ci soit montrĂ©e au grand jour. Il n’y aurait aucun sens Ă  essayer de les convaincre du contraire. Nous n’avons pas non plus le droit de les contraindre Ă  accepter ce qu’ils ont en horreur : nos mƓurs, notre façon d’ĂȘtre, notre vision du monde. C’est regrettable pour ceux d’entre eux qui n’acceptent pas un tel ordre, mais nous n’avons pas le choix. Il faut laisser faire, il faut accepter que leurs compatriotes suivent leurs mƓurs, qu’ils vivent selon leurs principes, qu’ils couvrent leurs femmes avec ces symboles – car c’est bien de symboles et non pas de simples vĂȘtements qu’il s’agit – que sont les voiles, les burkas et les burkinis.

Qu’ils les couvrent autant qu’ils veulent. Mais chez eux – pas chez nous.

Ou dans la mesure oĂč ils restent chez nous – dans cette maison commune qui s’appelle encore l’Europe et non pas l’Eurabie –, qu’ils fassent tout ce qui leur plaira, mais chez eux : dans leurs domiciles privĂ©s ou dans des espaces collectifs qui leur soient propres, rĂ©servĂ©s. Non pas dans notre espace public, non pas dans nos rues et sur nos plages, non pas lĂ  oĂč la prĂ©sence de tels symboles constitue un affront Ă  ce que nous sommes au plus profond de nous-mĂȘmes.

Car nous sommes encore quelque chose, nous ne nous sommes pas encore tout Ă  fait Ă©vanouis. Ceux qui, par contre, voudraient bien s’évanouir, n’ĂȘtre rien, ce sont nos gauchistes et nos fĂ©ministes. D’une part, ils restent totalement muets face au sort des femmes musulmanes ; d’autre part, dĂ©sirant l’arrivĂ©e du plus grand nombre possible de foules islamiques, souhaitant que notre identitĂ© se voit ainsi diluĂ©e dans le grand magma multiculturel (sainte naĂŻveté ! Comme si ce n’étaient pas les plus endurants et entreprenants qui finiraient par Ă©craser les grands mous que nous sommes devenus !), ils encouragent la prĂ©sence dans nos rues et sur nos plages des symboles vestimentaires de la Soumission.

Nos gauchistes et nos fĂ©ministes
 Non seulement eux, certes. Il faut leur joindre aussi, moyennant toutes les nuances que l’on voudra, les oligarques libĂ©raux de nos gouvernements mondialistes et de l’Union improprement dite « europĂ©enne ».

Pourquoi une telle claudication de la part des uns et des autres ?

Parce que le pilier sur lequel leur monde repose n’est nullement l’intensitĂ© vitale, le grand Ă©lan de joie, de vie, de puissance, qui bat – qui devrait battre – sous les libertĂ©s, politiques et de mƓurs, que notre temps a conquises. Des libertĂ©s qui ne sont rien – pis, qui dĂ©gĂ©nĂšrent en nihilisme – si elles ne reposent pas sur un principe supĂ©rieur, substantiel ; si elles ne s’enracinent pas dans la terre grasse d’une identitĂ©, d’une communautĂ© de destin : celle de notre patrie europĂ©enne.

Patrie ? Identité ? CommunautĂ© de destin ? Principe supĂ©rieur, substantiel, « sacré » ? VoilĂ  qui les horrifie au plus haut point ! VoilĂ  ce que nos Ă©lites, aussi bien politiques que culturelles, haĂŻssent au plus profond d’elles-mĂȘmes. VoilĂ  ce qu’elles combattent de toutes leurs forces. Rien n’est sacrĂ© pour elles. Rien
 sauf ce rien, ce nĂ©ant auquel l’individu transformĂ© en atome se voit rĂ©duit dans la sociĂ©tĂ© libĂ©rale des masses. Rien, sauf cet individu dont la seule essence consiste Ă  faire ce qu’il veut, ce qui lui chante, ce dont il a envie. Seul le bon plaisir importe : celui d’aller Ă  poil sur les plages ou d’y couvrir le corps avec une burka. Tout devient Ă©gal – Ă©galement bon ou Ă©galement mauvais. Tout se vaut
 et quand tout se vaut, quand tout devient indiffĂ©rent, rien ne vaut rien. Tout se vaut, pour nos Ă©lites
 sauf une chose : revendiquer une patrie belle, noble, grande, enracinĂ©e dans notre passĂ©, projetĂ©e vers notre avenir, assise sur des principes – ne se balançant pas sur le vide.

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