Tout animal vivant possĂšde son libre arbitre et peut soit se conformer aux usages du groupe soit se comporter en hors-la-loi.

Sur Terre, la vie animale s’est organisĂ©e vers une optimisation au moins apparente. On n’en cite que deux exemples : l’apparition de systĂšmes de rĂ©trocontrĂŽles, vouĂ©s Ă  Ă©conomiser des hormones et d’autres mĂ©diateurs faisant la liaison entre les organes ; la complexification du cerveau Ă  mesure de l’évolution des espĂšces
 et le croyant veut Ă  toute force (tels un ThalĂšs de Milet ou un Teilhard de Chardin) y voir une tĂ©lĂ©-finalitĂ© d’ordre divin. Alors qu’à l’évidence, survivent aux catastrophes climatiques et cosmiques (comme les chutes de mĂ©tĂ©orites gĂ©antes), et croissent prĂ©fĂ©rentiellement Ă  d’autres, les espĂšces qui par l’effet du hasard sont adaptĂ©es aux nouvelles conditions d’existence : il y a phĂ©nomĂšne d’adĂ©quation Ă  un milieu donnĂ© et non phĂ©nomĂšne d’adaptation.

SchĂ©ma de l’évaluation des risques liĂ©s aux changements climatiques pour les systĂšmes humains et naturels.

SchĂ©ma de l’évaluation des risques liĂ©s aux changements climatiques pour les systĂšmes humains et naturels (©www.environnement.brussels)

À la jonction des XVIIIe et XIXe siĂšcles, Jean-Baptiste de Lamarck avait dissertĂ© sur l’adaptation des espĂšces Ă  leur environnement. En 1859, Charles Darwin et Alfred Wallace avaient dĂ©montrĂ© que le schĂ©ma rĂ©el est inverse : les mutations se produisent sous l’effet de causes diverses, nullement soumises Ă  un quelconque dessein, et le milieu sĂ©lectionne les espĂšces qui sont les mieux adaptĂ©es Ă  survivre, Ă  prolifĂ©rer, Ă  dominer dans cet environnement. Il y a coĂŻncidence entre un environnement donnĂ© et l’aptitude Ă  y exercer leurs talents naturels d’espĂšces animales et d’essences vĂ©gĂ©tales : celles dont l’attirail morphologique et mĂ©tabolique est adaptĂ© Ă  l’époque climatique vivotent ou dominent, selon leurs capacitĂ©s respectives.

Toute la phrasĂ©ologie lamarckienne sur l’adaptation des espĂšces Ă  l’environnement doit ĂȘtre abandonnĂ©e du fait de son ambiguĂŻtĂ©, fort avantageuse bien sĂ»r pour les sociologues, Ă©ducateurs et rĂ©formateurs de la sociĂ©tĂ©, tous personnages se sentant capables de rĂ©Ă©duquer petits dĂ©linquants, vilains pervers et grands criminels. En s’appuyant sur la sottise lamarckienne, on veut adapter Ă  la sociĂ©tĂ© des individus gĂ©nĂ©tiquement programmĂ©s pour ĂȘtre des asociaux.

Il est encore des scientifiques qui poursuivent la chimĂšre de Lucien CuĂ©not qui Ă©voquait « la prĂ©adaptation gĂ©nĂ©tique ». Pour ce rigoureux optimiste, un insecte mute pour Ă©chapper Ă  un ou des prĂ©dateurs (CuĂ©not, 1911), alors qu’une mutation alĂ©atoire et heureuse ou une suite de mutations permettent Ă  un type d’insecte d’échapper Ă  tel groupe de prĂ©dateurs, ce qui lui permet de prolifĂ©rer dans un milieu oĂč ses concurrents sont dĂ©vorĂ©s.

Naturellement, l’on voulut reporter sur la sociĂ©tĂ© humaine ce que l’on constatait (et interprĂ©tait parfois de curieuse façon) dans le reste du monde animal.

« La sociĂ©tĂ© juste
 est celle [oĂč coexistent] un ordre suffisant protĂ©geant ses membres et un dĂ©sordre suffisant pour offrir Ă  chaque individu toutes les possibilitĂ©s de dĂ©velopper ses dons gĂ©nĂ©tiques » (Ardrey, 1971). Plus exactement une sociĂ©tĂ© fondĂ©e sur l’éthique devrait permettre, pour chaque individu, l’expression de l’innĂ© utile au Bien commun et rĂ©primer fermement l’extĂ©riorisation des pulsions innĂ©es dangereuses et nuisibles Ă  autrui comme Ă  soi-mĂȘme.

La vie en sociĂ©tĂ© doit tenir compte d’une donnĂ©e Ă©galement innĂ©e : l’opposition irrĂ©ductible, car gĂ©nĂ©tiquement programmĂ©e, entre les hommes et les femmes d’ordre (les psychorigides) et les libĂ©raux.

Le tenant de l’ordre n’est pas obligatoirement un conservateur aux plans politique et social, mais il est de personnalitĂ© obsessionnelle et gĂ©nĂ©ralement de caractĂšre affirmĂ©. Fiable, psychorigide et intransigeant, il peut ĂȘtre sincĂšrement altruiste, mais de façon mĂ©thodique, donc lĂ©galiste. Sa motivation est le sens du devoir ou le sens de l’honneur. SchĂ©matiquement, l’on peut affirmer que l’immense majoritĂ© de ces sujets dominĂ©s par le sens de l’ordre et de l’éthique sont partisans de l’innĂ©itĂ© des facultĂ©s humaines.

Le libĂ©ral, en politique et en Ă©conomie, est un enthousiaste sectaire : il croit au progrĂšs, mais il hait toute tradition. Le libĂ©ral est par essence un Ă©goĂŻste, dont la motivation est le succĂšs personnel, un homme qui n’en fait qu’à sa guise tout en se donnant bonne conscience et en voulant paraĂźtre Ă  son avantage dans la comĂ©die humaine. VouĂ© Ă  ce qu’il nomme le dynamisme et qui est, en soi, la rupture de l’ordre Ă©conomique, politique et social Ă©tabli, le libĂ©ral est gĂ©nĂ©ralement un chaud partisan de la prĂ©pondĂ©rance de l’acquis dans les facultĂ©s humaines, avec toutes les possibilitĂ©s de rĂ©Ă©ducation et de manipulation que cela permet d’espĂ©rer.

Les grandes pĂ©riodes historiques sont Ă©crites par les deux types ci-dessus prĂ©sentĂ©s. Les pĂ©riodes de calme sont celles oĂč dominent les autres. Il est en effet Ă©vident qu’entre ces deux types bien tranchĂ©s, prennent place une foule d’opportunistes et de suiveurs, toujours prĂȘts Ă  gober ce qu’a dit le plus convaincant dans l’instant prĂ©sent, celui qui a parlĂ© de la façon la plus dĂ©magogique ou simplement celui qui est intervenu le dernier dans un dĂ©bat. Comme ils forment l’écrasante majoritĂ© de tout Ă©lectorat, l’on comprend aisĂ©ment que la dĂ©mocratie, dictature du nombre, soit le rĂ©gime de l’instabilitĂ©. OĂč gouvernent les opportunistes, l’histoire somnole.

En raison de caractĂ©ristiques cĂ©rĂ©brales diffĂ©rentes, l’homme, plus rationnel, est bien plus lĂ©galiste que la femme, elle-mĂȘme plus sensible aux charmes d’un accommodement entre parties opposĂ©es : la trĂšs italienne combinazzione est un comportement de type fĂ©minin (Bachofen, 1887). L’opposition entre l’homme d’ordre et le libĂ©ral ne recouvre pas du tout celle que l’on observe entre le pessimiste, volontiers cynique, et l’optimiste, parfois bĂ©at au point d’en perdre tout sens commun : pessimisme ou optimisme sont des comportements induits par l’expĂ©rience, acquis et donc modifiables, Ă  la diffĂ©rence des caractĂ©ristiques innĂ©es.

Depuis Platon et Aristote, les premiers thĂ©oriciens du fait politique en Europe, on ergote sans fin sur l’objectif prioritaire : l’État ou la Nation. En rĂ©alitĂ©, toutes les disputes de thĂ©oriciens ne font que reflĂ©ter l’opposition irrĂ©ductible, au sein des Ă©lites dirigeantes de tout pays et en toute Ă©poque, entre libĂ©raux et hommes d’ordre.

Un libĂ©ral fera de jolis discours sur les vertus supposĂ©es de la Nation et pratiquera une politique Ă©conomique efficace, favorisant les entrepreneurs, les nĂ©gociants et les financiers, assez rude pour le vulgum pecus. Un homme d’ordre imposera le culte de l’État, fixant parfois de trĂšs beaux objectifs Ă  moyen et long termes, n’hĂ©sitant pas Ă  sacrifier une gĂ©nĂ©ration pour le bonheur supposĂ© des suivantes. Et ceci s’observe en tous rĂ©gimes, quelle que soit la thĂ©orie Ă©conomique ou politique dominante. C’est l’esprit humain qui domine le fait politique aussi bien que l’économique, bien plus que ne le font les conditions matĂ©rielles.

Il est Ă©vident que l’idĂ©al serait d’amalgamer les deux options, de façon Ă  ce que les maĂźtres de l’État donnent forme Ă  la matiĂšre premiĂšre humaine (la Nation), sans l’exploiter, l’écraser ni la sacrifier : l’on Ă©volue presque dans l’Utopie et l’Uchronie. Car l’étude de l’histoire dĂ©montre que les grandes civilisations naquirent toujours d’époques de fer et de sang, permettant Ă  un État d’ĂȘtre bĂątisseur, organisateur, mĂ©cĂšne. En revanche, le triomphe du libĂ©ralisme Ă©conomique et politique – les annĂ©es 1830-1939, 1950-1970, 1990-Ă  nos jours, en Occident et dans les rĂ©gions occidentalisĂ©es – gĂ©nĂšre parallĂšlement un grand confort matĂ©riel et un profond ennui intellectuel et spirituel, compensĂ© par l’aventure coloniale, les guerres ou la fĂ©erie humanitaire.

Les spiritualistes ont ceci de commun avec les comportementalistes : en dĂ©pit des enseignements de l’histoire, ils espĂšrent assister au triomphe de l’esprit sur l’animalitĂ©, du « Bien » sur le « Mal ». Philosophes platoniciens et stoĂŻciens, esprits religieux bouddhistes, zoroastriens, chrĂ©tiens et musulmans sont persuadĂ©s de l’amĂ©lioration possible des mentalitĂ©s et des mƓurs, aprĂšs conversion de l’humanitĂ© Ă  leurs dogmes et comme les missionnaires sont parfois accompagnĂ©s d’une armĂ©e, on voit survenir des guerres de religions, comme si les conflits d’impĂ©rialisme racial, Ă©conomique ou politique ne suffisaient pas Ă  l’humanitĂ© souffrante. NaĂŻvetĂ© du « progrĂšs moral de l’homme », que de crimes l’on a commis en ton nom, que de crimes le sont encore et le seront par la suite !

Nietzsche (in Ă©crits de 1872) avait raison : « La bontĂ© et la pitiĂ© sont indĂ©pendantes de l’échec ou du succĂšs d’une religion ». GĂ©nĂ©tiquement programmĂ©s, les sentiments altruistes sont affaire de choix personnel. En cela comme pour presque tout, « On est heureusement ou malheureusement né » (Diderot, Le rĂȘve de D’Alembert, de 1769) : heur et malheur dĂ©pendent pour l’essentiel de notre hĂ©ritage gĂ©nĂ©tique, vĂ©ritable fatalitĂ© de l’ĂȘtre humain (le Fatum des Romains ou l’ des Grecs antiques).

Reste Ă  envisager le rĂŽle de l’État dans l’alternative Ordre vs DĂ©sordre, car lĂ  aussi les apparences sont souvent trompeuses


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