Avec érudition et sérieux, Le Vigan brave les sentiers battus universitaires


Esprit prudent, mais prĂ©voyant, notre ami polymathe Pierre Le Vigan avait Ă©crit son petit essai universitaire sur l’addiction bien avant que le mot ne devĂźnt trop Ă  la mode. Les uns parlent d’addiction au sexe, d’autres aux drogues – vieux sujet fatiguĂ© des seventies –, d’autres enfin Ă  la dette ou au pĂ©trole, comme le faisait Thomas Friedman dans un ombrageux Ă©dito du New York Times au moment de la crise de 2007, qui dĂ©clencha, elle, des vocations d’addiction Ă  l’apocalypse ou Ă  l’écroulement du systĂšme – cet aperçu indiquant bien au lecteur combien de psychologie contiendra ici l’essai de notre ami.

Pierre Le Vigan, Face Ă  l’addiction, Ă©ditions La barque d’or.

Pierre Le Vigan, Face Ă  l’addiction, Ă©ditions La barque d’or.

Avec Ă©rudition et sĂ©rieux, Le Vigan brave les sentiers battus universitaires, Ă©vite l’addiction au verbiage jargonneux et se lance dans une sĂ©rie de digressions, d’élargissements et de rĂ©fĂ©rences (Lao Tze, MaĂźtre Eckhart, Balzac,
) qui nous enchantent et balaient le sujet si vite qu’elles lui donnent une aura bien diffĂ©rente !

Si l’homme (le pauvre homme) est un ĂȘtre addictif (le travail, le sexe, Dieu
), l’addiction n’est-elle pas le royal sujet au sens alchimique, qui nĂ©cessiterait son Rabelais ou son Fulcanelli pour en parler ?

Étant moi-mĂȘme soumis Ă  l’addiction des citations (car pourquoi Ă©crire enfin, quand tant de gens brillants ou mĂȘme gĂ©niaux le font mieux que vous ?), je citerai le texte de Pierre
 On trouve ainsi le passage de la nĂ©vrose Ă  la dĂ©pression. Historiquement et freudiennement, cela sonne comme ça. Notre savant Ă©crit : « Trop d’interdits, dans les sociĂ©tĂ©s traditionnelles, crĂ©aient des refoulements et des conflits intĂ©rieurs, mais trop peu de cadres, trop peu de disciplines venues de l’extĂ©rieur enferment l’individu dans un rĂȘve de toute puissance. Le sujet ne souffre d’aucune contrainte affective, mais se voit enserrĂ© dans la course haletante Ă  la jouissance qui le voue Ă  la dialectique ‘’dĂ©pression-antidĂ©pression’’ » [citant J. ArĂšnes et N. Sarthou-Lajus]


*

J’avais lu un jour qu’à la rĂ©bellion des grandes annĂ©es Ă©tudiantes avait succĂ©dĂ© la dĂ©pression postmoderne. Pierre, lui, Ă©crit : « Comme la nĂ©vrose guettait l’individu divisĂ© entre le permis et le dĂ©fendu, la dĂ©pression menace un individu dĂ©chirĂ© entre le possible et l’impossible. »

Un bel aphorisme (de l’HĂ©raclite dĂ©calé ?) : « On a pu dire avec justesse que le dĂ©pressif est un Moi sans sujet, tandis que le schizophrĂšne est un sujet sans Moi. »

Parfois on trouve mĂȘme la vĂ©ritĂ© dans un magazine (lisez leurs pages pratiques, oubliez politique et diplomatie) : « Ils sont incapables de rĂ©aliser que le problĂšme se situe, trĂšs majoritairement, dans l’instabilitĂ© neurobiologique que le produit a crĂ©Ă©e en eux » 

LĂ , je peux en parler d’expĂ©rience. Des mĂ©dicaments prescrits pour je ne sais quel mal de vivre vieux comme Chateaubriand, SĂ©nĂšque, ou Salomon (les proverbes ou l’EcclĂ©siaste bien sĂ»r !) m’emmenĂšrent fort bas. C’est qu’il n’est rien de pire que l’addiction sinon la chasse scientifique Ă  l’addiction. Et comme dirait un sage chinois, La plus grande maladie est de croire que tout doit ĂȘtre guĂ©ri


C’est trĂšs vrai en Ă©conomie et pour le bon taoĂŻste que je suis, l’important est de ne rien faire car en voulant guĂ©rir ou prĂ©venir les crises, on a crĂ©Ă© la modique dette mondiale de 237 000 milliards ou plus.

C’est Pierre qui rappelle Sigmund Freud (gĂ©nie mĂ©connu et mĂ©prisĂ© aujourd’hui) et notre dĂ©sir inconscient de se perdre. Tocqueville Ă©voquait cette angoisse de vivre de l’AmĂ©ricain qui le frappe au milieu de son effervescence politique, de sa frĂ©nĂ©sie matĂ©rialiste. Mais le remĂšde des addictifs est toujours pire que le mal (c’est ainsi qu’on pourrait dĂ©finir un addictif ?) : « L’addiction au sport, l’addiction aux conduites Ă  risque, l’addiction au travail le montrent aussi : l’addiction est une angoisse devant l’incertain, et, ainsi, souvent une fuite en avant, une volontĂ© de programmer l’incertitude pour ainsi la maĂźtriser. »

RĂ©cemment je suis allĂ© relire Foucault, absent ici (ils ne sont pas nombreux !) et qui disait trĂšs justement : « À la suite de cette nouvelle circonspection, toute une armĂ©e de techniciens est venue soulager le bourreau, l’anatomiste immĂ©diat de la souffrance : les gardes, les mĂ©decins, les aumĂŽniers, les psychiatres, les psychologues, les Ă©ducateurs. »

Eh oui, le monde moderne c’est cela, et c’est ce qui nous coupe les couilles (Pierre parle de castration). Freud Ă©crivait, ce grand esprit biblique selon mon vieux maĂźtre Jean Brun* : « C’est Ă  ce phĂ©nomĂšne (la culture) que nous devons le meilleur de ce dont nous sommes faits et une bonne part de ce dont nous souffrons. Ses causes et ses origines sont obscures, son aboutissement est incertain, et quelques-uns de ses caractĂšres sont aisĂ©ment discernables
 Peut-ĂȘtre conduit-il Ă  l’extinction du genre humain, car il nuit par plus d’un cĂŽtĂ© Ă  la fonction sexuelle  »**

C’est Ă  tout cela que vous fera penser ce dense essai qui est aussi, surtout, un brĂ©viaire de la psychologie humaine.

1er mai 2018

Notes

* Jean Brun, philosophe (1919-1994).

** Pourquoi la guerre, correspondance entre Sigmund Freud et Albert Einstein, 1933.

Pierre Le Vigan, Face Ă  l’addiction, Ă©ditions La barque d’or, diffusion Amazon, brochĂ©, 157 pages, 14,99 €. Disponible aussi en format kindle.

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