Alors que le rĂ©gime reprĂ©sentatif apparaĂźt Ă  beaucoup comme partiellement (voire incomplĂštement) dĂ©mocratique, l’usage, de plus en plus gĂ©nĂ©ralisĂ©, du rĂ©fĂ©rendum comme prĂ©tendue manifestation de la dĂ©mocratie rĂ©elle, apporterait la preuve qu’il est, plus que jamais, l’acmĂ© de ce rĂ©gime que Churchill considĂ©rait comme le pire des systĂšmes Ă  l’exception de tous les autres dĂ©jĂ  essayĂ©s dans le passĂ©.

Le rĂ©fĂ©rendum sur le « Brexit » comporte une incertitude quant Ă  la concrĂ©tisation politique et juridique de la votation britannique. Car, en toute logique, il n’appartient jamais au peuple d’assumer le « service aprĂšs-vente », les effets impliquĂ©s par son vote reposant sur les Ă©paules du pouvoir politique lĂ©galement investi. Et si, parce que dĂ©savouĂ©, l’auteur de la question (David Cameron, en l’occurrence) en vient Ă  remettre son mandat au peuple, rien ne garantit que son successeur rĂ©ponde parfaitement aux desiderata populaires.

C’est dire que le rĂ©fĂ©rendum demeure fondamentalement ambivalent et, pour reprendre une formule bien connue, dĂ»t-il sortir de son ambiguĂŻtĂ© constitutionnelle, ne le ferait-il qu’à ses dĂ©pens. La question rĂ©fĂ©rendaire comme la rĂ©ponse sont traversĂ©es de courants contradictoires oĂč les arriĂšres pensĂ©es des uns s’entrechoquent avec les secrĂštes attentes des autres. Aussi, s’interroge le constitutionnaliste FrĂ©dĂ©ric Rouvillois, « le rĂ©fĂ©rendum a-t-il rĂ©ellement un avenir si on ne le rattache pas Ă  nouveau, de façon claire et explicite, Ă  la responsabilitĂ© politique de celui qui s’adresse au peuple ? »

Pour autant, le Brexit semble susciter des vagues d’espĂ©rances, tandis que se profilent, un peu partout en Europe, soit des consultations populaires (Ă  l’instar du rĂ©fĂ©rendum annoncĂ© en Hongrie, le 2 octobre prochain, sur la relocalisation des migrants imposĂ©e par l’UE), soit des projets de rĂ©fĂ©rendum (comme celui proposĂ© par la TchĂ©quie sur son Ă©ventuelle sortie de l’UE), quand certaines Ă©lections prennent des allures de vĂ©ritables rĂ©fĂ©rendums en promouvant des candidats hors ou antisystĂšmes (Italie, Autriche).

Mais si le rĂ©fĂ©rendum permet aux peuples de recouvrer leur souverainetĂ©, tout populisme consĂ©quent se devrait, cependant, de ne pas en surĂ©valuer sa portĂ©e, attendu que le peuple ne se conçoit pas uniquement dans sa dimension Ă©lectorale. C’est un fait que le souverainisme instrumental (c’est-Ă -dire celui consistant Ă  recouvrer nominalement les compĂ©tences politiques dĂ©volues Ă  Bruxelles) est littĂ©ralement hantĂ© par l’obsession rĂ©fĂ©rendaire, dĂ©finie comme l’alpha et l’omĂ©ga de la dĂ©mocratie. Or, c’est occulter « l’ĂȘtre-là » (le « dasein » heideggĂ©rien) des peuples, comme dessein et communautĂ© de destin fonciĂšrement politiques.

Le retour du politique prĂ©suppose l’intĂ©gritĂ© ethnoculturelle du dĂ©mos. Retrouver l’usage formel de la Constitution est incontestablement un impĂ©ratif politique catĂ©gorique, prĂ©alable juridique Ă  toute reconquĂȘte de la souverainetĂ© nationale. Mais ce rapatriement des instruments de souverainetĂ© restera nettement insuffisant, aussi longtemps que l’ĂȘtre politique des peuples, sous les effets conjuguĂ©s de la dĂ©natalitĂ© et de l’immigration de substitution, sera affectĂ© dans son essence.

Si la souverainetĂ© est dĂ©finie comme la premiĂšre des libertĂ©s politiques conditionnant l’existence de toutes les autres, alors doit-elle coĂŻncider avec l’identitĂ© propre Ă  chaque peuple et s’ancrer dans la nation incarnĂ©e par le peuple qui en est sa sĂšve.

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